Matiere a reflexion

8 décembre 2016 - Fashion, Inspiration

Entre passé et futur, ancien et moderne, la liaison n’est pas toujours évidente pour qui s’inscrit dans la mémoire collective. Sac, accessoire, soulier… Ces emblèmes qui font la gloire des marques peuvent sembler intouchables. Pourtant, le savoir-faire qu’ils matérialisent, fierté familiale ou héritage prestigieux, n’est pas toujours un frein pour qui sait jouer le jeu de la revisite. De plus en plus de marques réussissent le pari de la réinterprétation en s’aventurant sur les terres d’une modernité en règles avec la noblesse de son artisanat.

Moynat x Mambo

Moynat x Mambo

Moynat et Louis Vuitton, deux des plus anciens malletiers français connus pour leur savoir-faire traditionnel dans les articles de voyages sont les pionniers de cette modernité artistique sur leurs accessoires emblématiques. Depuis plusieurs années, les deux labels n’écoutent que leur flair pour raviver l’esprit de leurs classiques en dénichant des artistes d’avant-garde capables de collaborations qui poussent toujours plus loin les prouesses du savoir-faire maison. L’été dernier, Moynat donnait un coup de baguette magique à son éternelle malle limousine en partenariat avec le peintre chilien Mambo. À partir du design initial, il imaginait une malle d’artiste renfermant chevalet pliable et espaces de rangement pour matériel de peinture. Avec toute la maestria que cela implique, Moynat donnait vie au désir de Mambo tout en respectant son style graphique, coloré et urbain, a première vue relativement éloigné de l’ADN maison. Résultat, coup double pour le prestige de la malle limousine et combo gagnant pour Moynat et Mambo.

Moynat x Mambo

Moynat x Mambo

Moynat Artis Trunk open

Dans le sillage des deux pionniers, Hogan et Dior soignent aujourd’hui leurs produits héritages à grand renfort de modernité. Née en 1986 avec la création du soulier Traditional, la maison Hogan, fille cadette du fondateur de Tod’s, célèbre aujourd’hui ses trente ans à travers une réédition du soulier originel. Inspiré des modèles de chaussure des joueurs de cricket, taillée dans des matériaux nobles et assemblée localement par les artisans de l’usine italienne de Brancadoro, la basket Traditional était initialement constituée de toile écrue et équipée d’une semelle en gomme à usage citadin. Pour son trentième anniversaire, elle revient dans deux versions en cuir métallisé qui font honneur au style sport chic de la maison, dans le style comme dans la façon.

Hogan fête les 30 ans du Traditional

Hogan fête les 30 ans de sa basket Traditional

À travers une opération de grande ampleur, la maison Dior revisite quant à elle son Lady Dior. Baptisée Dior Lady Art, la collaboration événement donne carte blanche à sept artistes aux personnalités différentes pour donner leur interprétation du Lady Dior. Vaste programme que de s’aventurer sur le profil de l’un des plus emblématiques sacs de la marque, attribut de Lady Diana dès 1955 incarné depuis 2008 par sa nouvelle égérie Marion Cotillard. Visibles dans la boutique de Miami, en pop-up store à Los Angeles, puis en Corée, Chine, à Londres, Dubaï et Paris, les créations originales n’ont pas failli à leur mission puisque chacune repousse à sa manière les limites du savoir-faire maison pour répondre aux exigences pointues des artistes convoqués.

Dior Lady Art

Matthew Porter pour Dior Lady Art

Invité à infuser son art dans l’essence du Lady Dior, le photographe new-yorkais Matthew Porter fait appel à la technique de la marqueterie pour reproduire des scènes d’ombres chinoises capturées sur la ville de San Francisco et Los Angeles à l’aube et au crépuscule. Recomposé sur le sac par assemblage minutieux de chaque élément de cuir de veau glacé et de détails en velours, le projet photographique de Matthew Porter est un prestigieux exemple de savoir-faire au service de la modernité nouvelle allouée au Lady Dior.

Jason Martin pour Dior Lady Art

Jason Martin pour Dior Lady Art

Plus sculpturale, la réalisation de Jason Martin s’inspire de ses tableaux monochromes en relief monumentaux. Jeu de textures, de brillance et de mouvements, le sac présente des courbes d’une hauteur de presque deux centimètres en certains endroits, offrant au cuir une ondulation unique et résolument technique.

 Dior Lady Art

Daniel Gordon pour Dior Lady Art

Dans une version fourrure, Daniel Gordon revisite le motif cannage de la maison avec un côté presque naïf puisque des empiècements de fourrure sont raccordés un a un à la main sur le vison blanc qui sert de base aux facettes du Lady Dior, selon la technique de l’incrustation.

Pop-up store Dior Lady Art à Miami

Pop-up store Dior Lady Art à Miami

Vecteur de prestige et cure de jouvence pour les marques, la réinterprétation des classiques peut également s’avérer salvatrice en certains cas. En perte de vitesse il y a quelques années, la maison Lancel offre aujourd’hui un service de customisation de ses sacs avec lettres, chiffres, et émojis déclinés dans neuf teintes dont trois métallisées pour l’achat d’un sac. Personnalisation au luxe discret, ce service de maroquinerie permet une certaine rupture dans la continuité : rupture avec l’image vieillissante de la marque il y a quelques années, continuité avec un savoir-faire toujours plus poussé.

Technique d'impression sérigraphie de Sarah Morris pour Longchamp

Technique d’impression en sérigraphie de Sarah Morris pour Longchamp

Sarah Morris x Longchamp

Sarah Morris x Longchamp

De son côté Longchamp systématise presque les rééditions avec de nombreuses collaborations autour de son pliage iconique. Jérémy Scott, Mary Katranzou ou encore Sarah Morris en 2014, le pliage vibre au rythme des partenariats tout en conservant son prestigieux fait main. En 2008, Longchamp célébrait également ses soixante ans avec une réédition de sa collection « LM », offrant le cuir de ses sacs en terrain d’expression au plasticien belge Jean-Luc Moerrman.

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