Archi Green

9 mars 2016 - Inspiration

Le XXIème siècle sera l’âge du vivant et de la biologie ou ne sera pas”. L’agroécologiste indien Amlankusum ne croit pas si bien dire. Quelques mois après la COP21, alors que deux degrés menacent la survie des espèces sur Terre et que la prise de conscience climatique se traduit en premier lieu dans nos assiettes, l’architecture s’impose dans la lutte contre le réchauffement climatique. Prenant à bras le corps un problème de taille, les projets récents façonnent un avenir basé sur l’écologie et la longévité autant que sur la modernité. Plus green et plus concernée, l’architecture renaît après plusieurs décennies de mégalomanies inconscientes.

Hypérion, l'architecture green du futur arrive en Inde

Hypérion, l’architecture green du futur arrive en Inde

Hypérion, l'architecture green du futur arrive en Inde

Hypérion, l’architecture green du futur arrive en Inde

Le futur de l’immobilier est tout proche, et c’est en Inde qu’il faut aller le trouver. Depuis 2014, l’éco-constructeur et architecte belge Vincent Callebant s’emploie à ériger l’immeuble green de demain en collaboration avec Amlankusum. Pensé pour combattre l’industrialisation florissante de l’Inde – dramatique pour les populations, cette bâtisse composée de 6 tours-arbres géants fera office d’éco-quartier. Baptisé “Hyperion”, du nom du séquoia le plus haut du monde, ce projet architectural visant la décentralisation de l’énergie et la désindustrialisation alimentaire devrait s’achever en 2020, donnant naissance à 36 étages de logements, résidences étudiantes, bureaux et espaces de loisirs couverts de végétaux, arbres fruitiers, plantes médicinales et espaces agricoles surplombant des bassins d’élevage de plusieurs espèces de poissons.

Les fruits Hypérion

Les fruits Hypérion

Le bois Hypérion

Le bois Hypérion

La Piscine Hypérion

La Piscine Hypérion

Après la tour ADN de Taipei et un projet de “Paris Vert” imaginé pour 2050, Vincent Callebant poursuit donc son objectif de réinventer un nouveau modèle urbain de croissance verte en respectant l’environnement sociologique et écologique. Construit avec 75% de matériaux écologiques dont du bois prélevé dans une forêt de Delhi, Hypérion offrira 1000 logements alimentés à l’énergie solaire et dont les habitants se nourriront notamment de 20 kilos de fruits et légumes bio par an et par mètre carré produits sur place. À date, il s’agit de l’écoquartier le plus amibitieux jamais construit…

"Paris Vert" pour 2050

« Paris Vert » pour 2050, architecture de Vincent Callebant

L’architecture fait les yeux doux à l’écologie avec des projets futuristes, notamment avec le concours “Réinventer Paris” à l’initiative de la mairie de Paris. Réputé pour être l’un des concours d’architecture les plus ambitieux de toute l’Europe, ses résultats ont été dévoilés le 3 février dernier par Anne Hidalgo, et le verdict annonce un Paris révolutionnaire. Ferme urbaine, quartier social zéro carbone, forêt, biofaçade… les préoccupations environnementales occupent sans surprise une place de choix dans ces projets urbains innovants menés par plus de 300 équipes d’architectes, promoteurs immobiliers, et même asssociations de riverains.

Projet architectural "Milles Arbres" (17e)

Projet architectural « Milles Arbres » (17e) de Sou Fujimoto

Projet architectural "In Vivo" (13e)

Projet architectural « In Vivo » (13e) de Xtu Architectes

Projet architectural de "Ville Multi-strates" (17e)

Projet architectural de « Ville Multi-strates » (17e) de Jacques Ferrier Architectures, Chartier Dalix Architectes

Au total, 22 sites parisiens pour une surface de 150km carrés – l’équivalent de 9 arrondissements – sont passés au crible de l’imagination de créatifs visionnaires préoccupés par le futur de l’environnement. Ville Multi-strates, Mille Arbres, In Vivo… Autant de noms futuristes et écologiques ont vu le jour, promettant de changer à jamais l’image de la ville lumière s’ils venaient à voir le jour. D’ici là, nous devrons nous contenter de l’éclosion de la Canopée, partie émergée du chantier ambitieux de réaménagement des Halles dont l’issue est annoncée pour 2018.

L'architecture végétale de la Canopée sur le site des Halles, Paris

L’architecture végétale de la Canopée sur le site des Halles de l’architecte Patrick Berger

Pensée comme une immense feuille translucide, la Canopée, d’ascendance végétale, désigne la partie supérieure des forêts en contact direct avec l’atmosphère et les rayons du soleil. En effet, son architecture au formes courbes abritera deux bâtiments d’équipements publics et de commerce reliés par un patio central – lieu de vie à l’abri des intempéries pour les visiteurs.

Le patio de la Canopée sur le site des Halles, Paris

Le patio de la Canopée sur le site des Halles, Paris

Ce vent de renouveau qui souffle sur l’architecture internationale n’oublie pas pour autant ses extravagances passées et continue de donner naissance à des lieux pensés comme des oeuvres d’art au service d’un urbanisme innovant. En témoigne le gratte-ciel rotatif de David Fisher pour Dynamic Architecture à Dubaï. Érigé en 2008, il garantit la même exposition au soleil aux habitants de ses 80 étages grâce à sa rotation.

Le gratte-ciel rotatif de David Fischer

Le gratte-ciel rotatif de David Fischer

Plus étonnant encore, le projet de construction du Parc Zaryadye remportée en 2013 par Diller Scofido + Renfro. Premier parc à être construit à Moscou depuis plus de cinquante ans, ce projet en dit long sur l’état de déliquescence environnementale de cette ville largement polluée. Offrant aux habitants un écrin de verdure hybride pensé comme un espace public couvert, idéal pour affronter la rudesse de  l’hiver russe, ce parc abrite quatre typologies de paysages. Toundra, steppe, forêt et marécages en parfaite harmonie, la conception de ce parc pourrait sans peine rappeler la Zootopie des studios Disney

Projet du Parc Zaryadye à Moscou

Projet du Parc Zaryadye de Diller Scofido + Renfro à Moscou

Dans un autre registre, “les tours circulaires de briques organiques et réfléchissantes” de l’agence “The Living” représentent un projet de tours 100% compostables sélectionné par le Musée d’Art Moderne et le Moma de New York. Baptisée “Hy-Fi”, cette structure temporaire redéfinit la composante la plus basique de l’architecture, la brique, composée ici de tiges de blé et de structures en racines vivantes.

Les tours "Hy-Fi"

Les tours « Hy-Fi » de l’agence The Living

Malgré l’urgence des impératifs environnementaux, l’architecture n’est donc pas en reste lorsqu’il s’agit de repousser les limites du pensable ou du possible. Récemment, la publication de la liste des sept merveilles du monde moderne bientôt achevées, par The Guardian, mettait d’ailleurs en lumière le projet colossal d’arche de confinement de Tchernobyl. 108 mètres de hauteur pour 162 mètres de largeur, recouvrira en 2017 le réacteur numéro 4 de la Centrale et son sarcophage abîmé.

L'arche de confinement de Tchernobyl

L’arche de confinement de Tchernobyl de l’entreprise Novarka

En dépit de l’effervescence architecturale actuelle, les jeunes talents français préfèrent exporter leurs projets à l’étranger, plus enclin à récompenser leur service rendu à l’urbanisme et à réaliser des projets qui restent souvent au stade de l’utopie au sein de l’hexagone, dont les stigmates des immeubles des années 70 mènent chaque tentative d’innovation futuriste à controverse… Face à l’urgence écologique du renouveau architectural, la France parviendra-t-elle à stopper ce nouveau Brain Drain ?

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