Visual merchandising : les matériaux

21 octobre 2016 - Inspiration

Le monde change, la prise de conscience s’accélère et les actions menées en faveur de la planète montent en puissance avec une résonance au sein de secteurs jusqu’alors déconnectés de ces préoccupations. Après l’architecture, mondialement mobilisée à la Biennale de Venise, le secteur du retail emprunte à son tour le tournant responsable. À travers le choix et le traitement des matériaux, on peut lire l’influence directe d’une époque marquée par l’urgence planétaire. Paille, bois, béton… Action !

La paille

Nouvelle venue dans des vitrines de ceautomne, la paille insuffle aux vitrines un côté champêtre, en écho à la grande tendance du mariagechampêtre. Pensées comme une immersion dans l’esprit et le processus créatif de John Galliano, les vitrines Barneys x Maison Margiela de Madison Avenue invoquent, bien au-delà du vêtement, l’imagerie du directeur de création. Autour des thèmes centraux de la collection automne-hiver 2016, Dennis Freedman, directeur de la création Barneys, a donc conçu les vitrines comme une percée dans l’inconscient Galliano. Élément central de l’une d’elles, la paille renforce l’inspiration surréaliste en laissant apparaître le bras d’un modèle invisible, volontairement similaire au célèbre bras peint par Michel-Ange sur le plafond de la Chapelle Sixtine. Métaphore de l’imaginaire, le « plafond » est ici transposé en un univers 3D dans l’espace de la vitrine où la paille fait une apparition  inhabituelle, poétique et très remarquée.

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Vitrine Barneys X Maison Margiela

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Proenza Schouler

Le béton

Au palmarès des matériaux les plus utilisés en vitrines à l’heure actuelle, le béton traduit la toute puissance du style urbain dans l’univers design. Pourtant, si le choix de ce matériau apparaît de prime abord comme profondément populaire, c’est son aspect brut et inachevé qui est recherché en vitrines. Dépouillé, sans prétention, le béton laisse une grande place à la lecture du produit qui parle ainsi de lui-même. Chez Lanvin rue Saint Honoré, Barneys ou Bally, le béton ancre la vitrine dans un univers contemporain très concret. Minimaliste et industriel, il crée un environnement brut à l’image des vitrines Selfridges ou le fond gris renforce l’aspect dépouillé du béton.

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Selfridges X Replay, Londres

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Lanvin, Paris

Chez G-Star, l’état brut constitutif de l’ADN de marque prime aussi en vitrines où le béton est utilisé en installation permanente via les panneaux muraux et socles de fenêtres. Chez Harvey Nichols, le béton se veut tactile via une utilisation en relief du matériau, plongé d’emblée dans un univers pointu où l’ultra-modernité prime.

Vitrine G-Star

Vitrine G-Star

Vitrine Harvey Nichols

Vitrine Harvey Nichols

Chez Nike et Adidas, l’éclairage particulièrement travaillé crée une approche moderne de ce matériau classique du BTP, actualisant l’aspect parfois désuet du style industriel.

Vitrine Nike

Vitrine Nike

Vitrine Adidas

Vitrine Adidas

De son côté, Hermès propose une approche encore plus novatrice du matériau dont la rugosité, associée aux feuilles de palmier séchées, bois et autres matériaux naturels, ancre l’âme du fond photographique en noir et blanc dans un réalisme puissant. Tandis que chez Loewe le socle en béton est strié.

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Hermès, rue Saint Honoré, Paris

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Loewe, Tokyo

Le bois

Autre terrain d’exploration particulièrement approfondi chez Hermès, le bois en vitrines remet en perspective la tradition équestre de la marque avec l’artiste hollandais Levi Van Veluw. Seconde installation du designer présentée cette fois-ci dans les vitrines de Madison avenue, la collaboration offre une interprétation sculptée du foulard Hermès. Superpositions d’éléments de bois finement ciselés, taillés en formes géométriques, chevaux, filigranes, perles et même laqués, ces vitrines Hermès ont été pensées comme des panneaux d’affichage géants, clin d’oeil au savoir-faire de la maison. Ode au célèbre foulard, chaque élément qui le compose; étriers, chaînes, maroquinerie nous transporte au coeur de l’ADN de la marque. Célébrant le thème Hermès de l’année “la nature au grand galop” et le lancement du nouveau parfum de la marque, Galop d’Hermès, le concept créatif des vitrines se veut installation spectaculaire, traditionnelle, quasi hypnotique.

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Vitrine Hermès NYC X Levi Van Veluw

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Vitrine Hermès NYC X Levi Van Veluw

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Vitrine Hermès NYC X Levi Van Veluw

A Tokyo, le grand magasin Seibu innove dans l’utilisation du bois à l’intérieur de ses vitrines avec une collaboration surprenante. L’artiste japonaise Ayumi Tsuchiya nous propose une réflexion sur le temps qui passe. Designer spatiale, elle met en scène  une installation XXL  et interactive d’un mécanisme d’ horloge en bois « woody amusement ». Son travail avait d’ailleurs été déjà présenté dans les vitrines de MUJI.

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Seibu X Ayumi Tsuchiya, Tokyo

Dans un esprit plus brut, les vitrines de Cos nous propose une installation intéressante « fin de chantier » avec des planches de bois posées à la verticale tandis que celles de Bergdof Goodman nous transportent dans l’atelier d’un ébéniste pour une composition floral proche d’une marqueterie primitive.

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Cos, Londres

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Bergdorf Goodman, NYC

Si l’utilisation de matériaux de construction en vitrines est un vrai progrès dans le secteur du retail, il est un architecte qui promet de terrasser ces nouvelles initiatives de design responsable… Élu Jeune Innovateur Français de l’année 2016 par le MIT Technology Review, Timothée Boitouzet est à l’origine d’un bois transparent qui pourrait bien révolutionner le bâtiment. Inspiré par l’architecture des années 1950 et 1960, époque où le métier était en lien direct avec les préoccupations sociales, Timothée Boitouzet a créé son entreprise pour répondre à l’enjeu social du logement. Révéler le bois autrement pour améliorer les conditions de vie via une approche respectueuse et sensible de la discipline, tel était son projet pour la France, premier producteur de bois sur pieds “mais dernier pays à l’utiliser”. À force de recherche, le jeune architecte réinvente aujourd’hui le bois de piètre construction en le transformant pour le rendre plus résistant à l’eau, trois fois plus rigide, beaucoup moins dense et surtout… transparent. Alors que jusqu’ici, les constructions de bois ne pouvaient pas dépasser les douze étages, l’entreprise Woodoo promet des immeubles de 30 étages, intégralement constitués de bois. Une véritable révolution à l’heure où l’ONU annonce 180 000 naissances chaque jour en villes…

Le bois transparent de Timothée Boitouzet

Le bois transparent de Timothée Boitouzet

Fièrement assumés et largement exploités, le regain d’amour pour le bois, la paille et le béton brut dans les scénographies de vitrine témoignent d’un effort collectif de ralliement à la cause planétaire comme l’expression  de notre  prise de conscience…..

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