Vitrines ou galeries d’Art?

26 février 2016 - Inspiration

Nouveaux lieux de happening, l’engouement pour l’art en vitrines est tel qu’il bouleverse aujourd’hui la vision traditionnelle du musée. Espaces mercantiles transformés en lieux d’exposition et d’expression, les vitrines des magasins jouent de leur entre-deux physique pour faire de l’art le trait d’union entre la rue et la boutique. Abritant des oeuvres toujours plus spectaculaires, elles deviennent le cadre de tableaux en trois dimensions qui transforment le lèche-vitrines ordinaire en sessions de transfusion culturelle générale et gratuite. Qui dit mieux ?

Il est un moment précis où l’art percute la vie de plein fouets. Tradition parfois centenaire, les vitrines de Noël n’ont pas dérogé à la règle cet hiver, sollicitant des hôtes convoités de toute la planète art.

Barney’s New York faisait d’une pierre quatre coups en accueillant quatre performances d’artistes sur le thème “Chillin’ out”. L’installation Ice Castles présentait des sculptures de glaces géantes ayant nécessité deux semaines de travail 24 heures sur 24, sept jour sur sept pour les trois sculpteurs de glaces installés dans l’immense congélateur-vitrine pouvant accueillir 1900 litres d’eau. Un ballet de lumière synchronisée sur une musique d’Hannis Brown donnait finalement vie à cet univers glacé.

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La seconde installation réalisée par le Studio Okamoto, mondialement connu pour ses talents de sculpture sur glace,  était opérée en live dans la vitrine par un homme vêtu en Thom Browne pour Moncler Gamme Bleu et armé d’une tronçonneuse à la finesse de coupe impressionnante. En direct, la performance faisait naître pingouins et autres formes artistiques glacées surprenantes.

Dans un tout autre style, l’artiste Dale Chihuly réputé pour sa connaissance des techniques du verre et de sa coloration réalisait plus de 700 éléments de verre soufflés servant une installation de cristaux semblant glacés.

Barney's, Décembre 2015, New York

Barney’s, Décembre 2015, New York

Le grand magasin japonais Isetan invitait lui aussi quelques artistes pour ses vitrines de Noël 2015. Sur le thème “Jenkka”, une danse folklorique suédoise, Isetan présentait une installation artistique interactive invitant à télécharger une photo de soi de sorte qu’elle finisse affichée avec les autres dans le magasin et en ligne, entourées de stickers animés crées par une petite poignée de plus de cinquante artistes internationaux.

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Isetan, Décembre 2015, Tokyo

En janvier, Isetan Mitsukoshi célébrait la nouvelle année en invitant le designer français Nicolas Buffe. À travers son installation “Japan Senses”, l’ancien élève des Beaux-Arts dévoilait son univers inattendu, entre références baroques et culture populaire manga maniaque. En charge du visuel principal de la campagne du nouvel an, Nicolas Buffe dévoilait un travail graphique en noir et blanc avec quelques injections de rouge pour vivifier cet univers à la fois merveilleux et ultra moderne.

Isetan, Janvier 2016, Tokyo

Isetan, Janvier 2016, Tokyo

Comme chaque saison, Hermès collaborait également avec un artiste pour les fêtes, dans une variation fantastique sur le thème du voyage. Résultat, une arche de Noé signée du studio Anna Burns présentant des animaux de bois loufoques à la Salvador Dali. Tortue sur skateboard, girafe à perruque, le studio basé à Londres faisait honneur à son côté “punk” à travers ce tableau onirique et décalé.

Hermès, Décembre 2015, Londres

Hermès, Décembre 2015, Londres

Hermès, Décembre 2015, Londres

Hermès, Décembre 2015, Londres

Au mois de mars, ce sera au tour des vitrines Hermès Tokyo de briller sous l’imagination d’un designer. Cette fois-ci, c’est un duo italien composé d’Andréa Trimarchi et Simone Farresin qui fera le show. Connu pour ses expérimentations de la matière, exposés dans les plus grands musées du monde avant même d’avoir dépassé 30 ans, ce quatre-mains de surdoués de l’art signait en février le catwalk Sportmax, ligne bis de MaxMara.

Dans la courses aux designers en vitrines, Noël n’est donc plus un fait isolé et les enseignes redoublent de flair pour dénicher l’artiste qui fera basculer le chaland dans un univers hypnotique. Particulièrement propice à ce genre d’expériences, le début de l’année a donc vu se multiplier les installations inspirantes. En janvier, Bloomingdale’s célébrait la fashion week de New York avec l’artiste Ryan Roa qui donnait vie à ses oeuvres de papier bidimensionnelles « Dessin Planes » sur la 3ème avenue. À l’aide d’élastiques tendus en rayons aiguisés pointés vers le sol, Ryan Roa instaurait un univers dramatique autour de la ligne homme de Theory, réalisée avec un nouveau tissu, le “neoteric”.

Bloomingdales, Janvier 2016, New York

Bloomingdales, Janvier 2016, New York

Bloomingdales, Janvier 2016, New York

Bloomingdales, Janvier 2016, New York

Dans un tout autre style, Bershka dévoilait le nouveau talent de son Young Designers Project. Cette sixième collaboration intitulée “Wooden Aquarelle” mettait en vitrines le travail de la designer Meike Harde, dans une démarche de recherche de nouvelles possibilités matérielles. Ici, le processus de coloration des aquarelles de bois fonctionnait en autonomie et de manière presque chaotique, de sortes que l’artiste ne pouvait intervenir que dans le choix de la couleur de départ. Au final, des motifs colorés aléatoires venaient orner le bois de paravents et autres panneaux de bois dans une harmonie presque nostalgique. Cette installation n’était pas sans rappeler, dans un tout autre style, le travail de pigments opéré par l’artiste Tobias Tovera pour le chausseur Berluti en septembre dernier.

Bershka X Meike Harde

Bershka X Meike Harde

Si le concept store Colette n’est jamais avare de designers en vitrines – dernièrement Tixier, André ou encore Jeremyville, les grands magasins ne sont pas en reste, avec Le Bon Marché en tête du classement. Collectionneur et mécène, l’enseigne parisienne faisait grand bruit en janvier à l’occasion de sa collaboration avec l’artiste Ai Wei Wei. Retour en force début mars avec la collectionneuse de mode nonagénaire Iris Apfel qui présentera dix tenues extraordinaires de sa collection particulière à travers 18 malles-vitrines inspirées de 10 lieux parisiens mythiques. Intitulée “Iris in Paris”, l’exposition évènement donnera vie à ses attributs fétiches.

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Enfin, retour sur les vitrines du Printemps interprétées par la photographe Bruna Kazinoti en janvier dernier. Dédiées à la parisienne, ces neufs installations mêlaient portraits et plans de shooting réalisés à l’International Records, matériaux et compositions textiles dans un mix d’épure efficace et léché.

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Printemps, Février 2016, Paris

 

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Printemps, Février 2016, Paris

 

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Printemps, Février 2016, Paris

Musées de plein air parfaitement démocratiques, les vitrines des magasins ne devraient pas arrêter en si bon chemin leurs collaborations design, tournant culturel majeur dans une société où l’art fut longtemps l’apanage des élites.

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