Archi Textile

7 novembre 2014 - Fashion

Loin d’être l’inconnue d’une équation quelconque, Sheila Hicks repousse les limites du fil à travers le monde. Exposant ses œuvres de Tokyo à Paris en figure emblématique de l’art textile, cette héritière du Bauhaus, courant aux origines de l’architecture moderne est omniprésente dans la capitale française.

"Bâoli", oeuvre de Sheila Hicks au Palais de Tokyo

« Bâoli », oeuvre de Sheila Hicks au Palais de Tokyo

Américaine de naissance, cette parisienne d’adoption a installé ses bureaux en plein cœur de la ville. Prise d’assaut par cette artiste à l’origine de monumentales œuvres textiles semées aux quatre coins du monde, Paris lui rendait hommage l’an dernier au Palais de Tokyo à l’occasion de l’exposition « Decorum » consacrée à la présence textile dans l’art moderne et contemporain. En septembre dernier, Sheila Hicks était de retour dans la structure plus intimiste de la galerie Frank Elbaz où elle exposait de nouvelles œuvres autour du thème « Unknown Data ».

The Silk Rainforest

The Silk Rainforest, Sheila Hicks

Reconnue comme celle qui révolutionne l’art contemporain de la tapisserie, Sheila Hicks tisse, sculpte, et tresse des fibres colorées de coton, de soie ou de laine. Au carrefour de l’architecture, de la sculpture et du textile, elle fabrique un art hybride avec ses œuvres en trois dimensions. Le temps d’une douce métamorphose liée à l’altérabilité des matières utilisées, ses tissages poétiques interagissent avec le monde et les visiteurs alentours.

Sheila HIcks

Sheila Hicks

Redéfinissant l’espace au moyen de ses artifices textiles, Sheila Hicks les inscrit en permanence dans une perspective historique, qu’elle explore avec la spécialiste de l’histoire des textiles Monique Lévi-Strauss. Sa thèse sur les tissus pré-incas en poche, elle recherche depuis un nouveau langage en revisitant l’art ancestral du tissage et du tricot.

Profondément vivant, le matériau textile aux origines antiques se découvre une étonnante modernité sous les doigts de Madame Hicks. Son œuvre, pilier du mouvement tisserand contemporain, est à la tête d’une longue liste d’artistes et créateurs. Favorisé par la vague écolo chic, ce regain d’intérêt pour la maille touche tous les arts appliqués. Qu’il s’agisse du collectif de tricoteurs anonymes Knitta qui détourne le street art depuis 2005 avec ses graffitis textiles recouvrant arbres, poignées de portes et poteaux urbains, ou de l’artiste Marina de Caro qui sculpte ses « hommes graines » en mêlant structure de plâtre et maille colorée, le message est a fortiori le même : l’homme est par essence impliqué dans une relation au monde naturel et le nouveau départ matérialisé par le dialogue du textile avec le monde promet un avenir plus apaisé…

Marina de Caro à la biennale d'Art Contemporain de Lyon en 2011

Marina de Caro à la biennale d’Art Contemporain de Lyon en 2011

En plein cœur de la pandémie, la lauréate 2007 du Festival International de Mode et de photographie d’Hyères, Sandra Backlund interroge elle-aussi le langage textile qui s’insinue peu à peu dans la mode. Avec une habileté qui force le respect, Sandra Backlund décline le concept de maille géante en réalisant chaque vêtement directement sur mannequin. Architecte vestimentaire, elle sculpte à merveille son hyper maille et n’est sans doute pas étrangère aux dernières prouesses réalisées avec de simples pelotes de fils.

Sandra Backlund

Sandra Backlund

Étudiant au Royal College of Art de Londres, Oluwaseyi Sosanya pousse aujourd’hui plus loin la relation passionnée de l’art et du textile, inspiré par les étonnantes possibilités de construction générées à l’origine par de simples aiguilles à tricoter maniées avec patience et agileté. Et puisque l’espace semble prêt à accueillir le nouveau langage architectural de la maille, Oluwaseyi Sosanya a conçu et fabriqué un métier à tisser robotisé capable de fabriquer de véritables structures 3D à partir de fils de laine, de coton ou même de papier.

Les semelles de chaussures en textile 3D, d'Oluwaeyi Sosanya

Les semelles de chaussures en textile 3D, d’Oluwaeyi Sosanya

Petit pas pour l’Homme, grand pas pour l’Humanité, son invention offre de multiples combinaisons de tissage qui explorent les nombreuses propriétés des structures. Souples, molles, dures, élastiques, rigides, flexibles ou resistantes, les construction générées inspectent le champ des possibles et pourraient trouver preneur dans bon nombre de domaines : mode, sportswear et architectural bien sûr, mais également le domaine médical.

En association avec une styliste, Oluwaseyi Sosanya s’est vu créer les semelles d’une paire de chaussure au moyen de son métier à tisser du futur. Explorateur du potentiel du textile 3D, il adapte l’intuition de l’art contemporain à la technique pour, qui sait, améliorer demain l’homme et son rapport au monde.

Retrouvez nos vitrines inspirées du travail de Sheila Hicks sur notre site dailyshopwindow.com

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Liberty, London, 23/10/14

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Liberty, London, 23/10/14

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