Les murs du sens

22 avril 2016 - Design/Art, Inspiration

Dématérialisé sur Facebook et Instagram, le mur a toujours su créer le lien. Déjà dans les grottes de Lascaux, il y avait cette idée de transmission par la peinture murale ou les fresques. 17 000 ans plus tard,nos artistes ont toujours recours à l’oeuvre d’art sur les murs  et donnent vie à un nouveau courant  urbain et artistique : l’Art pour tous, comme un musée à ciel ouvert… 

JR et Darren Aronofsky recouvrent l’Assemblée Nationale pour la COP21

JR et Darren Aronofsky recouvrent l’Assemblée Nationale pour la COP21

 

Les artistes s’attaquent aux murs extérieurs et réalisent des œuvres d’art urbain pour la plupart éphémères mais pas que….Dans une logique d’important renouvellement urbain, bâches et façades artistiques s’aventurent alors puissamment sur la voie d’un street art légal. Comme les oeuvres des street artists JR ou Vhils, ces emballages verticaux, peuvent se réclamer d’une approche pop art qui vise à faire descendre l’art dans la rue.

Vhils, Shanghai 2013

Vhils, Shanghai 2013

Les marques aussi enjolivent leur façades. Actuellement, trois stars de l’oeuvre in situ font le bonheur des parisiens. Du côté du jardin d’acclimatation, Daniel Buren revisite les voiles délicates de la Fondation Louis Vuitton un an après son relooking artistiques du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg pour son exposition « Comme un jeu d’enfant ». Son oeuvre temporaire parisienne  “L’Observatoire de la Lumière” colore la robe de la Fondation via l’apposition de filtres colorés sur les douze voiles en verre du bâtiment. Évolutif, ce projet grandiose dialogue avec l’oeuvre de Frank Gehry à travers des ébats de lumière…

Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg pour l'exposition "Comme un jeu d'enfant" de Daniel Buren

Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg pour l’exposition « Comme un jeu d’enfant » de Daniel Buren

Du côté d’Orly Sud, les Aéroports de Paris ont eux aussi activé un projet de gentrification du bâtis en donnant carte blanche à Jean-Charles de Castelbajac pour la réalisation d’une façade artistique sur près de 3300m2 de surface ! Depuis l’été 2015, l’artiste a immortalisé des récits des passants sur les murs de l’aéroport, peignant sa fascination pour ce lieu d’évasion…

La façade artistique d'Orly Sud par Jean-Charles de Castelbajac

La façade artistique d’Orly Sud par Jean-Charles de Castelbajac

Enfin, c’est l’artiste américain Ryan McGinness qui habille depuis mars 2016 la boutique Longchamp de la rue Saint-Honoré, lui donnant des airs street pop d’inspiration surf et skate culture pendant la durée de la rénovation.

Ryan McGinness X Longchamp

Ryan McGinness X Longchamp

Derrière les mastodontes de l’art, certains mécènes s’approprient le concept de musée urbain pour révéler des talents trop méconnus. David Hervé Boutin, fondateur du groupe BB+ est l’un de ceux-là. Déjà mécène du musée des Beaux-Arts de Paris et du Palais de Tokyo, il poursuit en 2013 son idée de mettre les bâches au service de l’art lors des ravalements de façades. Ainsi, il offre à la boutique Marionnaud de la rue Saint-Honoré une immense bâche réalisée par l’artiste Chloé. Intitulée “Miss Bubble”, cet hommage à la beauté universelle présente une Marilyn Monroe revisitée à partir de visages de milliers de femmes. Peu à peu, David Hervé Boutin fait ainsi rimer beau et béton dans une démarche urbanistique autant qu’artistique.

Chloé X Marionnaud

Chloé X Marionnaud

Pour autant, les bâches artistiques ne datent pas d’hier. Trente ans en arrière, l’un des plus célèbres artistes in situ Christo se positionne comme un pionnier de la belle bâche. Pendant quinze jours, il emballe le Pont-Neuf dans un paquetage monumental offrant un nouveau regard sur le plus vieux pont de Paris. En 1995, il s’attaque à l’emballage du Reichstag à Berlin, poursuivant sa volonté de révéler en cachant. Un an plus tard, le comité de travaux de transformation de la gare d’Orsay en musée s’approprie l’idée de la toile artistique pour offrir une valeur ajoutée aux échafaudages de rénovation et dissimuler les désagréments du chantier. En 1986, l’Arc de Triomphe est également pris d’assaut par une bâche artistique sur une commande de l’État français à l’artiste Catherine Feff, qui le recouvre d’un drapé de 8200m2 aux couleurs de la France…

Le Pont Neuf par Christo

Le Pont Neuf par Christo

L'arc de Triomphe par Catherine Fieff

L’arc de Triomphe par Catherine Feff

Plus tard, en 2007, on découvrira autour du 39 Avenue George V une façade artistique en trompe-l’oeil du même nom. “39GeorgeV” est une oeuvre photographique éphémère grandeur nature qui détruit les lignes strictes de la symétrie haussmanienne dans un effet de miroir distordant. Manifeste de surréalisme urbain, cette démarche inédite dans l’emballage de chantier n’est pas sans rappeler la façade monumentale érigée en 18 jours dans la cour carrée du Louvre pour le défilé Dior printemps-été 2016. Composée de 1000m2 de miroirs, cette façade artistique relance avec force la quête du décor à couper le souffle… Mais les marques ne sont pas les seules à jouer de l’appropriation des façades, et la ville de Lyon est un sérieux concurrent à ces luxueuses initiatives. La fête des Lumières qui rassemblait quelques 3 millions de visiteurs en 2014 fait aujourd’hui figure de modèle dans l’art de transcender les contours de la ville par l’intervention d’artistes internationaux maîtres en la lumière

La façade artistique "39GeorgeV"

La façade artistique « 39GeorgeV »

Anamorphose Dior dans la cour carrée du Louvres en mars 2016

Anamorphose Dior dans la cour carrée du Louvre

Fête des Lumières place des Terreaux à Lyon

Fête des Lumières place des Terreaux à Lyon

Aujourd’hui, le végétal s’intègre progressivement dans les façades artistiques. Ce renouveau mural par le végétal prend désormais d’assaut les toits, nouvelle lubie des artistes où s’installent des jardins d’un genre nouveau…

© dailyshopwindow.com | http://bit.ly/1qGkEGE