BEAUTE ANTI-POLLUTION

3 mars 2017 - Editorial, Lifestyle

Si les pics de pollution affligent le quotidien des citadins, leur promettant un état de santé aussi morose qu’un ciel d’hiver, il pourrait paradoxalement faire le bonheur de la beauté. Au beau milieu des annonces anxiogènes et d’une atmosphère étouffée par les particules fines, la beauté anti-pollution s’épanouit…

cosmetiques-anti-pollution

cosmétique anti-pollution

La tendance vient évidemment d’Asie, où l’intérêt pour la cosmétique n’a d’égale que la qualité déplorable de l’air. Il y a une dizaine d’années, tandis que les masques se portaient déjà sur tous les nez, des produits aux vertus inédites envahissaient les rayons beauté. Aujourd’hui, on retrouve ces mêmes promesses aux noms vendeurs : fluides détox, brumes protectrices et crèmes estampillées « anti-pollution » chez les distributeurs occidentaux. Leurs engagements sont tous plus prometteurs les uns que les autres : protection contre la pollution de l’air, l’eau calcaire, les UV, lutte contre la climatisation, le métro et même le périphérique… Mais l’efficacité est-elle au rendez-vous ?

pollution

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En 2016, plusieurs revendeurs comme Nocibé ou Sephora observaient une recrudescence des ventes de cosmétiques anti-pollution au moment des alertes sur la qualité de l’air. Le cabinet d’études Mintel annonçait à ce moment 41% de françaises reconnaissant les effets néfastes d’un environnement citadin sur leur peau. Et parce que l’on est toujours mieux servi par soi-même, des géants de l’industrie cosmétique ont réalisé leurs propres études. Ainsi, L’Oréal a analysé l’impact de la pollution sur la peau des femmes au Mexique et en Chine, constatant une baisse d’hydratation, une activité importante de production de sébum, un déséquilibre des paramètres biochimiques et de nombreux problèmes dermatologiques comme les squames ou le psoriasis… Les cosmétiques anti-pollution ne représentaient en 2016 que 1% des produits de beauté à échelle internationale. Mais avec 92% de la population mondiale qui respire un air trop pollué, cette tendance semble avoir devant elle un ciel sans nuage. 

rejet carbone CO2

rejet carbone CO2

« Cette catégorie de soins de la peau est bien partie pour durer » avance Maria Coronado Robles, analyste chez Euromonitor, partenaire marketing et stratégique pour les marques. En témoigne les multiples solutions imaginées par les marques. Bourjois et son fond de teint anti-grise mine doté d’un écran anti-pollution, Ren et sa brume anti-pollution Patyka et son fluide suprême défense, Decléor et sa gelée hydratante anti-pollution, Barbara Gould et son masque anti-pollution, anti-stress et anti-fatigue ou encore Nuxe et sa gamme Détox et Éclat : tous prétendent combattre les effets nuisibles sur la peau de la vie en ville. Mais les enseignes de luxe ne sont pas en reste. Chez Clarins, on se démaquille avec une crème douce anti-pollution, chez Chanel, c’est une lotion douceur qui veut nous protéger quand Dior semble détenir l’arme absolue : le City Defense One Essential, un véritable bouclier pour la peau. Les marques grand public vendent ces produits autour de 20 euros quand les griffes de luxe osent les 50 euros et plus.

Flash Defence - Ren

Flash Defence – Ren

Pourtant, en terme de composition « il n’y a pas de grandes innovations » explique Emmanuelle Moirand, directrice scientifique de Clinique Europe. Si les crèmes solaires présentent un indice de protection contre les UV, les cosmetiques anti-pollution ne peuvent pas en faire autant pour l’instant en raison de l’absence de protocoles de mesures standardisés. L’industrie s’est donc légèrement précipitée en annonçant des promesses excessives et des effets difficilement notables. Mais qu’importe, la beauté ne sert-elle pas aussi à vendre du rêve ?   

Alizee Perrin

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