God Save McQueen!

24 septembre 2015 - Fashion

Après quinze années de bons et loyaux services, le XXIème siècle implose dans une adolescence redoutée. Prêt à fuguer dans une crise écologique imminente, notre siècle digital  oscille entre inondations meurtrières et exodes forcés. Face à cet horizon plombé, Jean-Paul Gaultier annonçait le retour du punk au printemps dernier. “No future”, c’est peut-être l’idée des nombreux hommages qui pleuvent aujourd’hui sur Alexander McQueen, créateur habité à l’univers chaotique, au destin tragique. Loin de faire de l’ombre au tableau, son fantôme plus omniprésent que jamais revient conter sa vision de la vie, révéler une autre beauté…

Alexander McQueen

Alexander McQueen

Entre splendeurs tirées de l’apocalypse, mode excessive, mises en scènes démesurées et  prodiges de réalisations techniques, Loïc Prigent livre les secrets du créateur anglais le plus doué de sa génération dans un film puissamment habité. Diffusé sur Arte le 26 septembre prochain, le documentaire intitulé “Le Testament d’Alexander McQueen” raconte les quatre dernières collections de Lee avant son double suicide en février 2010. Archives inédites, interviews désarmantes et images de quelques chef d’oeuvres de défilés, les principales clés du mystère McQueen sont dévoilées dans ce format de cinquante-trois minutes où l’on assiste à la métamorphose de l’enfant terrible de la mode anglaise en génie prophétique à l’aura fantastique.

De l’iconoclaste “Plenty of Horn” (Corne d’Abondance), défilé best-of des créations d’Alexander McQueen qui défigure les mannequins en victimes de Jack l’Éventreur et clôture un cycle d’influences, au très novateur “Plato’s Atlantis” (l’Atlantide de Platon), défilé de mutantes aquatiques retranscrit en direct sur le net et utilisant une technologie 3D encore peu connue à l’époque, Alexander McQueen écrit son testament avant de s’enterrer vivant dans “The Bone Collection”, dernier défilé de son vivant, où l’imprimé crâne se fait vanité obsessionnelle dans un décor façon ossuaire, à trois semaines de son suicide. Triste fin pour ce fils de chauffeur de taxi diplômé de la prestigieuse Central Saint Martins et star de la Haute Couture Givenchy, qu’il intègre à 26 ans, soutenant le rythme douloureux de 14 collections par an…

Alexander McQueen – Plato’s Atlantis

La mode est une grosse bulle que j’ai parfois envie d’éclater” disait Alexander McQueen. Celui qui mettait en scène une femme perturbée, démembrée, mutante, n’en perdait pas pour autant la beauté. Sauvage et rugueuse, Alexander McQueen la puisait de toutes parts, d’une dent de requin ramenée d’une séance de plongée sous-marine aux oiseaux mortifères d’Alfred Hitchcock. Toujours ambiguë, clamant une mort omniprésente, la beauté des créations McQueen poussaient la mode au-delà de ses frontières, déchaînant les passions de la foule, en témoigne l’incroyable succès de la rétrospective “Savage Beauty”. Démarrée en 2011 au Metropolitan Museum de New York, elle reste à ce jour l’une des huit expositions les plus populaires du Musée.

"Savage Beauty", Victoria and Albert Museum de Londres

« Savage Beauty », Victoria and Albert Museum de Londres

Arrivée au Victoria and Albert Museum de Londres début 2015 dans une version massivement enrichie de 30 pièces et une quarantaines d’accessoires et objets figurant dans un incroyable cabinet de curiosités, l’exposition Savage Beauty mise en scène par Gainsbury et Whiting, société de production qui travaillait avec Alexander McQueen, nous plongeait dans une esthétique visionnaire, une noirceur saisissante.

"Savage Beauty", Victoria and Albert Museum de Londres

« Savage Beauty », Victoria and Albert Museum de Londres

Dévoilée en parrallèle au Tate Britain, l’exposition “Nick Waplington / Alexander McQueen : Working Process”, se concentrait sur les dessous du défilé “Plenty of Horn”. Capturé par l’objectif du photographe Nick Waplington dans une collaboration unique avec le créateur, ce défilé acclamé par la critique se présentait ici comme un commentaire puissant sur la destruction et le renouvellement créatif, à l’heure où Sarah Burton assure avec brio la succession de la Maison McQueen.

"Nick Waplington/Alexander McQueen: Working Process", Tate Britain

« Nick Waplington/Alexander McQueen: Working Process », Tate Britain

Nourrie d’un style avant-gardiste et futuriste, celle qui fut le bras droit de ce révolutionnaire de la mode s’apprête à célébrer l’inauguration du plus grand flagship mondial du label londonien. Implanté dans la capitale parisienne où la Maison fera bientôt défiler sa collection printemps-été 2016, ce siège français témoigne du succès croissant des créations de Sarah Burton. Invitée en 2011 à créer la robe de mariée de Kate Middleton, dans un dernier hommage au créateur disparu, elle a su embrasser ses fonctions de directrice artistique sans fléchir sous le poids de son inoubliable prédécesseur, assurant la pérennité de la marque et de l’esprit d’Alexander. God save McQueen!

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