Nues

18 février 2016 - Exposition, Inspiration

A l’heure où le luxe pénètre les frontières du Middle East avec force capsules option niqab et abayas, des réminiscences dénudées apparaissent aux nostalgiques de ce temps révolu. Et pendant que l’échelle de la pudeur joue aux yo-yo sur les réseaux sociaux, ce monde contemporain que l’on dit plus sage opère des flash-backs nuancés de l’âge du nu dévergondé. Loin des fantasmes de Jeff Koons et la Cicciolina, la nudité en 2016 retrouve le sens des réalités…

Autoportrait de Valérie Golino par Bettina Rheims 1991

Autoportrait de Valérie Golino par Bettina Rheims 1991

Connue pour ses portraits d’icônes et de célébrités, Bettina Rheims est avant tout une photographe de la femme dans toute sa séduction. Après quarante ans de carrière, la Maison Européenne de la Photographie lui dédie une rétrospective jusqu’au 27 mars à Paris. Des stripteaseuses de Pigalle qui lui donnent l’impulsion artistique en 1980 aux travaux plus récents comme sa dernière série de portraits de femmes détenues dans les prisons françaises, l’exposition explore la rugosité intrigante du style Bettina Rheims, adepte de la femme forte et d’un corps façon double, qui s’abandonne. Lara Stone immortalisée par “Just like a woman” en 2008 ou “Gina and Elizabeth Kissing” – portrait extrait d’une série de photos publicitaires réalisées pour le film Showgirl ayant plus choqué dans les années 2000 qu’à sa sortie en 1995… Ces moments de féminité suggestive révélés par Bettina Rheims interrogent sur l’évolution de la nudité, de plus en plus prude semble-t-il…

Lara Stone par Bettina Rheims, "Just Like a Woman" 2008

Lara Stone par Bettina Rheims, « Just Like a Woman » 2008

"Gina and Elizabeth kissing", Bettina Rheims 1995

« Gina and Elizabeth kissing », Bettina Rheims 1995

Éclairage nécessaire sur son oeuvre et sa visée, le documentaire “Bettina Rheims – La Fabrique des Icônes” diffusé le 6 février sur Arte décortique cette fascination pour le corps des femmes, provocatrices, sûres d’elles et parfois érotiques mais loin des séries lisses des magazines pour hommes, vus par les hommes. À travers de longues séquences de confession, celle qui participe depuis quarante ans à la construction de l’iconographie contemporaine confie assumer difficilement ce statut de “photographe des stars” que la France lui prête, pâle étendard et reflet affadi d’un travail bien moins superficiel qu’une simple peau nue

Lara Stone pour LUI

Lara Stone pour LUI

Lui, Décembre 2016

Lui, Décembre 2016

Lui, Décembre 2016

Lui, Décembre 2016

S’il est une résurgence de l’âge d’or du nu, c’est le magazine Lui qui se l’approprie. À travers son calendrier 2016 paru dans le numéro de décembre 2015, édité en douze covers pour l’occasion, Frédéric Beigbeder et ses équipes ont casté les “douze plus belles femmes du monde”, de Jourdan Dunn à Toni Garrn. Le résultat révèle une arrière-goût de vintage relevé d’une note de fragilité contemporaine permettant au corps de faire barrage à toute incursion obscène. Dénudées, les poitrines seules s’acquittent d’un délicat numéro d’équilibriste, jouant de l’eros sans le faire imploser.

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Gigi Hadid en couverture de Vogue Paris, mars 2016

Fin janvier, c’est le mannequin Gigi Hadid qui agitait les foules avec l’annonce de sa cover nue pour Vogue Paris. Icône californienne de vingt ans ayant fait l’expérience de sa première fashion week en février 2014, la petite amie de Zayne Malik pourrait bien avoir à faire avec l’évolution de la représentation contemporaine du corps de la femme…

Gigi Hadid en couverture de Vogue Paris, mars 2016

Gigi Hadid en couverture de Vogue Paris, mars 2016

Emblème de la génération millenials, elle conserve sa pudeur en dénudant ce corps phénomène, probablement gardien de la mode de demain. À travers une longue tirade publiée fin septembre dernier à la veille de la fashion week, elle défendait ses formes décriées, révélant dans le même temps une évolution rare dans l’industrie. I represent a body image that  wasn’t accepted in high-fashion before, and I’m very lucky to be supported by the designers, stylists and editors that I am: ones that know this is fashion, it’s art; it can never stay the same. It’s 2015.” Et de poursuivre : “Yes, I have boobs, I have abs, I have a butt, I have thighs, but I’m not asking for a special treatment.”, “Your mean comments don’t make me want to change my body (…) I love that I can be sexy. I’m proud of it”. De quoi dédramatiser l’irruption récente de la féminité sur les podiums…

Défilé Umit Benan collection homme automne-hiver 2016/2017

Défilé Umit Benan collection homme automne-hiver 2016/2017

Après un bref interlude nu chez Umit Benan lors de la dernière fashion week Homme où la cérémonie traditionnelle japonaise du nyataimori – “le corps sushi” – avait lieu en direct, mettant en scène une femme nue recouverte de sushis allongée au centre de la table façon plateau hyper-gastronome, le calendrier Pirelli 2016 récupérait à son tour le débat sur la représentation de la femme avec une série photo signée Annie Leibowitz. Nudité ou naturel ? La question est désormais tranchée.

Amy Schumer pour Pirelli, calendrier 2016

Amy Schumer pour Pirelli, calendrier 2016

Immortalisant des femmes remarquables, parfois nues parfois non, Pirelli cristallise le changement de regard de la société sur la nudité pour sa 43ème édition. Amy Schumer, Serena Williams, Yoko Ono, Tavi Gevinson… Ces artistes, sportives ou businesswomen créatives, fortes et au naturel ont remplacé sans prétention les fantasmes vivants Rosie Huntington-Whiteley, Miranda Kerr ou Lily Cole.

Serena Williams pour Pirelli, calendrier 2016

Serena Williams pour Pirelli, calendrier 2016

Dans la simplicité d’un noir et blanc non photoshopé, l’accomplissement renverse l’idéal physique, mettant à l’honneur le corps de la femme dans toute sa diversité. Coup de com’ ou profonde évolution des moeurs ?

Pure, simple, fragile, politique ou juste féminine, la nudité se découvre-t-elle de nouveaux terrains d’expression ?

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