La croisiere s’affole

19 mai 2015 - Fashion

En marge des rouages imposants de fashion weeks trop huilées, les défilés croisières déploient aujourd’hui toute la puissance des grandes Maisons et deviennent le nouveau rendez-vous des élus internationaux. Lassés des usines à shows, journalistes et people se retrouvent “dans l’intimité” de ces garden party particulières, prêts à savourer le divin suc de leur créateur chouchou… Dans la douceur suave des après-midi de mai, des gangs de happy few se donnent rendez-vous autour des shows croisières, communiant autour des véritables expériences mode que sont ces présentations parallèles hors du commun. 


Le défilé Louis Vuitton croisière 2016 à Palm… par VOGUEPARIS

Lieu, ambiance, mise en scène, communication, architecture et design… Cette saison, tout était pensé pour être décalé, et l’apaisement millimétré qui se dégageait de ces lieux incongrus procurait l’agréable sensation d’être au coeur de l’action. Scènes de films excentriques pour figurants insolites, voilà qui résume l’atmosphère des shows croisière 2016. Noyau atomique d’une mode nucléaire, la croisière s’affole avec Louis Vuitton, Dior et Chanel. À leurs manières ces shows marginaux provoquent une zone de turbulence dont nul n’aspire à sortir indemne.

Défilé Louis Vuitton croisière 2016

Défilé Louis Vuitton croisière 2016

 Ciao Monaco, hello Palm Springs ! Au coeur du théâtre radical et brutal qu’inspire l’architecture “desert modernism” de John Lautner, Louis Vuitton et Nicolas Ghesquière conviaient leurs hôtes à une étrange croisière expérimentale. Guerrières rétro-futuristes façon Bowie revival, les incroyables gueules des mannequins habitées jaillissant derrière les baies vitrées pour accueillir les invités n’avaient rien de familier. Surplombant la vallée de Coachella dans leur vaisseau minimal, les créatures du désert et leur crinière d’assaut évoquaient sans détour le contraste doux-amer des femmes soldats du dernier Mad Max. 

Défilé Louis Vuitton Croisière 2016

Défilé Louis Vuitton Croisière 2016

Aride, pourtant prolifique, le voyage spectaculaire de Nicolas Ghesquière offrait un Palm Springs extrême. Exit les traditionnels flamants roses et petites robes bohèmes. La longueur vaporeuse de robes rugissantes s’émancipant des volumes rigides et évasés des précédentes collections Vuitton n’attaquait en rien l’imposante bestialité de cuirs ajourés. À l’emporte-pièce, bordé de métal, fluide ou très clouté, l’animalité du cuir explosait parmi les teintes passées. Noir, kaki, bleu, orange… Toutes les nuances étaient revisitées sous un vent désertique, et le bomber militaire à découpe Alien plantait le décor d’une croisière absolue. La liberté au prix du combat.

Tout aussi étrange, l’ambiance troglodyte du Palais Bulles accueillait la croisière Dior 2016. Logeant sur les hauteurs d’un Sud de la France pour le moins atypique, la maison Pierre Cardin construite en 1975 offrait à Raf Simons le terrain de jeu rêvé pour une interprétation personnelle de la Riviera dolce vita. Prenant ses libertés dans cet autre désert apocalyptique, Raf faisait écho au show Vuitton sans empiéter sur ses peaux de bêtes. Moins agressif, plus minéral, le défilé jouait du contraste en nous grisant la rétine.

Défilé Dior croisière 2016

Défilé Dior croisière 2016

Dans le décor lunatico-terra-cotta de l’enclave cannoise livrée aux alliés, les mannequins azimutées semblaient – l’air de rien – tout droit sorties d’un tsunami. L’air nébuleux de leurs silhouettes dégingandées déboulant sous le passage à bulles d’une allée biscornue créait une hallucination d’optique propice à sublimer les reflex du lurex organique et autres effets de patchworks ou de mix’n match.

Christian Dior croisière 2016 -Palais Bulle

Christian Dior croisière 2016 -Palais Bulle

Maille, mesh, crochet, motifs revisitaient vichy, basques et imprimés tropicaux sous un angle moderniste. La décontraction des tongs et volumes bousculés laissait lentement filer le sable de la ligne sablier planant au-dessus des invités… Explosant les bulles dans un feu d’artifice final fracassant, la croisière Dior, comme une déflagration, fut pour le moins captivante.

À des milliers de kilomètres de là, Karl Lagerfeld pour Chanel enflammait Séoul dans un contre-pied total au désert apocalyptico-dramatique de Vuitton et Dior. Tordant le cou d’un Mad Max trop rebattu, la croisière Chanel 2016 embrassait la Corée à pleines nuances K-Pop. Hallucinatoire, l’immense candy crush de pois hommage à Yayoi Kusama servant de catwalk déversait sa centaine de mannequins en un flux psycho-psyché continu.

Défilé Chanel croisière 2016

Défilé Chanel croisière 2016

Sur son d’électro-pop gonflée au kawaï, européennes grimées et purs produits de Corée, jaillissaient comme une avalanche d’étudiantes hypnotiques. Pantonnier manga twistant les écolières excentriques, la croisière Chanel offrait un spectacle presque lunaire parmi les luminaires sortis de terre sous radiations jubilatoires. Festivals de broderies, patchworks, breloques et rayures, les looks des mannequins nous plongeaient dans une farandole de tradition futuriste, revisitant cirés, paletots, grenouillères et socquettes à géométrie variable, osant les bas de cuir en guises de bottes… Explosif, l’ouragan de couleurs Chanel propulsé par un vent d’Asie faisait évidemment les yeux doux au Soleil Levant. Pourtant, l’influence post-moderniste de ce mic-mac structuré nous portait définitivement vers de nouveaux rivages. Saluons l’écart de langage. 

Défilé Chanel croisière 2016

Défilé Chanel croisière 2016

Extrêmes, bizarres ou simplement délirants, les shows resort 2016 n’ont rien de parenthèses dans le cycle infernal de la mode. Nouveaux billboards fashion, ces intermittences irréelles affolent la croisière pour amuser la galerie. Rideau.

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