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11 octobre 2016 - Design/Art, Exposition, Inspiration

Après Hopper, Monet ou Picasso, un nouveau venu inattendu gonfle les rangs du panthéon d’artistes du Grand Palais. Plusieurs années après son héros Tintin, Georges Rémi aka Hergé entre au musée, et c’est bien l’artiste qu’entend faire rayonner la verrière parisienne. Le père de la bande dessinée européenne aurait-il fait bien plus que de poser les jalons de l’art of the trench avec Tintin ?

Rétrospective Hergé au Grand Palais

Rétrospective Hergé au Grand Palais

Petit pas pour l’homme, grand pas pour le Neuvième Art, la bande dessinée emprunte le chemin de la reconnaissance artistique avec l’initiative du Grand Palais. Jusqu’au 15 janvier, la rétrospective “Hergé” rend hommage au géniteur de Tintin, dévoilant des facettes bien méconnues du roi de la ligne claire. L’exposition révèle un Georges Rémi passionné d’art contemporain, précurseur et visionnaire, déjà reconnu en son temps par Andy Warhol admiratif qui peindra son portrait en trois exemplaires en 1977. Précurseur, c’est grâce à un coup marketing génial qu’il plonge dans la spirale du succès en 1929, annonçant dans les planches du journal Le Petit Vingtième l’arrivée en train de Tintin, de retour du Pays des Soviets. Pour la sortie de ce premier album, c’est donc un Tintin et Milou en chair et en os qui attendent lecteurs et journalistes sur le quai de la gare de Lièges. Visionnaire, Hergé croquera les premiers pas de l’homme sur la lune 19 ans avant Neil Armstrong, en 1950…

Tintin et Milou

Tintin et Milou

250 millions d’albums distribués, une double planche du Sceptre d’Ottokar vendue à plus d’un million d’euros en salles de vente, un triple portrait signé Warhol et une renommée internationale, Tintin est bel et bien une oeuvre d’art par laquelle Hergé a rendu ses lettres de noblesse à l’illustration. Nouvel eldorado d’artiste, la filière du coup de crayon affirme aujourd’hui son hégémonie, multipliant les collaborations mode et luxe.

Le croco Lacoste par Jean-Paul Goude

Le croco Lacoste par Jean-Paul Goude

Le croco Lacoste recroqué par Jean-Paul Goude pour la capsule “Holiday Collector” ; les dessins de Marjane Satrapi ou Aurore de la Morinerie publiés dans l’ouvrage anniversaire Lancel, 140 ans ; la compilation d’illustrations de la figure paternelle chez Wes Anderson dans l’ouvrage Bad Dads aux éditions Abrams… Talentueux, indépendant, accro de la mode ou simplement fasciné par ce microcosme, un nouveau genre d’influenceur se profile à l’horizon d’une industrie qui voit s’essouffler le modèle créatif du blogueur mode.

Lancel, 140 ans

Lancel, 140 ans

Après seize ans de bons et loyaux services, le blogueur est à la mode ce que la téléréalité est à la TNT, une machine bien huilée fonctionnant en roue libre, grilles tarifaires et contrats publicitaires à l’appui. Farouches businessmen, les blogueurs mode ont joué le jeu de l’industrie, monnayant à prix d’or l’apparition du moindre logo, générant du cash à qui mieux mieux, loin des tâtonnements indépendants des années 2000… Meilleur relai de leur influence, Instagram n’est pas étranger à la banalisation des blogueurs, hissant très haut, très vite, bon nombre d’anonymes ayant saisi la mécanique de la photo-type. Lit défait, tasse de café, déshabillé griffé, bijoux de même ; beauté parisienne flânant l’air de rien, tout schuss sur le sac à main ; piscine, soleil à se damner, bouée beignet, maillot de bain de l’été… Instagram a insidieusement établi des standards photographiques propres à la manne blogueurs. Vulgarisé et uniformisé, le style blogueur-mode a tôt fait de lasser l’industrie, l’incitant à paître une herbe plus verte du côté des illustrateurs.

Edie Campbell par Sean Bryan

Edie Campbell par Sean Ryan

Incarnée, spontanée, loin d’être à la portée de tous, l’illustration s’élève à présent dans le renouveau de l’influenceur mode. Accros du croquis, mode et luxe consolident aujourd’hui une histoire d’amour vieille de quelques siècles… Premiers patrons de vêtements, couvertures illustrées de Vogue, mini-planches illustrées en guise de billets, le lien très intime entre dessin et mode se perpétue de plus belle à l’aide des réseaux sociaux, rendant lucratif un business autrefois saltimbanque. Révélé sur son compte Instagram Badly Drawn Models grâce un portrait d’Edie Campbell reposté par la belle, Sean Ryan trace aujourd’hui son trait de crayon noir pour Dazed & Confused ou Style.com. Coutumière d’un hyperréalisme illustré, Hélène Cayre a décroché des contrats pour Kenzo, Louis Pion ou L’Oréal en croquant des publicités imaginaires pour ces marques avec qui elle rêvait de collaborer… Unique, intimiste et gage d’un supplément d’âme salvateur, l’illustration de mode est ainsi devenue légion grâce à sa maîtrise des réseaux sociaux.

Hélène Cayre illustration

Hélène Cayre illustration

 

Blair Bretenstein

Blair Breitenstein

Damien Florebert Cuypers illustration

Damien Florebert Cuypers illustration

 

Sara Herranz illustration

Sara Herranz illustration

Luna Joulia

Luna Joulia

Malika Favre illustration

Malika Favre illustration

Judith Van den Hoek

Judith Van den Hoek

Clym Evernden pour Balenciaga

Clym Evernden

En mal de nouveauté, l’industrie de la mode fait aujourd’hui régulièrement appel à cet artisanat digital, nouveau luxe d’un monde hyper technologique. Blair Breitenstein pour le grand magasin new-yorkais Saks ; Damien Florébert Cuypers pour Hermès et NOWNESS, le magazine en ligne de LVMH ; Sara Herranz pour Vogue, Gucci ou Elie Saab ; Luna Joulia illustratrice officielle du Elle digital ; Katie Rodger pour Jaeger-LeCoultre ; Malika Favre en cover du New Yorker ; Judith Van den Hoek auteure de la sales illustration Printemps et reine des facecharts Burberry beauty, Clym Evernden pour Balenciaga, Hugo Boss, Vogue UK ou Tiffany & Co Longue est la liste de ceux dont le trait a déjà attendri notre pupille. Pourtant, ces nouveaux outsiders de la mode restent encore pour beaucoup anonymes derrière un croquis…  Souhaitons-leur un destin à la  Hergé.

Pocahontas

Pocahontas

A noter la très prochaine exposition du musée Art Ludique réunissant plus de 350 oeuvres originales du studio américain Walt Disney du 14 octobre au 3 mars 2017!

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