La mode vote !

2 novembre 2016 - Fashion, Inspiration, Lifestyle

A quelques jours de l’élection présidentielle américaine et quelques mois à peine avant l’élection présidentielle française, un vent de politique souffle sur la mode. A commencer par les Etats Unis où la « fashionista » américaine vote démocrate avec, en chef de file, l’incontournable Anna Wintour. Le 8 septembre dernier, elle ouvre le bal de la Fashion week avec « Made for History » un défilé de soutien à l’élection d’Hillary Clinton. 15 créateurs new-yorkais se mobilisent, affichent une vraie conscience citoyenne et surtout récoltent des fonds pour la candidate de leur coeur.

Chaque produit créé s’arrache sur l’e-shop du site officiel de la candidate au prix unique de 45$ et devient le symbole militant et branché des valeurs démocrates. Marc Jacobs, Prabal Gurung, Diane Von Furstenberg, Tory Burch ou encore Jason Wu… ont imaginés des t-shirts, goodies  « slogans » à l’effigie d’Hillary portés et partagés sur les réseaux sociaux par les peoples outre atlantique.

Tee Shirts by Jason Wu, by Diane Von Furstenberg, by Marc Jacobs, by Tory Burch

Tee Shirts by Jason Wu, by Diane Von Furstenberg, by Marc Jacobs, by Tory Burch

t shirt hillary

Christy Turlington, Olivia Wilde, Emma Roberts, Liv Tyler, Amy Schumer prennent parti pour Hillary Clinton

A l’inverse le « bashing » Donald Trump pousse aussi à la création, en témoigne l’imprimé all-over « Fuck Trump » réalisé par la jeune marque R13 et les innombrables tee-shirts vendus chez Fancy ou Urban Outfitters.

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R13

Against Trump

Très loin de ses manifestations militantes du moment, les défilés de mode fonctionnent pourtant depuis longtemps comme des forums politiques. Flash-back vers quelques créateurs qui ont amené la politique sur les podiums.

Vivienne Westwood et Malcolm McLaren

Vivienne Westwood et Malcolm McLaren

Instigatrice du mouvement No Future avec son compagnon Malcolm McLaren, producteur des Sex Pistols, Vivienne Westwood inscrit le style punk dans un courant d’idées révolutionnaires, sensibilisant les jeunes consciences à ne jamais faire confiance au gouvernement. Ultra-politisée, la créatrice activiste emploie depuis toujours le vêtements comme porte-voix, médium de ses combats. Engagée auprès de la PETA, celle qui soutient ouvertement le cybermilitant Julien Assange s’engageait également pour la Révolution Climatique lancée avec Lush Cosmetics en 2013 et  pour l’indépendance de l’Écosse dans sa collection printemps/été 2015. Agir pour sensibiliser le grand public à la protection de l’environnement ou vêtir au nom de la démocratie… Vivienne Westwood assume son opinion politique en tant que créatrice de mode depuis les années 1970. Vingt ans plus tard, la mode renouera avec ses accointances politiques par le biais d’une poignée de créateurs farouchement engagés.

Vivienne Westwood s'engage pour la planète

Vivienne Westwood s’engage pour la planète

WestwoodPE15

Tantôt vecteurs de progrès, tantôt vecteurs de scandale, quelques défilés marquants des années 1990 deviennent le théâtre des manifestations politiques parmi les plus courageuses de l’industrie de la mode. Poussant le débat politique sur une scène jusqu’alors peu convaincue, Maison Margiela, Jean-Paul Gaultier, Alexander McQueen ou Hussein Chalayan assument toutes les provocations pour faire entendre leur opinion.

Maison Margiela défilé printemps-été 1990

Maison Margiela défilé printemps-été 1990

Saisissant à bras le corps le débat de la diversité dans la mode, Maison Margiela organise son défilé printemps-été 1990 dans un terrain vague du XXème arrondissement parisien. Les invitations sont dessinées par les gamins du quartier qui occuperont immanquablement un front row à ciel ouvert, délesté de tout placement arbitraire. Exit privilégiés et système claquemuré, Maison Margiela envisage dès 1989 un nouveau public pour la mode. 

Alexander McQueen printemps été 1995

Alexander McQueen printemps été 1995

Diversité, multiculturalitéAlexander McQueen revendique à son tour une mode politisée pour l’automne-hiver 1994 à travers la question de son identité. Anglais d’origine écossaise, le créateur revient sur le sujet douloureux de l’Écosse opprimée par un Royaume-Unis soucieux de faire oublier ses racines. Dans son défilé “Highland Rape”, il évoque le souvenir de la purge ethnique ayant secoué l’Écosse du XVIIIème siècle, quand le Dress Act interdisait le port du costume traditionnel écossais et le tartan, symbole identitaire des clans des Highlands. Véritable performance politique, le défilé met alors en scène des robes trouées, déchirées, des mannequins en rage, les cheveux d’un roux presque rouge. Vecteur d’une identité personnelle ou collective, le vêtement se retrouve fatalement au coeur des intrigues politiques, comme chez Hussein Chalayan qui traitera l’Islam de plein fouet pour sa collection printemps-été 1998. Entre Niqab et nudité, le défilé “Between” intervient après plusieurs années d’un immense succès commercial permettant de lui assurer les arrières de cette percée engagée. Nouvelle performance politique, le défilé se termine sur l’arrivée d’un groupe de mannequins arborant un niqab au rétrécissement finalement hurlant de féminité…

Hussein Chalayan printemps-été 1998

Hussein Chalayan printemps-été 1998

Quelques années plus tard, Sasha Nassar arabe israélienne, née à Jaffa, crée le scandale avec la présentation de 2 burquas transparentes dont une sans manche  pour illustrer “le manque de liberté de la femme arabe” et redonner sa place au corps féminin. Sur l’une des deux Burqas, apparaît la date du début du Printemps arabe….

Sasha-Nassar

Sasha Nassar

Après autant d’initiatives politiques, l’industrie de la mode s’est généralement tue en faveur d’ambitions économiques souvent nécessaires à sa survie, accusée parfois d’être totalement déconnectée des réalités… Tiraillée entre business lucratif et créativité engagée, les réponses qu’elle apporte à la dichotomie art/marché se font peu à peu bien plus consensuelles. Et si rares sont les créateurs aux prises de positions extrêmes comme le fondateur d’A.P.C, Jean Touitou, qui s’exprime avec cynisme sur les grands débats d’actualité, la mode actuelle traite surtout une politique autocentrée…

Jean Touitou, activiste politique de la mode

Jean Touitou, acteur politisé de la mode

Chanel printemps-été 2015

Chanel printemps-été 2015

Survolant des débats qui touchent l’industrie directement comme le manque de diversité, la maigreur, la fourrure, l’environnement, le genre ou le féminisme et revendiqué lors du show Chanel printemps-été 2015 – petite révolution aux airs de mai 1968 – l’industrie de la mode abandonne souvent ses ambitions politiques au profit d’une influence en la matière. Capable d’attirer l’attention sur les problèmes publics sans pour autant mettre en danger toute son économie, n’est-il pourtant pas urgent pour la mode de prendre part aux débats ?

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