Yves et Saint Laurent

26 septembre 2014 - Inspiration

Un livre sur le parcours parisien d’Yves Saint Laurent (Dans le studio d’Yves Saint Laurent de Marie-Jéromine Savignon), une biographie sur Loulou de la Falaise, sa muse (Loulou de la Falaise de Natasha Fraser-Cavassoni), une exposition consacrée au designer phare de la nouvelle ère Saint Laurent (Hedi Slimane – Sonic à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent) et deux films… 2014 est sans conteste l’année Saint Laurent.

Affiche du film Saint Laurent  de Bertrand Bonello

Affiche du film Saint Laurent de Bertrand Bonello

Sorti en salle mercredi 24 septembre, le second biopic proposé par Bertrand Bonello, plébiscité par la critique cannoise, est déjà en course pour les oscars. Mais en dépit d’un casting tout aussi prestigieux que son prédécesseur sorti en mai (Gaspard Ulliel, Aymeline Valade, Louis Garrel, Léa Seydoux…), un vent de souffre entoure l’accouchement de Bonello. Non autorisé par Pierre Bergé, l’acte II du mythe Saint Laurent se veut plus personnel, plus sulfureux et plus grunge.

Affiche du film Saint Laurent de Bertrand Bonello

Affiche du film Saint Laurent de Bertrand Bonello

En 2h40 de film, Bonello s’attaque à la décennie charnière de la vie de l’homme, faisant fi de son départ d’Algérie à la capitale pour Christian Dior, de son premier défilé triomphal et de son internement – détail pour le moins déterminant. De 1966 à 1976, donc, Bonello décortique le glissement des sixties au seventies sous le prisme d’un créateur tout aussi génial que torturé -pléonasme ? Un parti-pris qui tombe à point nommé avec la nouvelle prise en main de la maison Saint Laurent par l’esprit Slimane et le leitmotiv des collections de l’automne, les sixties.
Saint Laurent Paris - Collection automne-hiver 2014/2015

Saint Laurent Paris – Collection automne-hiver 2014/2015

Pas si sweet que ça, les années 60 façon Saint Laurent de Bonello explorent les rouages de la création et le rôle de l’art dans la mémoire collective. Alors que Jalil Lespert signait un biopic d’archives fidèle au factuel et sans parti pris assumé – si ce n’est celui de Pierre Bergé, narrateur en voix off et béquille du créateur – Bertrand Bonello refuse « l’effet Wikipedia » et interroge le genre biopic en assumant le choix de la vraisemblance plutôt que de la vérité.

Louis Garrel joue Jacques de Bascher, amant d'Yves Saint Laurent

Louis Garrel joue Jacques de Bascher, amant d’Yves Saint Laurent

Tension constante entre réalisme et vérité, Saint Laurent, plutôt que d’entrer en conflit avec Yves – ce qui fût le cas dans la bataille judiciaire qui a pu se tramer avec Pierre Bergé juge-arbitre entre les deux films – le complète habilement. Dépasser la reconstitution archéologique, c’est purement l’objet de Saint Laurent. Mettant en scène un homme moins hermétique, à l’image de sa mode qu’il voulait voir descendre dans la rue, Bonello ouvre les vannes du drama pour une proposition dont la sensibilité joue les équilibristes sur le fil du rasoir.

Gaspard Ulliel joue Saint Laurent

Gaspard Ulliel joue Saint Laurent

Comme un huis clos, le film montre rarement l’homme dans le monde réel, faisant sentir cette bulle de folie qui le prend à la gorge, et l’irréalité de son univers. Sombre, tourmenté, déconnecté, si Saint Laurent se veut moins sage et plus décadent, il est également moins mode et plus couture, peut-être plus en phase avec l’obsession d’ Yves Saint Laurent : être le meilleur créateur de sa génération…

Gaspard Ulliel joue Saint Laurent

Gaspard Ulliel joue Saint Laurent

En dix ans de fiction réaliste et cent-soixante minutes de bobine, Bonello traduit le contraste tragiquement intrinsèque à la vie d’un créateur au sommet de son art et au pire de son homme. Héros ou poète maudit, Yves Saint Laurent est celui pour qui la création est synonyme de douleur.

Saint Laurent, défilé des ballets russes, 1976

Saint Laurent, défilé des ballets russes, 1976

Entre lumière et obscurité, gloire le jour et déchéance la nuit, on se dit que le noir et blanc imposé par Slimane aujourd’hui résume peut-être à la perfection la grandeur et la décadence de l’essence Saint Laurent. Et dans le tournoiement d’étoffes et de rubans du défilé des ballets russes de 1976, le splitscreen façon toile Mondrian qui clôt le film résume assez ce qu’il en coûte d’être Saint Laurent : beaucoup de beauté pour autant de tourments.

Retrouvez toutes les vitrines de Saint Laurent sur notre site dailyshopwindow.com

dailyshopwindow-vitrines-créatives-creative-windows-vitrines-magasins-windows-shop-Saint-Laurent-01-14APR15

Saint Laurent, Paris, 15/04/14

dailyshopwindow-vitrines-créatives-creative-windows-vitrines-magasins-windows-shop-Saint-Laurent-01-14SEP16

Saint Laurent, Paris, 16/09/14

© dailyshopwindow.com | http://bit.ly/ZfIEna