Éloge du Mauvais Gout

4 octobre 2016 - Fashion, Inspiration

Mélange des genres, designers émancipés, abolition des saisons… Depuis quelques mois, la mode fait sa révolution. Au coeur de ce joyeux mélange de libertés, le mauvais goût est légion, porteur essentiel des désirs d’affranchissement d’un système en surdose normative. Dans un consensus général, le sublime laisse place à un nouveau terrain d’explorations historiquement prohibé. Éloge du mauvais goût.

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Depuis trois ans, Maison the Faux bouscule la très efficace Fashion Week de New York. Connu pour ses looks urbains accessibles, sophistiqués et désirables illico, le prêt-à-porter made in New York connaît quelques écarts de conduite à travers les créations du duo néerlandais. Hommes en talons haut, soutien-gorge ou corset, vêtements détériorés ou rapiécés, scénographie rock’n’roll… À ce stade, la mode plane dans les airs tel un concept kantien. Revisitant la théorie de la Connaissance, Maison the Faux revendique des collections neutres à l’esthétique très particulière qui jouent avec les frontières, les règles et les idées toutes faites…

Maison the Faux printemps-été 2017

Maison the Faux printemps-été 2017

Nous voulons (…) que les gens se disent : Waou ! Cela me fait bizarre, mais est-ce que ça devrait ?” exprime la créatrice Tessa de Boer, regrettant les cases dans lesquelles la société enferme les gens ; l’esprit étriqué d’une mode conventionnée. Pourtant, loin d’être un loup solitaire, le mauvais goût assumé de Maison the Faux infiltre jusqu’aux strates les plus hermétiques du luxe. Comme lassées de leurs codes esthétiques bien pensants, les grandes maisons abandonnent une part de leur élégance étriquée pour s’aventurer dans l’inexploré mauvais goût.

Gucci printemps-été 2017

Gucci printemps-été 2017

Gucci printemps-été 2017

Gucci printemps-été 2017

Qui veut parler des mini robes minis minis du défilé Saint Laurent, qui des maxi robes filets de pêche Balmain où l’on ne voit que trop la silhouette Kardashian ? L’ordinaire cette saison n’en est plus à ce niveau de subtilité. Porte-drapeau de la contestation, Alessandro Michele pour Gucci franchit cette saison un pas de plus dans le piétinement du banal sublime. Interrogeant notre fort intérieur, il ravive son granny style puissance mille, toujours plus populaire. Fichu fleuri délicieusement suranné, maxi lunettes à monture fabuleusement strassée, mix de couleurs et d’imprimés façon mauvais goût endimanché… Talonné de près par une tripotée d’autres épuisés du bon chic, bien genre, Gucci et ses paires marquent les esprits par une mise à l’épreuve critique.

Balenciaga printemps-été 2017

Balenciaga printemps-été 2017

Balenciaga printemps-été 2017

Balenciaga printemps-été 2017

Balenciaga printemps-été 2017

Balenciaga printemps-été 2017

Chez Balenciaga, Demna Gvasalia se frottait à son tour au mauvais goût. Explorant la relation qui lie la Haute Couture au Fétichisme, la collection printemps-été 2017 offrait des silhouettes gainées des pieds à la tête… Emmitoufflées de mix coloriels arc-en-ciel, ces joyeuses improbables faisaient quoi qu’on en dise les yeux doux au parterre élitiste venu les admirer. Entre les drôles de sacs poufs, les doudounes sans manches esprit chambre à air, les capes XXL et fichus en latex, ce mauvais goût nouveau flirtait avec une inattendue beauté.

Hood by Air printemps-été 2017

Hood by Air printemps-été 2017

Pas toujours évident à aborder,  le mauvais goût de saison se matérialise également dans une certaine inclination pour l’absurde. On pouvait lire dans les santiags devant/derrière d’Hood by Air une certaine philosophie de la vie. Trahissant quelque peu la tendance générale – homme ou femme, envers ou endroit, hiver ou été – ces attributs pédestres saugrenus n’en étaient pas moins percutants. Chez Rick Owens, la mode avait aussi le pied long. La pointe d’orteil étirée par des boots façon chaussettes palmées étirées, la silhouette Rick Owens était d’un incontestable drama, quelque part entre le pourquoi et le pourquoi pas. Finalement, les Crocs tie and dye de Christopher Kane paraissaient presque sobres et classiques.

Rick Owens printemps-été 2017

Rick Owens printemps-été 2017

Christopher Kane printemps-été 2017

Christopher Kane printemps-été 2017

Flairant le filon d’un mauvais goût florissant, la Barbican Art Gallery de Londres célèbre ce retour en grâce du 13 octobre au 5 février, glorifiant les transgressions du goût à travers les âges, accordant une large part au “too much” de la mode. Désir de s’affirmer en transgressant politesse et retenue, le vulgaire tel qu’il y est défini est une forme de contestation des normes culturelles qui passe par l’appropriation de la mode par les foules… Sujet on ne peut plus d’actualité dans un monde qui porte aux nues ses anonymes et décrie ses élites. 2016 ou comment faire du beau avec du moche.

Tour d’horizon de la tendance mauvais goût dans les défilés :

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Jacquemus, printemps-été 2017

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Prada, printemps-été 2017

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Margiela, printemps-été 2017

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Chanel, printemps-été 2017

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