MIROIR MON BEAU MIROIR

30 mars 2017 - Design/Art, Inspiration

On s’y regarde, on s’y adore, on s’y méprise. Il reflète la réalité, ou bien la déforme. Il exprime la dualité, cette frontière si tangible et pourtant infranchissable… Que de mythes autour du miroir ! Depuis la nuit des temps, cet objet fascine et inspire. Prophètes, artistes, philosophes et bien d’autres y ont vu les symboles et stigmates de leurs époques.

De nos jours encore, le miroir se fait le reflet d’une société digitale où le selfie est la seule nouvelle façon d’exister. Déco, architecture, mode, beauté : le miroir est partout, et n’a rien perdu de sa superbe ! Mais quelle image va-t-il renvoyer ?

Miroirs AYTM

Miroirs AYTM

Miroir Gubi

Miroir Gubi

Miroirs Woud

Miroirs Woud

Dans la décoration d’intérieure, le miroir est la solution que les citadins ont trouvé pour donner l’illusion d’un espace plus grand, plus lumineux. Résultat, l’objet se réinvente et se multiplie. Design vintage, scandinave, taille XXL ou accumulation de pièces miniatures, accroché au mur, suspendu ou posé sur le sol : il s’affranchit de sa fonction première pour devenir un élément esthétique indispensable à une déco moderne.

On le trouve circulaire chez AYTM ou Gubi, fonctionnel pour House Doctor, Fermliving et ComingB, design chez Maison Sarah Lavoine, Woud ou Eno Studio, vintage pour Normann Copenhagen ou encore bombé et déformant pour Sentou

Miroir Normann Copenhagen

Miroir Normann Copenhagen

Miroir ComingB

Miroir ComingB

Miroir Maison Sarah Lavoine

Miroir Maison Sarah Lavoine

Pendant ce temps, dans le désert californien se dresse une maison toute de miroirs bâtie. Réfléchissant un paysage en constante mutation, du fait du temps et du climat, cette cabine baptisée « Mirage » est en réalité l’oeuvre de l’artiste Doug Aitken, créée à l’occasion du festival Desert X qui a lieu à Palm Spring en ce moment.

Témoin du décor autant qu’elle s’y fond, elle reflète les enjeux climatiques qui font l’actualité mais propose une autre invitation en parallèle. Une sensation troublante, kaléidoscopique qui propulse le visiteur dans un labyrinthe de réflexions réelles et psychiques, jouant d’ombres et de lumières. Une belle allégorie de l’inconscient au beau milieu de nulle part !

Maison Mirage, par Doug Aitken, Californie.

Maison Mirage, par Doug Aitken, Californie.

 

Maison Mirage, par Doug Aitken, Californie.

Maison Mirage, par Doug Aitken, Californie.

Le studio d’architecture Bandesign nous présente cette ode à la nature avec cette réalisation nommée « Mirrors ». Des fleurs de cerisier se reflètent magnifiquement dans les façades en miroir de ce café à Gifu, au Japon.

Bandesign- Mirrors - Japon

Bandesign- Mirrors – Japon

En Suède à environ 50 kilomètres de la ville de Lulea, un hôtel joue la carte des cabanes dans les arbres avec une pièce exceptionnelle :«Le Mirrorcube». Conçu par les architectes Tham & Videgard, c’est un véritable refuge. Mesurant 4x4x4 mètres, le cube est revêtu de miroirs se fondant harmonieusement avec le paysage environnant jusqu’à devenir invisible.

Tham & Videgard - Mirrorcube - Suède

Tham & Videgard- Mirrorcube – Suède

Déjà en 1996, le sculpteur allemand Ekkehard Altenburger  nous avait transporté avec cette pièce, Mirror House, une installation temporaire sur l’île de Tyree en Ecosse créant une ligne floue entre  réel et virtuel.

Ekkehard Altenburger - Mirror House

Ekkehard Altenburger – Mirror House

 Le miroir comme tendance incontournable : même les maisons de couture les plus prestigieuses le prouvent ! Le mois dernier à Milan, Gucci imaginait des vitrines empreintes d’ambiance disco, entièrement recouvertes d’une mosaïque de miroirs tentés d’un rose chatoyant avec au centre : mannequins décontenancés et accessoires démultipliés…

Vitrine Gucci, Milan, Février 2017

Vitrine Gucci, Milan, Février 2017

Vitrine Gucci, Milan, Février 2017

Vitrine Gucci, Milan, Février 2017

Toujours très attendu, le défilé Haute Couture de la maison Chanel se déroulait comme à l’habitude dans l’enceinte du Grand Palais en janvier dernier. À cette occasion, Karl Lagerfeld redécorait le monument parisien avec une multitude de plaques effet miroir, posées sur le sol et sur de grands panneaux autour desquelles défilaient la collection, offrant aux spectateurs la possibilité d’admirer les créations sous toutes les coutures.

Chanel Haute Couture, Printemps-été 2017, Paris.

Chanel Haute Couture, Printemps-été 2017, Paris.

Mais la beauté n’est pas en reste. Depuis quelques saisons les teints se font « glowy » et les paupières « glossy », pour mieux refléter la santé d’une peau éclatante de santé et un naturel très contrôlé. Les produits « enlumineurs » remportent également un franc succès, portés par des tendances contouring ou highlighting qui apprennent à se maquiller en jouant avec la lumière.

Dernière arrivée au rayon des cosmétiques : la manucure miroir, qui prenait déjà de l’ampleur sur Instagram l’été dernier et a perduré tout l’hiver. Originale, intrigante, subtilement clinquante, elle accompagne tous les styles, dans divers occasions. Le principe consiste à appliquer une poudre pailletée spéciale à l’aide d’un pinceau sur sa manucure de préférence semi-permanente. En un claquement de doigts, voilà des ongles ornés de miroirs.

Manucure miroir, comble du narcissisme ? L’écrivain américain Louise Hay ne partagerait probablement pas cet avis. Dans son dernier ouvrage « La Méthode du Miroir » paru ce mois-ci, elle propose ni plus ni moins de « transformer sa vie » simplement en se regardant dans le miroir. La conférencière et professeure de métaphysique développe un défi de 21 jours, face au miroir, pour apprendre à s’aimer, changer son regard sur soi et donc sur le monde. Dire « je t’aime » à son reflet, ce n’est par Narcisse qui la contredirait ! Mais certains psychanalystes appuieront ce concept tel que Jacques Lacan pour lequel le « stade du miroir » reflète le moment où l’enfant prend conscience de lui-même…

Si pour les psychanalystes le miroir est le symbole des symboles, pour les artistes il devient un support d’inspiration non dénué d’une dimension psychique, idéal pour transmettre messages et émotions au travers de l’objet. Avec « Tree of Codes », le plasticien danois Olafur Eliasson immerge le spectateur d’un faisceau de sensations visuelles, transcendant la chorégraphie du britannique Wayne McGregor. Grâce aux jeux de lumières, de miroirs et de couleurs, l’art du danseur est démultiplié par une scénographie spectaculaire. Les corps sont diffractés, les reflets provoquant une illusion proche de l’hallucination, le tout produisant féérie graphique…

Dans une société où les réseaux sociaux donnent l’occasion de se dédoubler, s’affranchir des complexes pour mieux se réinventer, le miroir apparaît comme le reflet de cette époque égo-centrée. Mais la force de l’objet réside encore dans sa capacité à renvoyer la réalité, celle qu’on voudrait tant améliorer. Miroir, mon beau miroir, dis-moi si la tendance perdurera ?

Alizee Perrin

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