Fashion séisme

9 février 2016 - Fashion

Dimanche soir, l’ouragan Superbowl et sa puissance médiatique portée par une Beyoncé mercenaire faisait table rase de nos esprits, sensibles jusqu’alors à un autre phénomène plus silencieux mais tout aussi puissant. À J+2 de l’évènement le plus suivi du week-end, reprenons le fil de l’histoire du fashion séisme le plus important du XXIème siècle.

En 2014, Li Edelkoort annonçait le fashion séisme

En 2014, Li Edelkoort annonçait le fashion séisme du siècle

Il y a tout juste un an, la prévisionniste tendance Li Edelkoort ébranlait les certitudes du monde merveilleux de la mode avec une prophétie réalisatrice annonçant la mort de la mode au profit du vêtement. En quelques mois, l’idée semble avoir fait son chemin dans les talentueux inconscients de Directeurs Artistiques malmenés et, quittant un à un leurs Maisons, ils dessinent aujourd’hui le nouveau visage d’un régime trop longtemps totalitaire.

Raf Simons

Raf Simons

Tout a commencé avec Raf Simons. Faisant ses adieux à Dior après un règne relativement bref mais foncièrement admirable, il stoppe son ascension en pleine gloire, suivi de près par Alexander Wang et Alber Elbaz, tirant une révérence plus ou moins amère chez Balenciaga et Lanvin. Mais alors que cette dernière se défend d’un nouveau DA prometteur, Dior et Lanvin restent orphelines de designer à l’approche des défilés. Qui plus est, la réaction en chaîne amorcée cet hiver se poursuit, et 2016 pourrait bien amener la secousse de trop.

Phoebe Philo

Phoebe Philo

En poste chez Céline depuis 2008, Phoebe Philo pourrait quitter la Maison après le prochain défilé automne-hiver 2016/2017. Et si le groupe Richemont a démenti les rumeurs de The Fashion Law selon lesquelles elle rejoindrait Alaïa, les spéculations vont bon train pour la designer de 43 ans. Créatrice parmi les plus encensées de sa génération, Phoebe Philo a pourtant toujours fait passer sa famille avant sa carrière, allant jusqu’à quitter Chloé en 2006 pour élever ses trois enfants. Basée à Londres depuis sa prise de fonctions chez Céline, elle n’hésite pas à compliquer les échanges avec la maison parisienne pour rester près des siens. À ce jour, la raison de son supposé départ reste floue mais la vague de départs annoncés par la suite au sein des grandes Maisons de luxe pourrait bien éclaircir ce revirement de situation.

Alessandro Sartori

Alessandro Sartori

C’est après la fashion week homme que tout s’est accéléré. Alessandro Sartori, tailleur italien ayant lancé la silhouette homme du chausseur Berluti en 2011, quitterait son poste pour reprendre la main sur les collections Ermenegildo Zegna après le départ du milanais Stefano Pilati, lequel n’ayant pas encore annoncé sa maison future malgré un CV remarquable. Simultanément, Brendan Mullane, qui menait le retour de Brioni sur les podiums milanais depuis un an, se séparerait de la maison pour laquelle il oeuvre depuis 2012… Enfin, Hedi Slimane serait sur le point d’opérer un doublé : après son départ de chez Dior Homme en 2007 pour désaccord créatif avec la maison, il peinerait à trouver un terrain d’entente sur le renouvellement de son contrat chez Saint Laurent et pourrait être remplacé par Anthony Vaccarello, selon Women’s Wear Daily.

Stefano Pilati

Stefano Pilati

Brendan Mullane

Brendan Mullane

Annoncé dans un communiqué Saint Laurent arguant l’importance pour Hedi Slimane de se concentrer sur les célébrations des dix ans de son “Diary”, le report de la présentation homme au 10 février pourrait bien être l’indice de cette rupture. Le défilé femme prévu le 7 mars marquerait alors la fin du règne de la rock star adoubée par Bowie en 2002 pour son prix CFDA du designer de l’année

Hedi Slimane

Hedi Slimane

Est-ce une volonté des Maisons de luxe, de ne plus offrir aux designers les pleins pouvoirs en évitant de les surexposer ou bien assiste-t-on à un désaveu général de la politique industrielle des grands noms de la mode ? La course à la créativité est-elle la cause de la fuite des designers ? Avec l’invasion digitale, le visage du luxe a évolué pour flirter avec une fast-fashion onéreuse et le temps, inexistant aujourd’hui dans le processus d’élaboration d’une collection, semble être le nouveau luxe. Boulimique, la mode s’autodétruit et seule une poignée d’acharnés semble en mesure d’accepter le lot commun aux DA d’aujourd’hui. Cas d’école, Karl Lagerfeld célèbrait en 2015 son quart de siècle chez Fendi, ponctuant ce palmarès d’une implacable punchline : “La mode est aujourd’hui un sport, il faut savoir courir”. Mais dans le contexte actuel, c’est un véritable soulèvement d’individualités qui paraît se dresser contre la pression du système et les designers manifestent un désir profond d’imposer les conditions de leur bien être, car l’endurance à l’extrême ne dure qu’un temps.

Tom Ford

Tom Ford

C’est donc avec une surprise toute relative que l’on apprenait ces jours-ci la volonté de Burberry de présenter seulement deux collections par an, plus en phase avec la saisonnalité, et de réunir l’homme et la femme sur un même podium, la distinction traditionnelle jugée parfaitement désuète. À peine annoncée, cette décision radicale était suivie de la même déclaration chez Tom Ford, dans le but de satisfaire immédiatement le désir du client, lassé d’une temporalité inadaptée au nouveau monde de l’instantané. Même combat chez Vêtements qui annonce vouloir “redonner au luxe son vrai sens” avec des collections produites à l’avance et disponibles en magasin à peine un mois après le défilé, pour lesquelles chaque pièce sera une édition limitée, sans réassort…

La mode est morte, vive la mode !

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