Le code a changé

19 février 2015 - Fashion

Le 31 octobre dernier, l’Assemblée Nationale votait un amendement reconnaissant les animaux comme des “êtres vivants doués de sensibilité”. A priori symbolique, cet amendement mettait pourtant fin à l’aberration consistant à considérer les animaux comme « biens meubles” – au même titre qu’un vulgaire rocking chair. Simple évocation juridique pour Brigitte Bardot, cette modification du Code Civil ravivait le débat de la maltraitance animale dans un contexte de plus en plus lucide quant à la cruauté des grosses bêtes, nous autres humains, envers les petits bêtes… Trois mois plus tard, la chanteuse Pink posant nu en faveur de la PETA sur un immense panneau publicitaire de Times Square précisait le propos du Code Civil français en rappelant à notre bon souvenir le fameux slogan “Plutôt à poil qu’en fourrure”.

La chanteuse Pink pour la campagne "Plutôt à poil qu'en fourrure"

La chanteuse Pink pour la campagne « Plutôt à poil qu’en fourrure »

Si beaucoup l’ignorent, les 50 millions d’animaux tués chaque année au nom de la mode sont aussi avérés que le taux de silicone dans le corps de Megan Fox. Mais à force de scandales, reportages à l’appui, la mode ne peux plus ignorer la négation du bien être animal, contrainte et forcée d’ôter ses jolies oeillères de princesse capricieuse. Les marques le savent bien, le code a changé.

Natalia Vodianova dans la dernière campagne Stella McCartney

Natalia Vodianova dans la dernière campagne Stella McCartney

Pionnière dans l’art de l’éthique animale, Stella McCartney est la plus expérimentée en matière de faux. Dans ses collections, cuirs et fourrures véritables sont bannis au profit de textiles synthétiques, sans PVC. Preuve vivante que l’on peut assumer la responsabilité animale sans sacrifier le style, la créatrice anglaise est suivie de près par le français Franck Sorbier. Responsable depuis ses débuts, il refuse catégoriquement l’usage de peaux et fourrures animales, y compris serpent, cuir d’autruche, et récemment plumes d’oies. Actuellement en pleine réflexion sur la soie, qui nécessite d’ébouillanter le ver à soie pour en dévider le cocon et retirer le fil, il avoue pourtant avoir cédé une fois à l’appel de la fourrure. En raison de soucis financiers, il accepte en 1997 d’utiliser du cuir de veau et de l’agneau de Mongolie dans sa collection. La créatrice vegan Lolita Lempicka refuse elle aussi toute exploitation animale, très proche des associations PETA et L214

Franck Sorbier Couture automne-hiver 2014/2015

Franck Sorbier Couture automne-hiver 2014/2015

Cas extrêmes mais pas isolés, ces quelques créateurs porteurs de la cause animale bouleversent les codes de la mode et de plus en plus de grands labels suivent le pas, retirant ici l’angora, là les plumes d’oies
Il faut attendre 2013 pour que la prise de conscience sur l’angora se généralise. Issu à 90% du marché chinois, premier producteur de lapins angora et responsable de leur dépeçage à vif, le commerce de laine angora est en difficulté depuis la publication par la PETA d’un reportage filmant la cruauté froide des supplices infligés aux lapins dans les usines chinoises.

La condition du lapin angora dans les élevages de fourrure

La condition du lapin angora dans les élevages de fourrure

Forcés d’admettre que la laine angora responsable n’existe pas, plus de 70 marques de mode y ont déjà renoncé, à l’image de Lacoste qui retire en 2013 et à tout jamais les articles contenant la fibre animale de ses ventes. Une goutte d’eau qui a tout de même son importance lorsque l’on sait que le le groupe Inditex  (Zara, Bershka, Stradivarius, Massimo Dutti, Oysho…) s’est récemment plié à la discipline au même titre que ses prédécesseurs, entre autre ASOS, Topshop, Tommy Hilfiger et Calvin Klein.

Mème vu sur Twitter lors du scandale italien de la plume d'oie

Mème vu sur Twitter lors du scandale italien de la plume d’oie

En 2014, c’est au tour des plumes d’oies de disperser le scandale et d’accélérer la décision de grands exploitants de duvet comme Napapijri. Suite à ce nouveau reportage de la PETA montrant un dépeçage abjecte sur oies vivantes, le label  sortira à l’hiver prochain une doudoune en plumes synthétiques aussi chaudes que ses anciennes doudounes en vraies plumes. Pour autant, certains produits de luxe comme la doudoune Moncler ne semblent toujours pas prêt à changer les codes d’une mode égoïste et aveugle. Accusée d’avoir délocalisé sa production en Europe de l’Est pour augmenter ses marges alors que cette région est connue pour ses sévices animaliers, la marque fut la cible d’un appel au boycott généralisé en Italie. Le hashtag anti-Moncler #siamotuttioche (“Nous sommes tous des oies”) dénonçait le sang déversé pour une doudoune produite à 30 ou 40€ et revendue aux alentours de 1200€… Le label italien Elisabetta Franchi surfait d’ailleurs sur la polémique Moncler à l’automne en vantant ses produits “cruelty free”.

Elisabetta Franchi, label "cruelty free"

Elisabetta Franchi, label « cruelty free »

Si les mentalités des grands de la mode évoluent à vitesse très modérée, les nouveaux designers prennent ces préoccupations à bras le corps et de plus en plus de label responsables se créent pour combattre le génocide animal. Créatrice américaine, Pamela Paquin a amorcé une révolution difficilement déclinable en grande consommation mais particulièrement futée, en commercialisant sous sa marque Petite Mort, de la fourrure véritable prélevée sur animaux morts, écrasés sur la route…

Pamela Paquin, créatrice du label Petite Mort Fur

Pamela Paquin, créatrice du label Petite Mort Fur

Beaucoup plus actuel, le label anglais Shrimps a basé toute sa stratégie sur la vente de fausse fourrure, point de départ de la marque. En écho aux propos de Karl Lagerfeld : “Tu ne peux pas être faussement chic, mais tu peux être chic en fausse fourrure”, Shrimps prouve que produire une fausse fourrure de qualité, avec un positionnement haut-de-gamme, n’est plus de l’ordre du mirage, et s’apprête à faire son entrée au Bon Marché pour le printemps-été 2015.

Shrimps dépoussière la fause fourrure (printemps-été 2015)

Shrimps dépoussière la fause fourrure (printemps-été 2015)

De moins en moins toléré en Europe, l’usage de fourrure véritable tend à se raréfier dans une prise de conscience généralisée qui va de pair avec la tendance éco-responsable de l’upcycling et le mouvement global d’une mode plus raisonnée. Si Choupette Lagerfeld et Cecil Delevingne peuvent dormir sur leurs deux oreilles, la fashion week de New York qui ne manque pas de peaux nous rappelle à la réalité : les consciences sont encore loin d’être lavées et un long chemin reste à faire. Le code a changé, oui, mais beaucoup l’ignorent encore.

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