KOONS RENCONTRE VUITTON

19 avril 2017 - Design/Art, Fashion

Mon premier est l’artiste le plus cher du monde, et l’un des plus controversés aussi. Mon second est maître malletier au monogramme devenu iconoclaste. Mon tout est une toute nouvelle collection de sacs baptisée « Masters », imaginée par l’artiste Jeff Koons pour Louis Vuitton sur fond de chefs d’oeuvre de peinture occidentale…

L’objet du délit

Les sacs de la collection Masters signée Jeff Koons pour Louis Vuitton seront mis en vente à partir du 28 avril, mais ils n’auront pas attendu pour faire grand bruit. Fruit d’un travail de plus de deux ans et demi, la collection revisite le Speedy, le Keepall et le Neverfull – it-bags de la maison Vuitton – et revêtus pour l’occasion d’oeuvres de grands maîtres de la peinture.

La Joconde de De Vinci, La Chasse au Tigre de Rubens, La Gimblette de Fragonard, Champ de Blé avec Cyprès de Van Gogh et Mars, Vénus et Cupidon du Titien s’impriment sur les sacs à main iconiques de la griffe siglée « LV ». Ces imprimés n’ont pas été choisis par hasard par Jeff Koons puisqu’ils viennent directement de la série « Gazing Ball » de l’artiste américain présentée à New York en 2015. L’exposition présentait ces tableaux classiques agrandis comme des affiches publicitaires et agrémentées d’une boule de verre bleue placée devant.

« Dans ma série Gazing Ball, la sphère bleue est à l’image de l’univers, un symbole de générosité qui reflète tout à 360° et vous dit où vous êtes dans l’espace et dans le temps. Je ne l’ai pas utilisée sur les sacs car le Monogramme scintillant et les lettres éclatantes du nom des peintres suffisaient à établir cette connexion avec l’extérieur », explique Jeff Koons.

La collection Masters hisse haut le nom des peintres dont les oeuvres habillent les sacs comme le ferait le logo d’une marque de luxe, mais ce n’est pas tout. À l’intérieur de chaque pièce, il y a une biographie et un portrait des deux artistes, Jeff Koons et le peintre donc, ainsi que la mention du musée où l’oeuvre est exposée. Les cinq musées ont d’ailleurs donné leur autorisation pour les reproductions et toucheront des royalties sur les ventes.

Aux origines de la transgression

Argent, kitsch, imposteur, controverse sont les termes les plus employés à l’encontre de Jeff Koons. Par sa collaboration avec Louis Vuitton, l’artiste n’en ai pas à sa première transgression et le monde de l’Art le lui rend plutôt bien, quoi que tiraillé par un je-t’aime-moi-non-plus dont il ne sait que faire.

Jeff Koons pour Dom Pérignon, 2013.

Jeff Koons pour Dom Pérignon, 2013.

Mais du côté de la maison de luxe, le goût de l’interdit est tout aussi prononcé. Louis Vuitton est à l’avant-garde depuis toujours et la marque s’amuse de bousculer la bienséance en participant à sa manière aux grands changements sociétaux. Pour exemple, à l’époque de la course à l’aéronautique, Gaston Vuitton et ses frères concevaient un hélicoptère, ni plus ni moins dans leur jardin d’Asnière au début des années 1900. Par la suite, la maison s’est toujours exprimée à sa façon sur les Swinging Sixties, la révolution sexuelle et bien d’autres évènements historiques.

Collection Masters, scandale ou révolution ?

L’association d’une marque audacieuse avec un artiste controversé ne pouvait se concrétiser sans une pincée de scandale… Mais ce n’est finalement pas le fait de toucher au sourire de Mona Lisa qui semble déranger mais bien de revisiter le célèbre Monogramme Vuitton qui a tout du crime de lèse-majesté !

Collection Masters par Jeff Koons pour Louis Vuitton.

Collection Masters par Jeff Koons pour Louis Vuitton.

Que l’on se rassure, Jeff Koons a bénéficié d’une jolie carte blanche pour cette collection Masters. L’artiste a redessiné les fleurs, les étoiles et mêmes les initiales du fameux sigle qui sertit les sacs à main de la marque. Cette proposition aurait pu faire crier d’effroi, mais c’est finalement celle qui a été retenu. Pour Michael Burke, PDG de Louis Vuitton, cette collaboration est le fruit d’un trio : un grand artiste, une grande marque et une grande idée, tandis que Jeff Koons lui se pose la question de savoir « jusqu’où l’art peut-il être détourné et récupéré par les maisons de mode sans y perdre son âme ? ».

Les sacs de la collection Masters Jeff Koons x Louis Vuitton seront vendus plus chers que les modèles classiques : 2 100 euros pour un Speedy contre 760 euros pour la version en toile Monogramme par exemple.

Jeff Koons prend la pose avec l'une de ses créations pour Louis Vuitton.

Jeff Koons prend la pose avec l’une de ses créations pour Louis Vuitton.

Art et luxe, un duo gagnant ?

En 1965, Yves Saint Laurent défrayait la chronique en puisant son inspiration du côté de l’art pictural. Le créateur voulait rendre hommage à la plus célèbre toile de Piet Mondrian, la transposant ainsi et tout simplement sur une robe présentée lors du défilé Automne Hiver. La pièce – devenue best-seller – ne se contente pas de reprendre le dessin tel quel mais imagine une coupe et un mouvement de vêtement en lien avec la toile du peintre. 

La Robe Mondrian YSL

La Robe Mondrian YSL

Artiste aussi controversé et sous l’impulsion de Marc JacobsTakashi Murakamicollaborait dès 2003 avec la célèbre marque et marquait LE monogramme de mangas étranges et chimériques à l’image de ses créations.

Panda trunk, toile Monogram, 2003, © Takashi Murakami / Louis Vuitton

Panda trunk, toile Monogram, 2003, © Takashi Murakami / Louis Vuitton

 

 

Fin 2016 Takashi Murakami s’invitait à la Galerie Perrotin pour son exposition Learning The Magic Of The Painting et investissait les deux galeries métamorphosées en flagship store avec une scénographie déployant l’ensemble d’un « univers Murakami » caractérisé par l’organisation d’un brouillage de codes. Ce parcours mi-initiatique / mi-commercial s’achevait par une série d’œuvres-duo sac & toile mises en vente à 55.000$.

Galerie Perrotin / Takashi Murakami - 2016

Galerie Perrotin / Takashi Murakami – 2016

Plus récemment, Gucci tentait de convaincre les autorités grecques pour défiler au milieu des temples de l’Acropole, avec à la clé un projet de collaboration culturel à long terme. Face à un refus catégorique, la marque du groupe Kering présentera sa collection croisière 2018 en mai prochain dans l’historique Palazzo Pitti de Florence, qui abrite une collection unique de chefs-d’œuvre de la Renaissance, de Raphaël au Titien. Gucci s’est engagée parallèlement à financer les travaux de restauration du Jardin Boboli attenant à l’édifice à hauteur de deux millions d’euros…

Le luxe comme solution pour la culture ?

De nos jours la culture souffre d’un manque de financement. En lui apportant soutiens et mécènes, l’industrie du luxe se présente comme la réponse adéquate. Jamais l’art et la mode n’auront d’ailleurs été aussi proches : les collaborations créatives fleurissent, les marques investissent les lieux d’arts et les initiatives de mécénat se multiplient. Les maisons de luxe s’impliquent dans les restaurations de monuments historiques voire d’oeuvres d’art, sans parler de celles à la tête de prestigieuses fondations d’art (Pinault, Louis Vuitton, Cartier, Prada, etc.).

louis-vuitton-collection-masters-jeff-koons

Dans le cadre de la collection Masters avec Jeff Koons, Louis Vuitton va reverser des royalties aux cinq musées impliqués dans l’opération dont le Louvre, au sein duquel la marque du groupe LVMH a déjà pu organiser un défilé exceptionnel en mars dernier…

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