American Dream

7 avril 2015 - Exposition

Le printemps économique européen à peine annoncé, la France fait risette à la prospérité américaine d’Après-Guerre et célèbre ses icônes culturelles, déterminée à provoquer le bonheur dans nos cœurs. Comme nostalgique de l’american way of life distribué à travers le monde par les courageux soldats de la Libération et les artistes de l’Amérique victorieuse, le Vieux Continent se rappelle ce temps insouciant à travers deux expositions majeures qui prendront d’assaut le sud de l’hexagone à la belle saison.

L'american Dream au Grand Palais

L’american Dream au Grand Palais

Au Grand Palais jusqu’au 22 juin, puis au musée Granet d’Aix-En-Provence du 11 juillet au 18 octobre, la première est une exposition historique, qui vient étendre le portefeuille culturel déjà bien rempli de l’année 2015. C’est à l’occasion de la fermeture du San Francisco Museum of Modern Art que la France a emprunté 49 chefs d’œuvres de quatorze artistes parmi les plus éminents de l’art américain du XXème siècle. Parmi cette cinquantaine de peintures et sculptures, des pièces phares de la collection exceptionnelle de Doris et Donald Fisher, heureux fondateurs de GAP.

Chuck Close, Robert,1997

Chuck Close, Robert, 1997

Expressionnisme abstrait, pop art et minimalisme, « Icônes américaines : chefs d’œuvres du SFMOMA et de la collection Fisher » balaye avec soin l’extrême créativité de l’Après-Guerre, à l’heure où les débuts de la Guerre Froide poussent le gouvernement américain à promouvoir ses artistes, considérant la culture comme une arme hautement exportable à l’international… Et pour cause, l’American Dream véhiculé en partie par ces artistes choyés deviendra rapidement le fantasme indétrônable de générations entières, de la fin des années 1940 à nos jours.

Des débuts de l’abstraction avec Ellsworth Kelly et Alexander Calder, en quête d’une expression cosmopolite, avant-gardiste et apolitique, au triomphe du Pop Art avec Roy Lichtenstein et Andy Warhol sans oublier les fondements d’un minimaliste adepte du « less is More » ; l’exposition célèbre l’éventail prolifique d’une production américaine particulièrement variée, forte de la vague d’immigration artistique ayant assailli les rues de New-York lors de la Seconde Guerre Mondiale.

Ellsworth Kelly,  Colors for a Large Wall, 1951

Ellsworth Kelly, Colors for a Large Wall, 1951

Centrée sur les années 60, la rétrospective balaye toute l’époque de la naissance de l’American Dream et du développement de l’art contemporain made in USA. En soulignant les spécificités de chaque courant plutôt que leur lien, elle pointe du doigt l’extrême richesse des collections de l’art américain d’Après-Guerre. Témoignant d’une certaine liberté d’expression cultivée par l’idéologie de l’époque, elle fait écho au regain de courage de nombreux écrivains, peintres, illustrateurs et caricaturistes suite aux obscurs évènements du début d’année…

Alexander Calder

Alexander Calder

 

Mais l’American Dream, tout aussi attirant soit-il comporte aussi ses leurres. Éthique nationale qui prône l’épanouissement personnel et la prospérité économique via le travail et la détermination, cet american way of life est récupéré par la publicité dans les années 60. Il devient sa propre forme de propagande pour les classes moyennes des États-Unis, sensibles à cette nouvelle idée du bonheur véhiculée à la naissance de la société de consommation. Jusqu’au 17 Mai, l’exposition « La Vie en Kodak, Coloramas publicitaires de 1950 à 1970 » au Pavillon Populaire de libertaire dévoile les travers de l’idéologie libertaire américaine.

Coloramas Publicitaires, Kodak

Coloramas Publicitaires, Kodak

Géant de l’image et de la photographie, Kodak s’approprie mieux que quiconque les stéréotypes de l’american way of life pour vanter les mérites de son matériel de prise de vue. Résultat, des clichés très clichés envahissent Grand Central. XXL, ces coloramas rétroéclairés de 18 mètres de long inondent la visibilité des banlieusards déversés sur les quais de la plus grande gare de New-York. L’heure de pointe devient moment de félicité pour ces millions de travailleurs qui trouvent dans ces images aux couleurs saturées des moments de vie idéalisés, aussi kitsch qu’irréalistes. La mélodie du bonheur version Kodak, c’est un panorama de l’Amérique idéale qui change chaque semaine. Thanksgiving, Noël, vacances en famille, scènes idylliques de la vie quotidienne… La firme Kodak s’en donne à cœur joie dans le fantasme et l’hypertrophie nostalgique, pendant que dehors, les populations noires américaines peinent à faire accepter la fin de la ségrégation. Séduisantes autant qu’aveuglantes, ces publicités attirent le chaland, et contribuent malgré tout à vanter les joies du monde libre de l’american dream

Coloramas Publicitaires, Kodak

Coloramas Publicitaires, Kodak

Couleur, pureté, formes, naïveté… Après le chaos de la Guerre, l’art américain explose dans sa pluralité. De retour aujourd’hui plus que jamais, il exprime en creux le combat farouche des contemporains pour un monde plus libre… ou simplement plus heureux.

© dailyshopwindow.com | http://bit.ly/1lxPjQ9