Directeurs artistiques, nouveaux nomades

28 juillet 2014 - Fashion

Lundi dernier chez Hermès l’annonce du départ de Christophe Lemaire pour se consacrer à sa propre marque a fait l’effet d’une bombe. Après quatre ans de bons et loyaux services, ce dernier a certainement fait l’un des choix les plus importants de sa carrière : celui de quitter les jupons protecteurs d’un des géants du luxe pour assumer pleinement et en son propre nom son potentiel créatif.

Christophe Lemaire, Nadège Vanhee-Cybulski ancien et nouveau directeur artistique de la maison Hermes

Longtemps, les poids lourds de l’Industrie de la mode ont jeté leur dévolu sur de grosses pointures comme il y a peu Nicolas Ghesquière chez Louis Vuitton ou Alexander Wang chez Balenciaga, préférant la sécurité d’une valeur sûre à l’inconnu d’un talent brut. Pourtant, la nomination surprise de Nadège Vanhee-Cybulski chez Hermès est venue confirmer lourdement la tendance émergente. De plus en plus de marques en quête de nouveaux talents à dévoiler s’aventurent à offrir leurs postes de directeurs artistiques à ces créateurs silencieux.

Nicolas Ghesquiere pour Louis Vuitton

Discrets, ces nouveaux génies de la mode n’en ont pas pour autant oublié d’être brillants. Et si la future tête d’affiche d’Hermès officiait dans l’ombre depuis ses débuts, son parcours en clouerait plus d’un au tapis. Maison Martin Margiela, Céline, The Row, la française n’a pas attendu l’heure de gloire pour viser haut.

Anne Valerie Hash

Timides ou encore jeunes, ces nouveaux directeurs artistiques avancent masqués. Loin du tapage médiatique d’un Olivier Rousteing (Balmain), ils sont étrangers au star système des dieux de la mode et avancent à pas de loup dans un monde de hyènes.

Dans l’ombre de la marque qui les emploie ou dans l’ombre d’autres marques déjà installées sur un marché sans pitié, ils bénéficient cependant de la force d’un talent qui sait attirer sur eux au moment opportun le feu de puissants projecteurs. C’est ainsi qu’Anne Valérie Hash, créatrice Haute Couture depuis les années 2000 finit par mettre entre parenthèses sa marque éponyme début 2014 pour reprendre la direction artistique de Comptoir des Cotonniers.

Alexander Wang, directeur artistique du prêt-à-porter femme de Balenciaga

Incubateurs de talents, ces puissantes maisons leurs offrent les moyens de s’épanouir avec une visibilité nouvelle qui met à leur portée une possible consécration sous réserve qu’ils sachent faire leurs preuves.

Tremplin express, ces postes-caviar sont de formidables opportunités de carrière qui insufflent rapidement l’envie à ces ambitieux directeurs artistiques de se retourner vers une marque propre. Souvent mis en standby le temps de la collaboration, à l’instar de Felipe Oliveira Baptista (Lacoste) qui annonçait la suspension temporaire de sa ligne éponyme en février 2014, ces projets d’émancipation ne quittent pas les nouveaux DA.  »Ceci n’est pas la fin d’une histoire », précise d’ailleurs celui qui a su réveiller le label sportswear de sa léthargie.

Felipe Oliveira Baptista

Fidèle mais indépendante, la nouvelle vague de directeurs artistiques ne se marie pas à ces marques mécènes et conserve à jamais cette volonté de briller en solo, cherchant avant tout à se faire un nom et une identité propre pour se lancer sans risque (ou presque).

Alexis Martial, directeur artistique d'Iceberg

Alexis Martial, directeur artistique d’Iceberg

Conscients des réalités de leur monde, ils savent comprendre un tableau des ventes sans étouffer leur souffle créatif, une qualité indispensable qui a certainement compté pour Iceberg, au moment de nommer son nouveau directeur artistique, Alexis Martial. Âgé de 29 ans, cet ancien styliste maille chez Givenchy a su, en un an à peine, dépoussiérer l’image d’une marque en déclin, au point que lui-même avoue n’en avoir jamais entendu parlé auparavant. À mi-chemin entre ultra-modernisme japonais et rétro-futurisme 60’s, sa première collection présentée en septembre a déjà tapé dans l’oeil de la critique et lui vaut plusieurs billets élogieux qui laissent penser qu’Iceberg tient peut-être ici la nouvelle pépite de la mode…

Yiqing Yin

Échange de bons procédés, ces collaborations entre directeurs artistiques itinérants et labels installés injectent un sang neuf aux nouvelles collections tout en offrant parfois une dernière chance salvatrice à des marques vieillissantes. L’arrivée du jeune prodige Couture Yiqing Yin chez Leonard en est l’exemple le plus manifeste. Après avoir raflé en 2011 le prix de l’ANDAM et habillé à Cannes l’actrice et maîtresse de cérémonie du festival Audrey Tautou en 2013, la voici aux commandes d’une nouvelle maison… Il faut croire que ses brillants débuts en solitaire ne constituaient pas une base assez solide à cette créatrice ambitieuse.

C’est un fait, la mode s’intéresse de plus en plus près à la relève des nouveaux créateurs et quand, il y a quelques années, les directeurs artistiques juraient fidélité à leur maison d’adoption, aujourd’hui ils ne jurent que par leur liberté. Déterminés à dépasser le maître, ces petits génies du style prennent peu à peu le pouvoir et redonnent espoir à une génération élevée au « Laisse béton« . Pourvu que ça dure.

Retrouvez les vitrines de tous ces nouveaux créateurs sur notre site  dailyshopwindow.com

dailyshopwindow-vitrines-créatives-creative-windows-vitrines-magasins-windows-shop-Comptoir-des-Cotonniers-01-14JUL15

Comptoir des Cotonniers, Paris, 15/07/14

dailyshopwindow-vitrines-créatives-creative-windows-vitrines-magasins-windows-shop-Balenciaga_01_3061-7JUN

Balenciaga, Milano, 07/06/14

dailyshopwindow-vitrines-créatives-creative-windows-vitrines-magasins-windows-shop-LouisVuitton_04_4668_19JUN

Louis Vuitton, Paris, 19/06/14

dailyshopwindow-vitrines-créatives-creative-windows-vitrines-magasins-windows-shop-ICEBERG_14JUNE02

ICEBERG, Milano, 02/06/14

© dailyshopwindow.com | http://bit.ly/1qH2uDt