AU POIL !

2 juin 2017 - Editorial, Lifestyle

Le génocide pileux durait depuis tant d’années, il fallait bien voir un jour arriver d’irréductibles se mutiner et braver les diktats imberbes. Après moults lames de rasoirs et litrons de cire épilatoire, les aisselles s’étoffent de nouveau, les jambes se poilent et les maillots redeviennent naturels, ou presque. Le retour du poil tombe t-il à pic ?

L’infaillible repousse

Qu’on le veuille ou non, ils finissent toujours par revenir… Tout récemment, l’agence Mintel livrait des chiffres défavorables à l’industrie de l’épilation. En 2013, plus de 95% des femmes américaines de 16 à 24 ans s’épilaient les aisselles. En 2016, elles n’étaient plus que 77%. Même baisse constatée concernant les jambes, et ces chiffres couplés à la baisse de 5% des ventes de produits d’épilation confirme la guerre déclarée non pas au poil, mais plutôt à son retour. 

Ashley Armitage, Instagram

Ashley Armitage, Instagram

Peux-être plus révélateur encore qu’une étude, le cas pileux est au centre d’évènements qui font l’actualité. C’est le cas de l’opération « Maipoils » imaginée au Québec. Le principe ? Ranger tous les rasoirs, bandes de cire, crèmes d’épilatoire et autres pinces à épiler durant tout le mois de mai afin de permettre aux Québécoises de redonner une chance à leur pilosité. Un demi millier de « poilues » auraient déjà rejoint la cause, portée par un formidable buzz médiatique!

Le poil : sa vie, son oeuvre

L’affaire du poil n’est pas un dossier contemporain. Pour comprendre ce besoin de retour aux sources, revenons sur les origines de l’épilation. On débroussaille en réalité depuis l’Antiquité, notamment dans le monde oriental qui inventera d’ailleurs la cire. Prêtres et pharaons en Egypte Ancienne s’épilaient intégralement pour marquer leur distinction et leur pureté. Déjà, le poil était alors considéré comme impur. 

La beauté dans l'Antiquité

La beauté dans l’Antiquité

Dans les années 1930, les publicités pour les rasoirs et autres crèmes et lotions épilatoires se font féroces envers les tifs. À l’époque, ne pas s’épiler c’est faire une entrave à l’insertion sociale !

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Les années 1990/2000 marqueront l’apogée de l’extermination pileuse avec l’avènement de l’industrie du porno, et son développement sur Internet.

Mais comme souvent après avoir atteint un extrême se profile son antipode. Après la dictature contre l’aisselle velue, la jambe qui pique et le maillot sauvage, l’insurrection éclate et le poil renait de son bulbe…

Pop culture et starlettes tout sauf barbantes

En 2003, Tom Ford surfe sur le créneau du « shockvertising » et imagine le porno-chic pour Gucci. Résultat, sur la campagne Printemps/Été de cette année, on remarque le maillot épilé en forme de « G » du mannequin. 

Tom Ford pour Gucci, 2003.

Tom Ford pour Gucci, 2003.

Souvent comparée à Sex And The City, la série Girls aimait s’amuser des stéréotypes en multipliant les incartades conventionnelles. Pour bien marquer les esprits jusqu’à la fin, l’ultime scène de la série dévoilait le pubis non épilé et parfaitement assumé de l’héroïne après une scène de sexe. Même chose pour la série Broad City.

La série Girls

La série Girls

La pop culture est généralement pionnière en matière de tendance. En 2014, American Apparel et sa provoc’ légendaire jouaient de campagnes publicitaires malaisantes et mannequins au « naturel ».

American Apparel- Dailyshopwindow - Londres 2014

American Apparel- Dailyshopwindow – Londres 2014

Plus récemment, c’est Miley Cyrus, petite fiancée déchue de l’Amérique qui se distrait tantôt en évoquant les drogues, tantôt en dévoilant ses aisselles duvetées.

#PANK #dirtyhippie

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La tendance des sourcils fournis et broussailleux portés fièrement par Cara Delevingne, leader de cette nouvelle génération de mannequins qui assument leur caractère, ou encore le micro-phénomène des aisselles teintées ne font que souligner encore un peu plus le retour du poil.

Cara Delevingne

Cara Delevingne

Les réseaux sociaux et le je-t’aime-moi-non-plus pileux

Sous une apparence sociale et rassemblante, la nouvelle dictature que forment les réseaux sociaux prônent en vérité une certaine idée de la « perfection ». La discipline de l’image aura alors raison de tout naturel. Pour preuve, quand ce n’est pas Instagram qui censure la photo de Petra Collins, ce sont les internautes qui insultent crûment la jeune @Suraiya sur Twitter en raison d’un simple cliché d’elle en culotte. Point commun entre ces deux blâmes ? Un maillot un peu trop « fourni » semble-t-il.

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Suraiya, Twitter

Suraiya, Twitter

Territoire de violence, les réseaux sociaux sont aussi capables de bienveillance et de créativité. En donnant naissance à d’irréductibles influenceuses « velues », peu à peu, la tendance pour le naturel  semble gagner du terrain. Ainsi, l’Américaine et blogueuse fitness Morgan Mikenas a décidé de s’affranchir des diktats en laissant pousser ses poils durant un an, et de raconter son expérience sur Youtube.

Sur Instagram, de plus en plus de comptes dédiés aux corps tels qu’ils sont pullulent, souvent jumelé avec une profonde conscience féministe. C’est le cas de Ashley Armitage sur Instagram qui partage sur son compte @Ladyist des portraits, détails et autres valorisations des femmes dans leur plus pur appareil. 

Ashley Armitage Instagram @Ladyist

Ashley Armitage Instagram @Ladyist

Enfin, les réseaux sociaux se transposent régulièrement en places publiques où les orateurs parviennent à faire passer leurs messages. Les hashtags porteurs de ferveur tels que #LesPrincessesOntDesPoils, #BodyHair ou encore #FreeTheNipple sont tous autant des incitations à la liberté d’expression de soi.

Et les marques dans tout ça ?

 Grandes absentes jusqu’alors de cet emballement, les marques tentent de montrer pattes blanches – et duveteuses – sur la grande affaire du poil. C’est l’univers de la beauté, sans grande surprise, qui semble plus téméraire, en proposant des produits et soins spécialement conçus pour les poils pubiens. Quand à la mode, silencieuse pour l’instant, elle pourrait finalement – et comme à son habitude, réserver quelques surprises… 

Alizee Perrin 

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