Britain’s got talent

22 septembre 2016 - Inspiration

Voté depuis quelques mois déjà, le Brexit et son lot d’inquiétudes n’ont toujours pas eu raison de l’inattendu créatif british. À Londres, cette année encore, la rentrée des classes s’est manifestée dans les hauts-parleurs de l’expérimentation, de l’avant-garde et de l’inédit. Entre Fashion Week, Design Festival et RIBA London, septembre honorait copieusement la réputation de la capitale créative mondiale.

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Christopher Kane X Crocs pour le défilé P/E 2017

La London Fashion Week à peine terminée, le bilan révèle un taux élevé d’audace et de culotté. Pour ses dix ans, Christopher Kane a pour le moins versé dans la provocation, se lançant à bras ouverts dans une collaboration avec Crocs, label aux sabots de plastique orthopédiques et ventilés. Côté couvre-pieds, Gucci dépassait de loin ses platform shoes arc-en-ciel de la saison dernière en tranchant définitivement le débat talon plats/talons hauts avec une OVNI pédestre deux-en-un… À plateforme amovible. Bien sûr, Londres a aussi profité de cette fashion week pour dévoiler les très attendus défilés no season/no gender  avec en tête de gondole, les deux géants Burberry et Gucci. Côté podium, certaines mises en scènes versaient dans la domotique, notamment chez Anya Hindmarch qui osait le podium mouvant circulaire façon maxi session d’hypnose. Mais Londres ne pouvait affronter la rentrée sans célébrer sa scène créative alternative, véritable signature de la capitale couronnée…

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Plateforme Gucci pour le défilé P/E 2017

En marge des grands shows, une foule de nouveaux talents, essence-même de la Fashion Week Londonienne, présentaient leur collection. Au coeur de ce vivier d’avant-garde, la très scrutée plateforme créative ON/OFF présentait une vingtaine de créateurs émergents venus se faire repérer en vue d’intégrer, un jour, le calendrier officiel de la mode… Après avoir révélé Gareth Pugh et J.W. Anderson en leur temps, on y découvrait cette année le jeune diplômé Timothy Bouyez-Forge, talent brut à l’origine de tuniques et robes en plastique modelé pulverisé de couleurs vives… Souffle vital pour la réputation créative de Londres, cette semaine de la mode officieuse est aussi et sans nul doute un rite de passage pour les créateurs à suivre…

ON/OFF présente Timothy Bouyez-Forge

ON/OFF présente Timothy Bouyez-Forge

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ON/OFF présente Timothy Bouyez-Forge

Côté design, la scène créative internationale s’était également donné rendez-vous de l’autre côté de la Manche pour les très attendus London Design Festival et RIBA London. Véritables tremplins, ces deux évènements animent actuellement le tout Londres à grands coups d’expositions, d’installations gratuites et de workshops. Lancé début septembre, le RIBA Regent Street Windows Project 2016 réunit pendant trois semaines les architectes les plus pointus de l’association et quelques-uns des retailers les plus prestigieux pour créer des installations architecturales étonnantes dans leurs vitrines de Regent Street. Jusqu’au 25 septembre, les passants peuvent donc admirer la démonstration d’innovation et de créativité des architectes du RIBA venus soutenir par leur talent des grands noms de la mode soucieux de valoriser un savoir-faire et une conception unique. Kate Spade, Molton Brown, Uniqlo, Liberty London, 7 For All Mankind… Cette année encore, les retailers ont joué le jeu et soumettent leur vitrine au choix du public qui élira son coup de coeur à la fin de l’évènement.

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Uniqlo X Projects Office pour le RIBA Regent Street Windows Project 2016

 

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Liberty X Architecture Social Club pour le RIBA Regent Street Windows Project 2016

 

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Molton Brown X Knox Bhavan & Susie MacMurray pour le RIBA Regent Street Windows Project 2016

Entre design et retail, il est un autre lieu de Londres qui s’amuse des espaces et de leur mise en scène. Récemment contraint de quitter la rue qui lui donnait son nom en 2004, le Dover Street Market de Rei Kawakubo est un terrain de jeu créatif qui offre carte blanche aux quelques 200 marques qu’il accueille derrière ses vitrines volontairement opaques. Entrée grillagée, condamnée par une balle géante, vitrines décorées d’immenses sphères blanches, ce haut lieu du retail oscille entre entrepôt désaffecté et galerie d’art ultra-pointue, dans une joyeuse étrangeté porteuse de quelques 27 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2015.

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Dover Street Market X Barbie

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Dover Street Market X Raf Simons

Mêlant marques de luxes triées sur le volet et jeunes créateurs à peine primés, à l’instar de  Grace Wales Bonner (prix LVMH 2016), Dover Street Market n’est ni plus ni moins que la référence internationale des concept stores. Dans ce patchwork visuel et créatif de 30 000 mètres carrés cohabitent marques et clients de tous horizons pour offrir une expérience d’achat nouvelle à contre-courant des standards du retail. Devenu véritable label qualitatif, Dover Street Market pousse ses invités à promouvoir des pièces fortes pour satisfaire l’appétit créatifs des professionnels et passionnés qui foulent son plancher. Détecteur de jeunes talents porté par la prolifique Rei Kawakubo, ce concept store est aujourd’hui le théâtre du renouveau des maisons de luxe, de plus en plus nombreuses à lancer leur nouvelle direction artistique en ses murs… Après Phoebe Philo pour Céline en 2008 et Alessandro Michele pour Gucci en 2015, même scénario pour la première collection de Demna Gvasalia chez Balenciaga cette saison. Unique au monde, la recette du Dover Street Market se décline aujourd’hui à Tokyo, New York, Shanghaï et Singapour, déployant sa communauté d’initiés chez qui saura l’apprécier… Retail’s not dead!

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