David Bowie Is

5 mars 2015 - Exposition

Inaugurée le 14 janvier dernier, la Philharmonie de Paris vient s’ajouter à la liste des chefs d’oeuvres d’architecture parisien. Quelques mois après l’ouverture de la Fondation Louis Vuitton, ce nouvel édifice aux airs de vaisseau futuriste qui flotte au dessus du Parc de la Villette vient renforcer la puissance culturelle parisienne. Dessinée par Jean Nouvel – le plus grand architecte français vivant, à l’origine de l’Institut du Monde arabe, de la Fondation Cartier et du Musée du Quai Branly – la Philharmonie a été pensée comme des “nappes immatérielles de musique et de lumière”. Selon les prévisions, son design d’exception pouvant accueillir 900 mètres carrés d’exposition s’apprête à accueillir entre 150 000 et 200 000 visiteurs pour sa première rétrospective évènement “David Bowie Is”, du jamais vu pour une exposition en lien avec la musique…

La Philharmonie de Paris

La Philharmonie de Paris

Design, équipement acoustique, préoccupations environnementales et propositions culturelles remarquables, l’inauguration de la Philharmonie dévoilait en janvier un projet de haute qualité, et l’enthousiasme qui animait les quelques centaines de journalistes venus découvrir en avant-première la rétrospective David Bowie enflammait l’émerveillement parisien au soir du 3 mars. Après Londres, Berlin, Sao Paulo et Chicago, c’est à Paris que la rétrospective monstre accueillant 300 objets rattachés à la vie et l’oeuvre de Bowie prend place aujourd’hui.  Y avait-il plus inspirant que l’icône aux mille visages pour célébrer l’héritage musical de la capitale ? Rien n’est moins sûr…

Bowie dans son costume de scène "araignée"

Bowie dans son costume de scène « araignée »

Retraçant le parcours spectaculaire du caméléon Bowie, la rétrospective s’articule entre musique et mode, entre costumes, pochettes d’albums, photos et fragments écrits du plus grand comédien pop culture du XXème siècle. La rumeur annonçant les préventes de l’exposition déjà épuisées, voici de quoi sustenter ceux qui n’auront pas la chance de venir l’admirer. 

David Bowie

David Bowie

Tour à tour rock, funk, soul, disco, et électro – et parfois en même temps – David Bowie est aussi et surtout l’inventeur du glam rock. Développé au Royaume-Uni au début des années 70, période faste du Bowie flamboyant, le glam rock se joue tant sur la scène musicale que sur la scène mode, sans que jamais ces deux-là ne s’éloignent. Maquillage, déguisement, travestissement, les musiciens glam dévoilent un univers hybride à la richesse visuelle allant des peintres préraphaélites aux films de science-fiction, du style cabaret au glamour hollywoodien. Bigarré mais inspiré, le glam habille le rock de paillettes, quand Bowie le charge d’une ambiguïté sexuelle allant jusqu’à remettre en question son univers dans sa globalité. Précurseur, il interroge ce monde machiste où l’on concourt à haute dose de testostérone…

David Robert Jones, dit David Bowie en hommage au compagnon de Davy Crockett, est un caméléon né de la scène. Faisant de son corps un spectacle, il enchaîne les rôles à l’orée de sa gloire. Nourri d’influences musicales diverses, il se révèle au monde en 1969 avec le cosmique “Space Oddity”, bande-son des premiers pas sur la lune utilisée par la BBC quelques jours après sa sortie. Sa carrière lancée, il devient le Transformer le plus brillant de son époque et propose des personnages aussi fascinants que fantasques. En 1970, il fait scandale en posant travesti en Lauren Bacall pour la couverture de son troisième album “The Man Who Sold The World”. Robe, perruque et maquillage, David Bowie est censuré, la photo remplacée.

En 1972, David Bowie brise un tabou et réveille l’Angleterre puritaine en annonçant sa bisexualité à l’hebdomadaire Melody Maker, un mois avant sa tournée. Au même moment, il révèle son visage de Ziggy Stardust pour la première fois dans l’émission Top of the Pops sur la BBC. Costume matelassé signé Freddie Buretti, poudre blanche et mulet électrique, la révolution Bowie est en marche, semant sur son passage de nombreux coming out. Jouant de son ambiguïté sexuelle, il se façonne ce look androgyne qui ne le quittera plus.

David Bowie

David Bowie

Passé ce cap, Bowie enchaîne les rôles.  En 1973, la Bowiemania enflamme la planète, c’est l’époque de l’album “Aladdin Sane” – jeu de mot en référence à la schizophrénie de son frère ? – ses concerts sont de gigantesques orgies et on lui prête une relation avec Mick Jagger. Il incarnera ensuite Halloween Jack, l’aristo Thin White Duke, un punk new wave, et même un soul man… Les années 80 marquent une pause dans sa carrière musicale. Fuyant à Los Angeles, fasciné par les États-Unis et ses icônes Warhol et Lou Reed, il oscille entre cocaïne et cinéma, partage l’écran avec Deneuve, et interroge son Double Je – prédestiné par un regard vairon.

Le double Je de David Bowie

Le double Je de David Bowie

Garçon, fille ou pure révélation, Bowie séduit la musique et la mode par sa personnalité exubérante. Puisant dans tout ce qui l’entoure, il est le roi de la métamorphose, une icône vivante qui fascine les designers. Incapable de s’offrir les pièces de son créateur favori Kansaï Yamamoto à ses débuts, il demande à une amie de lui reproduire les fausses bottines compensées en PVC. Yamamoto finira par lui offrir sa tenue pour la tournée Ziggy Stardust.

Redingote Alexander McQueen de David Bowie

Redingote Alexander McQueen de David Bowie

À l’affût de la mode, Bowie est son propre styliste et co-crée avec les plus grands. En 1997, il crée avec Alexander McQueen la redingote Union Jack inspirée des Who. Futuriste ou avant-gardiste, son goût pour le travestissement le mène sur les pas de la robe pour homme bien avant Gaultier ou Marc Jacobs. Son sixième sens vestimentaire lui vaudra le titre de Britannique le mieux habillé de l’Histoire, décerné par un panel d’historiens et d’experts de la mode dans le BBC History Magazine. Aujourd’hui, Bowie continue de fasciner et les hommages pleuvent, sur couvertures ou dans les défilés. Il y a bien sûr Kate Moss, habillée en Ziggy Stardust en février 2014 aux Brit Awards, mais aussi Raf Simons pour Dior qui lui rend un hommage éclatant pour l’été 2015, ou encore Slimane pour Saint Laurent, admirateur de Bowie, qui crée les babies étoilées en cuir métallisé pour sa collection “Psych Rock” printemps-été 2015…

Dior Couture Printemps-été 2015

Dior Couture Printemps-été 2015

Soyez qui vous êtes et d’ailleurs vous pouvez être qui vous voulez”, lit la curatrice de la rétrospective Bowie dans chacune de ses apparitions. Par sa modernité, David Bowie atteint l’éternité, un horizon que l’on s’approprie volontiers… Let’s Dance !

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