L ’ ART RÉINVENTE LA VILLE

13 juillet 2017 - Exposition, Inspiration

Face aux villes qui ne tarissent pas d’habitants, comment faire pour conserver les liens de sociabilité ? Par des projets extraordinaires et des évènements culturels en tout genre, la vie citadine opère une renaissance. L’Art s’y invite et s’y réinvente. Grâce à des manifestations plus originales les unes que les autres, les scènes artistiques se transforment, se métamorphosent,  ouvrant un peu plus encore le champ de l’imagination et les portes d’accès à l’Art…

La Fondation Luma à Arles

C’est l’un des projets les plus ambitieux de la décennie, et c’est celui de Maja Hoffmann. La milliardaire suisse a investi pas moins de 10 hectares en friche (et 150 millions d’euros) de la ville d’Arles pour y bâtir un pôle de promotion mondial de l’art contemporain. Si le projet n’en est qu’à mi-chantier, une exposition sur Annie Leibovitz y a déjà lieu en attendant l’ouverture officielle à l’été 2018 ainsi que  Benjamin Millepied qui bénificie d’une luxueuse résidence pendant trois ans au Luma avec vidéo intitulée « How Did You Get There », dans laquelle on voit sa compagnie du L.A. Dance Project, danser au milieu des gravats du chantier.

Maquette de la tour de Fondation Luma dessinée par Frank Gehry

Maquette de la tour de Fondation Luma dessinée par Frank Gehry

 

Benjamin Millepied à Arles

À 60 ans, Maja Hoffmann – cohéritière des laboratoires pharmaceutiques Roche, collectionneuse et mécène – est en train d’accomplir un rêve fou. Dans la ville où elle a passé son enfance et qu’elle souhaite voir rayonner de nouveau, elle construit un lieu artistique, écologique et social. « Des collectionneurs créent aujourd’hui des lieux pour montrer leurs collections et parlent de « partage avec le public »… Ce que je tente de réaliser ici est très différent : un centre d’art, de recherche et de production, investi dans l’art contemporain et accueillant de la photo, de l’édition, du documentaire, du multimédia… Un véritable écosystème. » tente-t-elle de définir.

LUMA - photo Manon Gardelle

LUMA – photo Manon Gardelle

Installée sur une friche ferroviaire à quelques encablures du centre-ville, la Fondation Luma semble réunir tous les arguments pour devenir le nouveau centre névralgique artistique arlésien. Chaque été, ces anciens ateliers SNCF fermés en 1984 étaient investis le temps des « Rencontres », mais restaient déserts en dehors de cette manifestation. Pièce maîtresse du projet, une tour de verre et d’Inox signée Frank Gehry dominera la ville de ses 56 mètres de hauteur. Postée à l’entrée du site, elle abritera notamment des espaces d’archives, d’exposition, des bureaux mais aussi des cafés et des restaurants.

 

Le « VAN » de Nantes

Depuis 2012, le « Voyage à Nantes » est le nom du grand parcours artistique qui se tient tout l’été à travers la ville. Cet évènement estival permet à des artistes d’investir l’espace public. Cette année, plus d’une cinquantaine d’œuvres seront à découvrir, en suivant l’itinéraire de 12 kilomètres et dessiné par une ligne verte peinte au sol. Du Lieu unique (LU, ancienne usine de biscuits Petit Beurre, métamorphosée en hub arty avec bar, restaurants, librairie et hammam) au château des ducs de Bretagne, du passage Sainte-Croix à la place du Bouffay, du palais de justice signé Jean Nouvel au spectaculaire bâtiment Manny recouvert de lierre synthétique de Rolf Julius, dédié à tout un collectif de designers et de créatifs… Le programme s’annonce chargé !

Le parcours du "VAN"

Le parcours du « VAN »

« Toute la ville joue avec cette idée que la créativité s’infiltre partout », explique Jean Blaise, Directeur Général de l’évènement. Lancé pour dynamiser la fréquentation touristique par une offre culturelle « exigeante et populaire », le Voyage à Nantes revendiquait l’année dernière près de 650 000 visiteurs estivaux, en hausse continue, et des retombées économiques de plus de 50 millions d’euros sur le territoire métropolitain.

Anniversaire artistique au Havre

Si la ville a pu faire parler d’elle récemment pour son ancien maire devenu l’actuel Premier Ministre, Le Havre ne s’arrête pas à ces faits d’actualité. Aujourd’hui, la cité portuaire fête ses 500 ans, et ne semble pas avoir pris une ride. Les festivités marquées par des événements culturels et un parcours d’art contemporain feront taire les mauvaises langues qui accusent la ville de « cité-béton ».

Premier port de commerce extérieur de la France et classée au patrimoine mondial de l’Unesco, Le Havre est d’abord « une ville au patrimoine exceptionnel reconnu comme tel seulement depuis une dizaine d’années » explique Jean Blaise – encore lui – organisateur et directeur artistique de la manifestation « Un été au Havre » pendant laquelle une vingtaine d’artistes, plasticiens, designers ont été conviés « à venir sur les traces de Niemeyer et Monet, poser leur regard sur la cité en disséminant leurs œuvres  dans l’espace public. »

Porte Océane des 500 ans du Havre de Lang et Baumann

Quatre parcours artistiques jalonnent la ville, invitant les promeneurs à découvrir des oeuvres monumentales qui ponctuent son paysage. Du côté de la porte Océane, UP#3 de Lang et Baumann, une haute forme blanche posée sur le sable et dont on ne sait si elle est sculpture ou architecture, s’ouvre sur la mer. Dans l’église Saint-Joseph d’Auguste Perret, c’est l’artiste Chiharu Shiota qui s’impose avec un tourbillon de fil rouge.

“Accumulation of Power” 2017, Le Havre, France, photo by Philippe Bréard

“Accumulation of Power” 2017 de Chiharu Shiota, Le Havre, photo by Philippe Bréard

Vers le port, Vincent Ganivet a joué aux Lego avec des conteneurs de toutes les couleurs pour réaliser deux hautes arches tandis que sur le quai, Charlotte Roux présente un étonnant voyage sonore qui raconte Le Havre

Catène de Containers de Vincent GANIVET

Catène de Containers de Vincent Ganivet

 

Paris dit oui à la Collection Pinault

C’était une halle au blé au XVIIIe siècle, puis la Bourse du commerce aux XIXe et XXe siècles. Finalement, la rotonde du centre de Paris a été confié par la ville à François Pinault pour y accueillir sa collection pendant cinquante ans. Tadao Ando, architecte sélectionné pour dessiner l’écrin de la collection, mène ce projet dont l’ouverture est prévue pour le début de l’année 2019. Pour lui, il s’apparente surtout à une mission de conservation et de revalorisation du patrimoine. Déjà à Venise, le duo a prouvé le succès de sa collaboration. Le Palazzo Grassi, réhabilité dans la tradition minimaliste, était en mauvais état, avec des infiltrations d’eau et des briques poreuses. Il s’est depuis 2009 transformé en espace d’art contemporain répondant aux strictes normes muséales.

La Bourse du Commerce à Paris

La Bourse du Commerce à Paris

Selon la maire de Paris Anne Hidalgo, « François Pinault devra participer au rayonnement de Paris et à l’attractivité de la France » avec ce nouveau temple dédié à l’art contemporain, à quelques pas du Musée du Louvre. « Nous souhaitons aussi prêter une attention particulière aux pratiques pluridisciplinaires : arts plastiques, scénographie, musique, cinéma, vidéo… Enfin, nous voulons porter une attention soutenue à la médiation, car nous sommes frappés par le nombre de gens qui demandent des explications sur l’art contemporain. » explique Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture et futur président du conseil d’orientation de la fondation Pinault.

La maquette du projet de l'architecte japonais, Tadao Ando, pour transformer la Bourse de Commerce à Paris

La maquette du projet de l’architecte japonais, Tadao Ando, pour transformer la Bourse de Commerce à Paris

À Pigalle, le playground Duperré refait parler

Il y a deux ans, le terrain de basket de la rue Duperré s’était offert quelques heures de gloire grâce à une rénovation signée Pigalle Paris et Nike. Aujourd’hui, le playground s’offre un relooking imaginé par le studio de design III-Studio. Le sol s’offre un dégradé fantastique et les murs s’ornent de formes géométriques contrastées. La dissonance avec les murs de briques défraichis des immeubles voisins à tout pour émerveiller…

Le playground Duperré

Dock B, une auberge espagnole à Pantin

Coffee shop, restaurant bistronomique, salle de spectacle, lieu d’exposition, forum citoyen et espace de coworking : Dock B est un condensé de l’actuel état d’esprit qui souffle sur Pantin. Installé au rez-de-chaussée des majestueux Magasins Généraux – anciens entrepôts des douanes entièrement réhabilités – l’endroit s’acoquine avec le canal de l’Ourcq, tout proche.

Le Dock B à Pantin

Entre les murs épais de Dock B, la décoration est un patchwork de mobilier chiné, mêlé à des œuvres d’art et des créations de designers contemporains. L’idée est notamment de servir de vitrine aux créateurs du cru, l’animation et la promotion de la vie locale étant inscrite dans l’ADN des lieux. S’y tiendront d’ailleurs régulièrement des débats sur les grands sujets de société du moment comme le développement durable ou les libertés. Une grande terrasse a été aménagée sur les quais qui promet de belles soirées d’été…

L’été du Centquatre

À Paris, l’établissement culturel et artistique innovant promet un programme estival à la hauteur de sa réputation. Le Centquatre accueille sous sa nef quatre soirées festives et conviviales autour de projections gratuites sur grand écran. Lové dans un transat, autour d’un pique-nique pour y découvrir des films préalablement sélectionnés par les habitants du quartier…

Alizee Perrin

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