NO GENDER / ALL GENDERS

6 juillet 2017 - Inspiration

L’année dernière, le Troisième Genre triomphait lors des défilés de mode, faisant état d’un anticonformisme intentionnel. Mais comme toujours dans la mode, il est des tendances annoncées qui ne tiennent finalement pas une saison. Cette année, les fashion weeks auront apporté la réponse tant attendue : oui, le troisième genre, l’unisexe, l’hermaphrodisme, l’androgynie – qu’importe le nom qu’on lui donne – s’installe définitivement sur les catwalks. La mixité souffle chez les créateurs, les concepts no gender fleurissent et les lignes unisexes s’épanouissent en magasin. En mélangeant les vestiaires, les marques brouillent les genres pour mieux s’affranchir du sexe !

Un vent de mixité

Au pays des défilés, c’est une véritable révolution qui continue de s’opérer. L’initiative « see now, buy now » avait déjà chamboulée le processus de création, rendant disponible en boutique les pièces qui venaient tout juste d’être dévoilées, désormais, ce sont les thématiques des fashion weeks elles-mêmes qui vacillent. Dorénavant, les marques présentent simultanément les collections homme et femme, faisant fi de la traditionnelle distinction : janvier et juin pour l’homme, septembre et février pour la femme. Les pionniers Burberry et Tom Ford, rapidement rejoins par Kenzo, Paul Smith, Calvin Klein, Gucci ou encore Bottega Veneta militent pour un rythme saisonnier plus adapté au temps de création…

« L’industrie de la mode est comme un volcan en ébullition. Les marques tentent de s’adapter au contexte actuel : clients qui papillonnent de marque en marque, comportements d’achat non rationnels, nouveaux modes de diffusion des images… Face à ces enjeux, chaque marque adopte ses propres règles du jeu. La complexité du monde actuel fait exploser les modèles », indique Serge Carreira, maître de conférences à Sciences-Po Paris. Aujourd’hui, on regarde les défilés sur internet. Avec les défilés mixtes, les marques peuvent toucher une cible élargie sur les réseaux sociaux. 

Des concepts « no gender »

En juin dernier, le salon de mode Pitti Uomo lançait la nouvelle section Open. « Il s’agit d’un nouveau projet dédié aux modes qui vont au de-là du genre », expliquait la direction de l’évènement. Par ailleurs, selon un rapport récent de Trendwatching.com, « les gens de tous âges et de toutes origines se construisent une identité propre de façon plus libre que jamais. En conséquence, les modèles de consommation ne sont plus définis par des critères démographiques traditionnels comme l’âge, le sexe, la région, le revenu, le statut familial ou autre. » Il n’en fallait pas moins pour remettre en question l’organisation des grands magasins !

À Londres, Selfridges a été le premier à ouvrir un espace free from gender baptisé « Agender ». Imaginé par la designer Faye Toogood – qui a lancé sa propre collection unisexe Toogood – celui-ci se veut minimaliste et neutre, pour laisser parler les pièces proposées. « La mode est une industrie qui a toujours eu une longueur d’avance et qui sait observer les changements dans la société, souligne Faye Toogood. 

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TOOGOOD Collection

TOOGOOD Collection

No gender, all genders

Lors de la dernière fashion week « Homme » printemps-été 2018, certains créateurs ont brouiller les genres pour mieux s’amuser avec les sexes et les silhouettes. Chez Comme des Garçons et Loewe, des écoliers juvéniles défilent laissant dans leur sillage une puberté androgyne. Des garçons en paillettes et bermudas, assumant le léopard et le velours tout ne restant bien dans leurs baskets. Chez Études, c’est la chanson « Cherchez le Garçon » du groupe Taxi Girl qui s’invite sur les t-shirts, comme le slogan d’une révolution déjà en marche. Le label Sacai, qui a aussi présenté un show mixte, a dévoilé des tenues assorties pour elle et lui, taillées dans le même tissu.

À Londres, c’est Edward Crutchley qui a fait parler avec une parfaite collection androgyne. L’Écossais formé à l’école Louis Vuitton a signé un défilé plein d’espoir et d’ouverture dans une période post-Brexit quelque peu troublée. Résultat ? Crinolines, kimonos de geishas et dandys en chemises de nuit fleuries pour ces messieurs, style sévère, pantalons d’homme et blousons aviateur pour ces dames. En somme, une proposition exaltée et un peu folle, mais qui aura le don de souligner le pouvoir de la mode pour abolir les frontières, les codes vestimentaires et les points de vue moralisateurs.

Défilé Edward Crutchley printemps-été 2018, Londres.

Défilé Edward Crutchley printemps-été 2018, Londres.

Si d’ordinaire, les femmes empruntent souvent à la garde-robe masculine, l’inverse est bien moins courant. Avec son défilé printemps-été 2018, Thom Browne a décidé de remédier à cela. Le show débute avec une paire de souliers pour bébé disposée dans une vitrine. Celle-ci prend son sens au fur et à mesure que les silhouettes défilent. Des hommes en jupe, en robe et en talons hauts, loin du déguisement ou du travestissement, repensent le dress code masculin tel qu’on le connait.

À la naissance, fille et garçon peuvent partager la même garde-robe. Pourquoi il n’en est pas de même quand les années passent ? Le designer affirme que « les hommes sont presque plus masculins [en jupe] que s’ils portaient seulement des vêtements habituels ». Thom Browne pose une réelle question et jusqu’à la fin, il brouille les pistes. Le dernier look du défilé reprend la tradition couture de la robe de mariée avec une tenue costume devant, robe de mariée et bouquet derrière.

Tom Browne- Défilé SS 2018

Tom Browne- Défilé SS 2018

Tom Browne- Défilé SS 2018

Tom Browne- Défilé SS 2018

Tom Browne- Défilé SS 2018

Tom Browne- Défilé SS 2018

L’unisexe, pour marier les plaisirs 

Exceptionnelles ou conceptuelles jusqu’alors, les lignes unisexes s’implantent durablement en rayon. En ouverture de la semaine florentine, Hugo Boss livrait la collection printemps-été de sa ligne Hugo, au style plus juvénile. Ancrée dans un univers de symbolisme et de références colorées à des artistes tels que Basquiat, elle compose un véritable vestiaire unisexe.

HUGO- FW - SS 2018

HUGO- FW – SS 2018

 Dans un monde uniformisé, le no gender vient renforcer l’idée de gommer les différences. « Au-delà de ces questions de business, l’enjeu des défilés est d’ordre sociologique. Chaque marque est invitée à donner sa nouvelle vision des relations entre les hommes, entre les femmes, et entre l’homme et la femme. » précise Agnès Rocamora. « Aujourd’hui, le no gender n’est pas une revendication, c’est juste l’histoire d’une génération, celle des millennials, qui a grandi avec Internet et le mariage gay, et pour qui le X ou le Y n’est pas un curseur, ni une problématique. », analyse Alice Pfeiffer, rédactrice en chef du magazine Antidote.

Alizée Perrin

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