Magie Gaultier

31 mars 2015 - Exposition, Fashion

Terre promise des plus belles expositions internationales, Paris accueille en son Grand Palais la première rétrospective itinérante consacrée au plus punk des enfants de la Haute Couture : Jean-Paul Gaultier. Après Montréal, New York, Londres et six autres étapes internationales, la rétrospective du créateur  foule enfin le sol parisien, quelques mois après l’annonce officielle de l’arrêt de son activité en prêt-à-porter.

"Jean-Paul Gaultier"

« Jean-Paul Gaultier »

Du 1er avril au 3 août, les 175 morceaux de choix de son oeuvre feront leur numéro dans une scénographie incroyable conçue par Denis Marleau et Stéphanie Jasmin de la compagnie canadienne UBU. D’abord réticent à franchir le seuil d’un musée, le boy next door de la Couture bouleverse le monde entier de son génie culotté depuis 2011, date de création de l’exposition…

Ni solennelle, ni institutionnelle”, mais “vivante”, c’est ainsi que Gaultier souhaitait sa rétrospective, et le résultat est sans équivoque. Loin d’être une plaisanterie, “Jean-Paul Gaultier” a déjà rassemblé près d’un million et demi de visiteurs autour des quarante années d’humour, de punk et de modernité du créateur.

Joyeux mélange entre génie créatif et mise en scène innovante, l’exposition jongle habilement de l’intime au grandiose, ponctuée par l’humilité des mots de son narrateur Jean-Paul Gaultier. Une trentaine de mannequins animés rythment le parcours de cette exposition interactive. Parlant ou chantant, ils plongent le visiteur dans une découverte mode surprenante qui donne vie à l’oeuvre malicieuse et pour le moins bouleversante de Gaultier.

Hautement digitale, l’exposition crée un lien très particulier avec le visiteur, lui-même projeté sur certains murs, comme un écho à l’oeuvre fantasmagorique de Cocteau. Inévitable, le point Instagram situé en fin de parcours rappelle pour autant le spectateur au monde réel dans une compilation d’instantanés pour le moins charmants. Mais commençons par le commencement…

“Jean-Paul Gaultier”

La période Punk

La période Punk

Retour sur les débuts du créateur, la première salle est une reconstruction de la suite imaginée par Gaultier à l’occasion de la troisième édition de Elle Décoration Suite. Plongée immédiate dans l’univers du créateur, les tenues iconiques de son oeuvre emplissent l’espace immaculé. Ici un maillot cagoule, là une robe poubelle, parmi elles l’ours « Nana » de Gaultier trône sous sa vitrine, premier terrain d’expérimentation de ses seins pointus signatures, réalisés pour la première fois en papier journal. Collector.

“L’Odyssée” 

salle 2

Après le blanc, le bleu. Absorbant ou surréaliste, le deuxième espace de l’exposition dresse les mythes fondateurs de l’univers Jean-Paul Gaultier. Marinière, sirènes, iconographie religieuse dont madone fièrement dressée… Les leitmotiv Gaultier prenant vie sous la forme de mannequins aux visages animés qui font entendre leur voix dans un dialogue sympathique avec le visiteur… De Coco Chanel à Popeye, la rayure marine décortiquée dans ses origines, classique et festive à la fois, est une clé de lecture fascinante à l’oeuvre de Gaultier.

Exemple de la marinière revisitée par Gaultier

Exemple de la marinière revisitée par Gaultier

“Défilé”

Spectaculaire, la salle numéro trois se présente comme un immense podium où les mannequins défilent, aidés par un mécanisme animé. Agrippés à leur numéro dans un esprit back to basics, les mannequins ramènent le visiteur aux origines du défilé, rappelant au passage que Gaultier appartient à la génération des “créateurs”, celle-la même qui révolutionne la mode dans les années 80. Peu adepte des présentations trop sages, il bouscule les codes du défilé en y intégrant son ADN de showman, renversant au passage les travers trop classiques d’un vêtement qui prend vie avec lui.

Mise en scène du défilé

Mise en scène du défilé

First Row avec les personnages de Carine Roitfeld, Catherine Deneuve et Conchita Wurst

First Row avec les personnages de Carine Roitfeld, Catherine Deneuve et Conchita Wurst

Autour des mannequins du show trônent des mannequins stars stylisées façon  front row, prônant l’individualité sous une crinière rousse identifiable, de larges lunettes carrées ou un trench coat à la Roitfeld. On reconnaît également Conchita Wurst du bout de sa jolie moustache, manière de rappeler l’essence de la mode Gaultier : la beauté différente.

“Les Muses” 

salle 4 bis

Sublimant les femmes dans leur multiplicité, Gaultier nous mène naturellement vers l’espace dédié à ses muses. Invités à franchir de grandes marches qui nous renvoient au sommet à notre propre reflet projeté au mur, nous voilà entièrement re-Gaultier-isés sous de belles rayures marines. En bas des escaliers, la muse caméléon, Madonna, investit l’espace de l’exposition à travers des costumes mythiques. Plus haut, d’autres beautés non classiques comme Kylie Minogue ou Arielle Dombasle racontent l’histoire d’amour entre Gaultier et les caractères de la femme. Visionnaire, il fut l’un des rares à organiser des castings sauvages pour agrémenter ses défilés de mannequins hors du commun, contribuant comme personne à l’ouverture des critères de beauté à laquelle on assiste enfin aujourd’hui…

Les "Muses"

Les « Muses »

“Le Salon” 

Fasciné pour l’éternité par un charme suranné, Gaultier voue une passion sans limite pour le rétro des corsets de la fin XXème et des guêpières années 40 de sa grand-mère. Très tôt, il revisite les classiques et transforme ces symboles de soumission en figures de domination, fervent admirateur de la puissance féminine, en témoignent les nombreux corsets signature qui trônent dans ce salon.

Les fameux corsets

Les fameux corsets

“A fleur de peau, Classé X”

Roi d’une hypersexualité revendiquée, Jean-Paul Gaultier nous entraîne avec lui dans sa redroom. Les mannequins et costumes les plus osés y sont cachés. Entre représentations pubiennes imprimées façon seconde peau et symboles SM, il interroge le genre, l’érotisme et la nudité. Outil essentiel de son travail, le corps devient le symbole de son imagination débridée et d’une extrême liberté qui le mène à créer avec des textiles jusqu’alors peu coutumiers de la mode. Cuir, latex, résilles, les pires symboles du vulgaire sont revisités en pièces d’une extrême modernité, témoins de la subversivité créative de Gaultier. 

Salle N°5 : "Le Salon"

Salle N°6 : « À fleur de peau, Classé X »

“Métropolis”

Dans la salle numéro 7 s’opère l’alchimie naturelle entre la mode Jean-Paul Gaultier et son goût pour la mise en scène qui le mène à créer pour le petit écran, le cinéma et l’univers du spectacle. Créateur populaire, il s’inspire de la rue pour inspirer la ville. 

salle 7 "Métropolis"

salle 7 « Métropolis »

“Jungle urbaine”

L’apothéose finale se produit salle numéro 8 où des robes couture époustouflantes se partagent la vedette. Les robes de mariées Gaultier clôturent la rétrospective, figurant l’union passionnelle entre le créateur, la mode et son public… On en redemande.

Collection "Ambiance salon de Haute Couture", printemps/été 1997

Collection « Ambiance salon de Haute Couture », printemps/été 1997

Collection robe de mariée

Collection robe de mariée

 Rétrospective “Jean-Paul Gaultier” au Grand Palais jusqu’au 3 août 2015.

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Jean Paul Gaultier, Paris, 19/03/15

Jean Paul Gaultier, Paris, 19/03/15

Jean Paul Gaultier, Paris, 16/02/15

Jean Paul Gaultier, Paris, 16/02/15

 

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