Street Art, Mode Art

29 mars 2016 - Fashion, Inspiration

À l’heure où des scientifiques de l’université Queen Mary de Londres affirment avoir enfin découvert le visage du célèbre street artist Banksy, les graffs continuent de se faire un nom dans le monde de l’art, poursuivant son ascension au-delà des artères de béton. À l’assaut de nouveaux terrains d’expression, les graffeurs dispensent leur influence dans l’industrie de la mode. Le salut est-il dans le street art ?

Lacoste

Lacoste X Honet

Vent de liberté hautement énergisant, la mouvance street art apparaît comme la nouvelle valeur refuge des marques en quête d’inspiration. Deux ans après les accusations de plagiat portées sur Roberto Cavalli, chargé d’avoir emprunté trait pour trait aux créations originales de trois graffeurs de San Francisco pour se les approprier ensuite avec l’apposition de la signature Just Cavalli, les marques de mode affichent clairement leur intérêt pour les collaborations street art. Et si certains graffeurs signent depuis de nombreuses années des accords de licence avec des marques, comme Maya Hiyuk avec Billabong, Coach, Mara Hoffman et bien d’autres, la nouveauté s’inscrit dans la co-signature à forte valeur ajoutée.

Des street artists accusent Roberto Cavalli de plagiat en 2014

Des street artists accusent Roberto Cavalli de plagiat en 2014

Ainsi, le label aux accents fils à papa Vicomte A. se lance dans la collaboration polémique avec le graffeur Nasty. Peu de temps après son partenariat avec Monoprix aux côtés de Tanc et Pro176, ce dernier souffle une bouffée d’air frais semble-t-il nécessaire sur le label français. Première collaboration d’une longue série, Vicomte A. X Nasty inaugure la nouvelle ligne Vicomte Arty, née d’une volonté de redynamiser l’image classico-classique de la marque. Un comble pour Vicomte A. ? Coutumière d’une image aristo, la marque verse dans une certaine subversion en associant son nom à un art accessible à tous, allergique aux galeries et traditionnellement libre de toute commercialisation.

Vicomte Arty

Vicomte Arty

Hermes-x-Kongo-Scarf-Collection-00

Hermès X Kongo

nike-feb-2016-londres-dailyshopwindow (2)

Nike X Bruno Big

Moschino X Rime Automne-hiver 2015/2016

Moschino X Rime Automne-hiver 2015/2016

Loin d’être un cas isolé, Vicomte A. gonfle les rangs d’une tendance en plein boom. Honet X Lacoste, Kongo X Hermès, Nike X Bruno Big, Moschino X Rime… Labels luxe et marques grands public, tous se frottent à l’insoumission street art, promesse paradoxale, et pour le moins alléchante, de nobles retombées.

Le street art sur soie de Louis Vuitton

Le street art sur soie de Louis Vuitton

Récemment, la maison Louis Vuitton a donc sauté à pieds joints dans le gratin du graff avec une collaboration triptyque destinée à promouvoir son nouveau carré de soie géant. Après avoir invité l’an dernier les street artist  AIKO, RETNA et Os Gemeos, c’est au tour de l’Indonésien Eko Nugroho, du Londonien Ben EINE et du Franco-Tunisien eL Seed de poursuivre le tour du monde urbain de Louis Vuitton. Revisite du Monogram, motifs psychédéliques entre influences pop et inspiration plus traditionnelle ou ivresse hurlante de la perspective du voyage, chacun exprime sa vision de l’ADN Vuitton dans un style qui lui est propre. Coutumière des collaborations détonantes, la maison Vuitton signe une fois encore un partenariat remarquable par la qualité de ses protagonistes.

Guerlain x JonOne

Guerlain x JonOne

Guerlain x JonOne

Guerlain x JonOne

Guerlain X JonOne

Guerlain X JonOne

Plus étonnant, le duo Guerlain X JonOne mettait le street art en bouteille début 2016. Célèbre pour sa réinterprétation de la Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix, réalisée pour l’Assemblée Nationale et baptisée Liberté, Égalité, Fraternité, le graffeur JonOne est une pointure du genre, réputé pour ses tags à la peinture à l’huile dispersés de Paris à New York. Véritable choc des cultures pour l’héritage impériale du parfumeur Guerlain, cette collaboration est un puissant coup de fouet pour sa gamme d’Exclusifs. Improbable, mais vraie, cette rencontre insolite rhabille trois fioles de la maison des dégradés psychédéliques de JonOne. Shalimar, La Petite Robe Noire, et l’eau de parfum Rose Barbare… Au total, le graffeur a façonné 98 flacons de 1 litre dans son atelier parisien, chacun numéroté et signé de sa main. Collection très limitée accompagnée d’une exposition JonOne dans la boutique Guerlain des Champs-Élysées jusqu’au 28 février dernier, ce cru 2016 est accessible pour la modique somme de 9000 euros. Qui a dit que le street art n’était pas à vendre ?

Collection Sara Santos Automne-hiver 2016/2017

Collection Sara Santos Automne-hiver 2016/2017

C’est du côté de la jeune scène mode que l’on se tourne pour déceler des hommages street art plus désintéressés. À Lisbonne, la prometteuse Sara Santos signait pour la fashion week une collection automne-hiver 2016/2017 influencée par l’art de rue portugais. Nouveau visage de la mode portugaise, Sara Santos voue une véritable admiration pour le peintre graffitiste VHILS, et dévoile cette saison une collection de vêtements à l’image de la culture street art qui habille les murs de Lisbonne. Pour autant, est-ce la mode qui descend dans la rue ou la rue qui se gentrifie ?

© dailyshopwindow.com | http://bit.ly/1VRuAJK