Nouvelles beautés

12 février 2015 - Inspiration

On l’a senti arriver subrepticement. À pas de loup, il a d’abord colonisé nos pulls, puis nos pieds, enfin, nos intérieurs tout entiers. Uggs, Birkenstock, pulls de Noël et design improbable au kitsch douteux… Le laid s’est imposé sur l’apparat quotidien de toute personne lambda. Six ans après l’authentique authenticité anglo-saxonne d’une Susan Boyle triomphante à Britain’s Got Talent, voilà que le laid devenu beau colonise visages et corps. Une ride par ci, un diastème par là, les héroïnes beauté sont les mêmes… mais en différent.

Campagne de pub Zara avec les sandales "tendances"

Campagne de pub Zara avec les sandales « tendances »

Julia Roberts l’assenait paradoxalement avec force artifices dans le spot Lancôme « La vie est belle » (2012), le monde est fait de diktats et de convention, il nous faut trouver la voie. Acception peremptoire façon grand sage Lao Tseu, la belle ouvrait pourtant le chemin d’une féminité renouvelée. Sans le savoir, ou presque, l’actrice au sourire béant initiait le triomphe du laid dans la dictature du parfait.

Un an tout pile après l’éloquente campagne Replay #ImperfectlyPerfect, le site de rencontre à succès Meetic s’approprie la revendication et lance sa campagne #LoveYourImperfections. Brisant les critères de beauté pour stopper l’affrontement Beaux VS le reste du monde, chacun y va de son petit coup de pommade pour flatter nos égo. L’exemple le plus probant restera sans nulle doute AdopteUnMec qui vante les mérites du particulier et promeut le roux, le barbu, la femme et l’orphelin.

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Publicité Meetic « love your imperfections »

affiche

Campagne de publicités Adopte un Mec

Vers une redéfinition des critères de beauté, la physionomie des mannequins aussi évolue, et l’on voit exploser les défauts charmants d’une Lily McMenamy à la bouche lippue, d’une Lindsey wixson au diastème perturbant et d’une Jamie Bochaert à l’androgynie intrigante. Récemment, c’est la jeune mannequin au physique moucheté d’un vitiligo prononcé Chantelle Brown-Young, top 2015 selon Dazed & Confused, égérie Diesel et Desigual, qui faisait exploser le baromètre du joli -laid. Neutralisant la beauté en cascade façon hypermarché boulimique, les nouvelles beautés sont des personnalités.Leur enveloppe rugueuse suffit à nous faire oublier la beauté interchangeable de la mignonne blonde standardisée – n’en déplaise à la dernière vidéo de campagne Zara TRF «  You Gotta Have Summer », vivement critiquée sur les réseaux sociaux pour son impression attaque des clones.

Mannequins

Lily McMenamy, Lindsey Wixson et Chantelle Brown-Young

On veut du chien, du caractère, du fondant et du croquant – et Cara Delevingne de faire des grimaces… La beauté différente, le joli-laid ou le beau-moche ; cette quête de personnalité marquante semble s’installer dans la durée, et pleuvent les séries aux gueules piquantes.

Léna Dunham dans la série Girls

Léna Dunham dans la série Girls

De Lena Denham (Girls) à Ruth Wilson (The Affair), la beauté se revendique « next door » et l’on cultive le signe distinctif façon « Fruits et légumes moches » – la dernière campagne Intermarché contre le gaspillage. Pour en finir avec les stéréotypes, certaines japonaises vont même jusqu’à s’enlaidir au bistouri pour briser la beauté en série. Pratique extrême, « l’uglification » pointe du doigt cette nouvelle quête du vivant, du différent.

De la même façon, en montrant un poids frôlant l’obésité, Tess Munster bouscule les codes de la beauté en profondeur. Alors que les modèles grande taille ne dépassent que rarement la taille moyenne des française, à savoir un 40 voire un 42, la modèle affiche fièrement une taille 50 et rencontre un succès inespéré avec un contrat récemment signé chez Milk Models Management.

Tess Munster

Tess Munster

Spécialisés aussi dans « la différence », Ugly Models est une agence de mannequins de « gens laids ». Ces mannequins « ultra-gueulés », décalés, sortent des convenances habituelles et des books ultra lissés des agences classiques et rendraient nos mannequins traditionnels presque insipides.

Au moment où la génération Z entre en scène, il est bon d’apprendre des erreurs passées en une tabula rasa réelle mais modérée qui replace la beauté dans le particulier, la féminité dans l’acceptation de soi. Advienne que pourra!

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