FEMME ET POUVOIR

10 novembre 2016 - Fashion, Inspiration, Lifestyle

Le bouleversement est total au lendemain de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. À l’heure où la question du genre renverse les codes, et à deux doigts d’assister à la victoire historique d’une femme dans la course à la Maison Blanche, tout espoir semble aujourd’hui éteint. Quel avenir pour les femmes ?

Hillary Clinton au New Yorker hôtel après sa défaite à l'élection présidentielle 2016.

Hillary Clinton au New Yorker hôtel après sa défaite à l’élection présidentielle 2016.

« Nouvelle génération », c’est le terme qui obsède journalistes, sociologues et politologues depuis le début de la campagne d’Hilary Clinton. Porte-drapeau d’un féminisme renouvelé, à la fois décomplexé et accessible, la grande perdante des élections incarnait jusqu’à hier l’un des plus forts symboles de réussite féminine personnelle et professionnelle. Soutenue par une majorité d’élites, la  certitude d’une victoire s’était insinuée dans notre fil Instagram, rendant la défaite d’autant plus amère qu’elle était inattendue. Pourtant, le profil actuel de la power woman n’a pas attendu les élections pour se manifester. Habituée des réseaux sociaux, autodidacte, créative, audacieuse et entrepreneuse, une nouvelle génération de femmes d’affaire s’est approprié, de fait, l’étendard féministe. Qu’il s’agisse de Sheryl Sandberg, numéro 2 de Facebook, au classement Forbes des femmes les plus puissantes au monde depuis 2011, ou de Morgane Sézalory, petite frenchy star de la success story Sézane, le contexte de maturation d’un féminisme plus accompli semblait idéal.

Sheryl Sandberg

Jeunes femmes et adolescentes ayant désormais de quoi inspirer la réussite sociale de leur moi adulte, c’est tout un banc de surdouées qui s’est mis à émerger. À l’aise en politique comme en technologie, on a pu découvrir une Karlie Kloss nous apprenant à coder avec Kodewithklossie.com, une Tavi Gevinsson précocement nommée leader de la mode par les magazines Time et Forbes, ou une Emma Watson ambassadrice de l’ONU Femmes, militante pour l’égalité des sexes auprès de sa génération.

Dior féministe pour le printemps-été 2017

Dior féministe pour le printemps-été 2017

Dior féministe pour le printemps-été 2017

Dior féministe pour le printemps-été 2017

Soutenu par des petits séismes porteurs de grandes idées, ce nouveau féminisme s’exprimait lors de la dernière fashion week par l’intermédiaire de Maria Grazia Chiuri, première femme à la tête des collections Femme chez Dior. À la rencontre de son nouveau public, l’ex directrice artistique de Valentino avait choisi de célébrer cette petite révolution pour le printemps-été 2017. Muse de la saison, l’écrivaine nigériane féministe Chimamanda Ngozi Adichie voyait donc son discours « We should all be femisists » diffusé par la maison de mode française quelques années après avoir intégré les lyrics d’une chanson de Beyoncé. Repris sur des t-shirts imprimés accompagnant d’autres t-shirts ciglés « Dio(r)évolution », le slogan a tôt fait de placer l’événement en trending topic de la fashion week parisienne. Loin d’un simple buzz commercial, une note d’intention de Maria Grazia Chiuri précisait « Je m’efforce d’être attentive au monde et de créer une mode qui ressemble aux femmes d’aujourd’hui, une mode qui les accompagne dans leurs transformations, pour échapper aux stéréotypes (…) ». Et d’ajouter en coulisses « J’ai une fille et un garçon, je veux qu’ils aient les mêmes chances dans la vie (…). Il faut en parler parce qu’en ce moment, je ne suis pas sûre que tout le monde y croie ».

Maria Grazia Chiuri et

Maria Grazia Chiuri et Chimamanda Ngozi Adichie

À croire que l’italienne avait anticipé la tornade Trump et autres constats tragiques, comme celui des inégalités salariales hommes/femmes, mis en lumière par la grève nationale des femmes islandaises le 24 octobre dernier. Abandon massif de leur poste de travail à 14h38 pour se rassembler, ce women’s day off signifiait concrètement la fin de la période de travail rémunéré pour des femmes percevant en moyenne 14% de salaire de moins que les hommes. Récupéré par le collectif français féministe Les Glorieuses, ce mouvement de désobéissance civile avait court pour pour la première fois en France le 7 novembre dernier à 16h34. Résultat des courses, un live Facebook du Elle.fr et de nombreuses femmes ayant envisagé l’événement comme une gentille blague…

Tweet de la ville de Reykjavik lors du women's day off

Tweet de la ville de Reykjavik lors du women’s day off

Pourtant, à l’aube d’un nouvel ordre mondial, les mots prononcés par Simone de Beauvoir trente ans auparavant finissent par résonner étrangement. « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question »… Est-ce donc cela que présage l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, choisissant son fils de dix ans plutôt que la première dame pour apparaître à l’écran durant son premier discours en tant qu’élu ? Faut-il s’attendre à la résurgence des conservatismes, de la misogynie et du sexisme à l’heure où le féminisme paraissait enfin apaisé, débarrassé de la dictature d’un girl power aveuglant et aveuglé ? Mais contre la menace d’une grande puissance en plein séisme, le mot de la fin revient à Hilary Clinton qui, « fière d’avoir été la représentante [des femmes] » ajoutait à l’intention de toutes les petites filles : «ne doutez jamais que vous êtes importantes, puissantes et que vous méritez toutes les chances du monde de poursuivre et de réaliser votre rêve».

 

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