Dans les regles de l Art… Contemporain!

1 juin 2016 - Design/Art, Inspiration

Longtemps opaque ou incompris, l’art contemporain dissipe aujourd’hui son voile de fumée pour s’offrir au plus grand nombre et cet élan plébéien se cristallise à travers une foule d’initiatives privées. Mais si indépendance et libertés s’emploient à dessiner les nouveaux contours de l’art contemporain, le tournant est avant tout digital, offrant enfin un support moderne adapté à la nature de la discipline.

L'application Magnus Art

L’application Magnus Art

Alors que 2015 n’épargnait pas le marché de l’art contemporain, atteint d’une crise relativement sévère, la vente en ligne d’art contemporain faisait taire les sombres auspices, avec une croissance de 24% sur les douze derniers mois. Unique marché ayant échappé à la douloureuse conjoncture, l’essor de la vente en ligne d’art contemporain dévoile l’émergence d’une nouvelle dynastie d’acheteurs. Issus de la génération Y, ces jeunes collectionneurs sont 43% à avoir acheté des oeuvres d’art en ligne au cours des douze derniers mois, influencés par les réseaux sociaux, Facebook et Instagram en tête. Acheté sur tablette et même sur smartphone, le marché de l’art contemporain s’adapte pour survivre à son époque.

La plateforme Artsy

La plateforme Artsy

En tête des plateformes digitales les plus attractives après Christie’s live – un site de vente en ligne qui permet de suivre le cours du marché en direct – la plateforme Artsy assume une mission simple ; rendre l’art du monde entier accessible à quiconque dispose d’une connexion internet. Ressource incroyable pour les collectionneurs d’art, Artsy concentre les principales galeries, collection de musées, fondations, propriétés d’artistes et autres foires d’arts en un seul endroit. Avec une base de données de plus de 350 000 images d’arts, d’architecture et de design par plus de 50 000 artistes, cette encyclopédie mutante de l’art peut se vanter d’être la plus grande base de données en ligne de l’art contemporain… Ouvertement dédiée aux collectionneurs, mécènes et autres fins consommateurs d’art, la plateforme revendique également un rôle pédagogique et souhaite être accessible à tous les gens désireux d’apprendre et de découvrir l’art.

Magnus

Tout aussi digitale, l’application Magnus honore sa réputation de Shazam de l’art contemporain. Centrée essentiellement autour du marché new yorkais et sur le point d’ouvrir son référencement à Londres et Berlin, Magnus recense actuellement 8 millions d’oeuvres d’art. Base de donnée participative alimentée par les utilisateurs, suivant le même principe que Wikipédia, Magnus permet de reconnaître en une seule photo sculptures et tableaux. Derrière cette initiative digitale, un certain Magnus Resch, trentenaire allemand à l’origine de Larry’s List, sorte de réseaux social pour collectionneurs d’art. Il déploie ici plus avant sa volonté de démocratisation de l’art contemporain en offrant aux utilisateurs de Magnus un aperçu exhaustif du contexte de l’oeuvre qu’ils souhaitent identifier : en plus du nom de l’artiste et du titre de l’oeuvre, un certains nombre d’infos pratiques comme le prix, l’historique des enchères, les oeuvres similaires et l’actualité de l’artiste dépassent le concept du simple catalogue. Finalement en phase avec les codes de son époque, l’art contemporain trouve en Magnus une visibilité de choix sur l’incontournable terrain digital.

EXPOSITION D' ART CONTEMPORAIN A LA GALERIE AZZEDINE ALAÏA

Exposition d’Art contemporain à la Galerie Azzedine Alaïa

Mais alors que la reconquista digitale bât son plein, l’art contemporain gagne aussi du terrain in real life, paradoxalement grâce au recul de l’État Français sur ses contributions aux fonds publics. Ne pouvant plus assurer les ressources financières, ce dernier dévoilait en 2003 la loi Aillagon sur le mécénat, dispositif fiscal le plus avantageux d’Europe pour quiconque souhaite fouler les terres sinueuses de l’art… En une dizaine d’années, l’art s’est mis à prospérer… dans le privé.

Fondation cartier pour l'art contemporain

Fondation cartier pour l’art contemporain

Dévoilant des facettes souvent méconnues du travail des artistes, offrant un rapport différent à l’art, ces initiatives de particuliers ou d’entreprises renouvellent le paysage artistique français, et dépoussièrent au passage la réputation longtemps fumiste de l’art contemporain. Prix, galeries, fondations… Les nouveaux acteurs du marché contrent les dispositions frileuses du secteur public en recherchant une vraie liberté dans le choix d’artistes singuliers, parfois très loin du profil des titans rois de l’audimat.

Fondation Louis Vuitton habillée par Daniel Buren

Fondation Louis Vuitton habillée par Daniel Buren

Fondée en 1984, la Fondation Cartier pour l’art contemporain a trouvé dans son sillage un essaim de concurrentes ayant éclôt durant la dernière décennie. Lancée en 2006 et sanctifiée fin 2014 avec l’édifice de Frank Gehry, la Fondation Louis Vuitton est l’expression médiatique de la concurrence entre Bernard Arnault, dirigeant du numéro un mondial du luxe, et son rival François Pinault, ex-président de Kering à l’initiative de la “Collection François Pinault” d’art moderne et d’art contemporain, installée au Palazzo Grassi de Venise depuis 2005. Et celui qui a investi jusqu’à 1,4 milliards de dollars en oeuvres d’art contemporain compte bien riposter face au succès de la nouvelle attraction parisienne de son adversaire. À ce titre, il officialisait en avril 2016 le projet d’installation de sa fondation à la Bourse du Commerce de Paris, avec une première exposition annoncée pour la fin 2018.

Collection François Pinault au Palazzo Grassi

Collection François Pinault au Palazzo Grassi

Autre mécène de poids pour l’art contemporain, la Fondation Galeries Lafayette, dotée de 21 millions d’euros sur cinq ans assume son ambition de devenir la fondation du XXIème siècle. Prévue pour 2017, son ouverture dans le Marais parisien devrait dévoiler 1000 mètres carrés de surface d’exposition et s’apparenter à une “boîte à idées” plutôt qu’une “boîte à bijoux”, revendique son président, Guillaume Houzé.

Maquette de la Fondation Galeries Lafayette

Maquette de la Fondation Galeries Lafayette

Quelque peu en marge des mastodontes philanthropes, de nombreuses autres fondations privées pour l’art contemporain briguent un succès basé sur le principe américain du “give-back”, idée de rendre son écot à la collectivité, comme la Fondation de l’entrepreneur François Schneider inaugurée à Wattwiller en 2013, ou encore le Fonds Hélène&Edouard Leclerc créé un an plus tôt dans le Finistère, avec pour mot d’ordre la proximité. Accueillant quelques 170 000 visiteurs en 2015, le succès de ce lieu d’exposition vient sans doute de sa gratuité et de son éclectisme – le géant de la distribution Michel-Edouard Leclerc se prévalant de ne revendiquer aucune ligne artistique et d’échapper à la crainte du “seuil”, théorie inspirée de Pierre Bourdieu, selon laquelle beaucoup ne vont pas au musée car cela ne leur parle pas… Et les entreprises aussi apportent leur pierre à l’édifice de l’art contemporain, comme l’agence de communication Mazarine qui organise en son nom des expositions une à deux fois par an au coeur de ses locaux, dont le célèbre Studio des Acacias, temple de la photographie de mode à Paris.

Fonds Helene&Edouard Leclerc

Fonds Helene&Edouard Leclerc

Studio des acacias _ expo Guy_Bourdin

L’agence de communication Mazarine au Studio des Acacias pour l’Exposition Guy Bourdin

Pour autant, il demeure quelques initiatives publiques ambitieuses et pour le moins surprenantes, comme en témoigne le dernier trompe-l’oeil de l’artiste JR. Invité par « le plus grand musée du monde« , il s’est mis en tête de faire subir au trouble-fête de la cour du musée du Louvre une disparition par anamorphose.

JR au Louvre

JR au Louvre

Recouverte d’une photographie d’archives de la façade cachée depuis la fin des années 1980 par la pyramide du Louvre, la face la plus photographiée du tétraèdre jongle à présent entre procédé numérique de pointe et technique old school pour se soustraire au paysage qu’elle a longtemps convoité. Loin de faire place nette, la face cachée de la pyramide rend au Louvre son chaînon manquant en faisant rejaillir une partie du bâtiment d’époque absente des clichés de nombreux touristes et flâneurs parisiens…

JR au Louvre - Projet "Unframed"

Le collage géant de JR au Louvre – Projet « Unframed »

Signe extérieur de réussite, noble investissement ou moyen de redorer son image de marque personnelle, l’art contemporain s’ouvre néanmoins sur le monde et se partage aujourd’hui au plus grand nombre. Libéré des contraintes du public, il se transmet et se réinvente dans la folie des fondations et autres initiatives digitales…

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