Féministes or not?

26 novembre 2015 - Inspiration

En 2013, Beyoncé dépoussiérait le féminisme dans son manifeste “Flawless”, incluant des extraits du discours de la nigériane Chimamanda Ngozi Adichie intitulé “Nous devrions tous être féministes”. Particulièrement évocateur pour ses millions de fans, elle soulevait un flot de convaincues résolues à sortir du silence pour assumer enfin leur noble cause. Contre vents et marées, le mouvement a persisté jusqu’à ce que la taxe tampon ne vienne tout chambouler. Mise au point.

Beyoncé détourne la célèbre affiche de propagande américaine de le seconde guerre mondiale

Beyoncé détourne la célèbre affiche de propagande américaine de le seconde guerre mondiale

Le féminisme est partout. Progressiste, il est une image libéré de sa prise d’otage masculine au milieu du XIXème siècle ; à découvrir dans l’exposition  “Qui a peur des femmes photographes ? 1839-1945”. Retraçant un siècle de photographie au féminin, le Musée de l’Orangerie et le Musée d’Orsay s’associent jusqu’au 24 janvier pour dévoiler  les faits d’armes du sexe faible jusqu’à l’acquisition de sa légitimité en la matière.

Qui a peur des femmes photographes ? 1839-1945

Qui a peur des femmes photographes ? 1839-1945

Militant, le féminisme est un combat pour le droit de vote dans le film “Les Suffragettes”, où des femmes s’engagent sur la voie de la violence pour obtenir le droit de vote. Audacieux, il est une couverture de magazine conçue, fait rare, pour le regard des femmes. À l’occasion du come-back acclamé de la chanteuse Adèle, Rolling Stone tirait, début novembre, un portrait des plus étonnant. Air de défiance, peignoir et cheveux mouillés, peau à nu, prise sur le vif ; sans la sexualiser, cette cover campait une Adèle n’ayant rien à prouver, en tant que chanteuse mais peut-être surtout en tant que femme…

Adèle, figure du féminisme pop

Adèle, figure du féminisme pop

Ces nombreuses représentations féministes dialoguent aujourd’hui en paix et se confrontent aux combats d’hier, marquant un changement sans précédent, qui nuance les coups d’épée dans l’eau des générations de « l’entre-deux féminismes », celles qui avaient engendré la honte d’être engagée… Pourtant, le scandale de la Taxe Tampon aurait pu susciter bien des vocations. Taxé à 20%, contre 5,5% pour les sodas, le tampon hygiénique révélait en octobre un machisme d’État arriéré ; se classant au rang de “produit de luxe”, “comme la mousse à raser”. Mais alors que le secrétaire d’État au budget, Christian Eckhert tentait une pirouette pour faire passer la pilule d’environ quarante ans d’impôts forcés pour tout individu arborant un utérus malheureux, le Sénat adoptait un amendement à la baisse sur ce produit de première nécessité. Une bonne nouvelle pour les femmes qui n’écopent plus que du tragique syndrome pré-menstruel et peuvent massivement remercier les associations féministes de s’être élevées contre une Assemblée nationale en plein délire. Mais est-ce vraiment être féministe que de s’engager pour l’égalité homme/femme ? La copie mérite d’être révisée.

Zooey-Deschanel-New-Girl-feminist-rants

Nous le disions en préambule, au premier jour il y eut Beyoncé. Depuis 2013, le girl power a laissé place à un féminisme raisonné, moins clivant et peut-être simplement humain. Relayé par des célébrités comme Lena Dunham, réalisatrice de la bien-nommée série “Girls”, Emma Watson, ambassadrice de l’ONU pour le droit des femmes, Zooey Deschanel et bien d’autres… Profitant de leur notoriété pour rectifier le tir de la cause des femmes, elles réinventent un discours plutôt séduisant dans un langage qui parle à la génération Millennials. Sortes de coach de vie décidées à aider des millions de femmes et de jeunes filles à se sentir mieux dans leur peau, ces nouveaux exemples mettent au placard l’image de la militante diabolique sans jamais dicter aux femmes ce que leur condition leur inflige – non, vous n’êtes plus tenues d’entretenir une pilosité fournie pour être crédible.

The Lenny Interview : Hilary Clinton

The Lenny Interview : Hilary Clinton

En lançant sa newsletter LennyLetter.com il y a quelques semaines avec Hillary Clinton en interview, inutile de préciser que Lena Dunham frappait dans le mille. Redéfinissant d’emblée un terme cent fois galvaudé, la femme politique américaine déclarait : “ Je suis de ceux qui croient que les femmes ont les mêmes droits que les hommes”. C’était donc aussi simple que ça. Malines, Lena et consoeurs échafaudent un nouveau discours féministe sans maquiller leurs convictions. Si “Lenny veut rendre le monde meilleur pour les femmes et les gens qui les aiment”, Zooey Deschanels propose sa plateforme “HelloGiggles”, une “communauté positive pour les femmes”, pendant que Karlie Kloss nous alerte sur le fait que la programmation en ligne n’est plus incompatible avec le fait d’avoir un vagin. Allons bon… Nommée “culturalisation pop du féminisme”, cette mouvance au sobriquet fort opaque a pourtant le mérite d’apaiser le hiatus entre le féminisme et la condition de femme. Petite révolution dans un monde friand de l’amalgame, cette nouvelle forme d’engagement en provenance de la pop culture est un réel soulagement.


Emma Watson Interview Malala Yousafzai par TrendVideos

Interviewée par Emma Watson début novembre, le Prix Nobel de la Paix 2014 Malala Yousafzai énonçait le mot de la fin face à une Hermione particulièrement émue : “J’ai décidé que ce n’était pas mal de se qualifier de féministe. Donc je suis féministe et nous devrions tous être féministes car c’est un symbole d’égalité.” Des paroles possiblement entendues par le président de Gambie qui mettait hier l’excision hors la loi sous une foule d’applaudissements. Nous y voilà !

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