LA DÉMODE

18 juillet 2017 - Fashion, Inspiration

La démode est à la mode! Lidewij Edelkoort s’en excuse à demi-mot. Il faut dire que tout vient d’elle. Depuis la sortie de son Manifeste Antifashion publié en 2015, la chasseuse de tendances et de modes depuis plus de trente ans a fait des émules. De l’école à la presse en passant par les médias, le culte de la personnalité, le processus de production et même les défilés, c’est tout l’écosystème fashion qu’elle rhabille pour l’hiver, dénonçant son absurdité et de conclure : « La mode est démodée ». Façon J’accuse ! de Zola, elle dénonce la suprématie de l’argent, devenu seul moteur du métier. La solution ? Lui rendre sa dignité. Mais comment ?

ANTI IS THE NEW BLACK

Nerd, normcore, no style : si toutes ces appellations débutent par le « n » de la négation, c’est bien pour désigner une tendance qui n’en est pas vraiment une, mais pourtant si, en bref : une vague belle et rebelle au sein de la fashion sphère apparu il y a quelques années pour désigner d’irréductibles modeux. « Anti » est finalement le terme le plus fort qui revêt la mode aujourd’hui. Loin de l’insurrection contre un style ou un courant, c’est plutôt le constat d’un système à bout de souffle.

 

Si la hollandaise précise de pas vouloir « chercher des coupables mais de proposer une analyse claire, afin de faire évoluer les choses », les écoles en prennent néanmoins pour leur grade. Elles « continuent à former de futures petites vedettes (…), des divas. On leur apprend à fabriquer des images mais ni à concevoir une silhouette ni à réfléchir sur les tendances de la société. Les écoles fabriquent de futures stars qui ignorent tout de leur métier. ».

Li Edelkoort: 'Fashion is dead. Long live clothing'

Li Edelkoort: ‘Fashion is dead. Long live clothing’

En pointant du doigt l’absence de connaissances techniques des jeunes designers, dans son Manifeste Antifashion, Lidewij Edelkoort regrette l’excellence des savoir-faire, ceux là même qui ont hissé la France en rang de pionnière du luxe. Finalement, son analyse lui fait mettre en cause un seul et même condamnable : l’argent. « Il n’y a plus de temps consacré à la réflexion ou à la conception, plus de vie, plus de joie. (…) Quant à la presse écrite, elle sacrifie aux dieux de l’argent, du people, des it-bags, des it-shoes et des it-girls. Le diable s’habille en Prada… ».

LA DÉMODE

La mode est morte. Vive le vêtement ! En révélant l’obsolescence du système, Lidewij Edelkoort n’en fait pas pour autant l’oraison funèbre. Parce qu’elle aime la mode passionnément, la prévisionniste mondialement influente invoque des initiatives innovantes et audacieuses qui feront, pour sûr, évoluer l’affaire. Et pour mener la révolution, elle organisait à Marseille en juin dernier la seconde édition des Rencontres Anti_Fashion avec Stéphanie Calvino.

Anti-Fashion, Marseille, 2017

Les quelques 250 participants, plus nombreux que l’année précédente, y ont pu apprécier la verve de la journaliste et auto-proclamée « bête de mode » Sophie Fontanel, animatrice lors de ces deux journées de colloques. À ses côtés : Laetitia Jacquetton, responsable de la création pour Galeries Lafayette, Isabelle Crampes, fondatrice du festival Marsatac, Sébastien Kopp, cofondateur de la marque Veja ou encore Alexandra Senes, journaliste mode.

sophiefontanel instagram 16 juillet 2017

sophiefontanel instagram 16 juillet 2017

Les Rencontres Anti_Fashion sont pensées comme un laboratoire de recherche où tout le monde est invité à participer. L’évènement est aussi l’occasion de mettre en place certaines collaborations, et faire parler aussi bien les professionnels que les apprentis. Ainsi, des jeunes talents repérés par des éducateurs de centres sociaux dans les cités défavorisées de Marseille sont venus présenter leurs créations. Âgés de 18 à 22 ans, ils ont pioché dans un stock de grossistes de jeans pour créer des pièces, sans connaissances techniques préalables…

De son côté, le jeune créateur parisien Quoï Alexander refuse de coudre pour nouer les pans de tissus entre eux, créant en plus d’une technique, de nouvelles silhouettes.

@quoialexander- instagram

@quoialexander- instagram

Kim Houn, chez About A Worker, repense jusqu’au dessin des vêtements en demandant aux ouvriers qui d’ordinaire ne font que les dessiner et de les fabriquer

Sophie fontanel instagram – #aboutaworker

Sihem Bioud quant à elle, n’est pas créatrice, mais n’en a pas moins d’idées. Elle propose des paniers de vêtements livrés tous les lundis, à rendre la semaine suivante, pour changer, découvrir, testé et se réinventer…

COLLECTIFS, LABELS ……

Anticonformiste, roi de la communication et artisan d’une contre- culture mode, le collectif  Vetements  comptent sept créateurs inconnus. Leurs pièces proviennent de friperies, marchés aux puces et surplus militaire. Retaillées et détournées, elles deviennent des créations à part entière. « Le détournement est la clé de notre approche, comme une continuité contemporaine et urbaine » explique Demna Gvasalia, porte-parole du collectif. L’installation No Show, début Juillet annonçait encore une petite révolution puisque la griffe a décidé de ne plus défiler et de montrer ses collections via Instagram.

Vêtements SS 2018 Instagram

Vêtements SS 2018 Instagram

Réunissant mode et musique, la maison  ou  » Label » Kitsuné, sous l’impulsion de Gildas Loaëc et Masaya Kuroki  est à  la fois marque de prêt-à-porter de luxe et label de musique précurseur d’ une nouvelle forme de transversalité où l’on peut l’on peut écouter de la bonne musique et porter un jean bien coupé.

Kitsuné - Autome-Hiver 2017

Kitsuné – Autome-Hiver 2017

Être anti-fashion, c’est quoi au fond ? Revenir aux fondamentaux de la couture et à la noblesse du tissu, mettre en lumière des jeunes créateurs, repenser (intelligemment) consommation… Finalement, c’est voir la mode par un prisme anthropologique et humaniste. Sophie Fontanel en propose une définition : « Ce qui surgit de nouveau quand l’ancien nouveau a fait son temps. ». Tiens, ça ne vous rappelle rien ?

Alizee Perrin

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