Philippe Rossetti, Interview

9 septembre 2016 - Interview

Directeur de l’identité visuelle depuis 1an aux Galeries Lafayette, Philippe Rossetti nous parle de sa nouvelle vision créative pour le grand magasin.

Philippe Rossetti

Philippe Rossetti

Quel a été votre parcours professionnel de la création de Munchausen à la direction de l’identité visuelle  des Galeries Lafayette ?

Nous sommes jamais vraiment prédestiné à ce métier je pense.

Tout d’abord j’ai étudié aux Beaux Arts de Lyon, puis j’ai quitté les Beaux Arts pour à l’Accademia du Brera à Milan pendant 1an en scénographie puis 1an aussi à la Villa Arson à Nice. Je me suis ensuite installé à Rome et ai travaillé en tant que conférencier dans une association : Rome et son histoire. Je racontais des grandes histoires sur la ville et c’est ce qui m’a donné le goût de la scénographie, de la mise en scène, avec un discours clair et simple face à un public amateur. Au bout de quelques mois je suis tombé amoureux et ai déménagé à Paris. Cette rencontre, la naissance de cet amour et notre point commun le film Les Aventures extraordinaires du Baron de Munchausen nous ont donné envie de créer Munchausen. Une collaboration créative exceptionnelle avec pour point d’ancrage Paris, son histoire, ses décors, les signes ancestraux… mais aussi l’association avec d’autres artistes comme le collectif Commune de Paris. Puis Munchausen a été vendu à la Galerie imaginaire de Noël du Bon Marché pour laquelle nous avions réalisé des décors en papier. Par un hasard curieux, je suis rentré au Bon Marché comme responsable de l’identité visuelle de la Grande Epicerie. Et ensuite Patrice Wagner, le président, m’a proposé le poste de directeur du Merchandising du grand magasin, sachant que c’était tout nouveau. Et depuis maintenant 1an je suis aux Galeries Lafayette.

Que signifie « identité visuelle » pour un grand magasin qui représente des centaines de marques ? Et quelle est la fonction des vitrines pour ce type de magasin en 2016 ?

Les Galeries Lafayette veulent se repositionner et s’inscrire dans le territoire parisien avec une dimension culturelle extrêmement forte comme elles ont toujours eu. Selon moi c’est l’essence même de ce que sont les Galeries. Pour rappel, Sonia Rykiel a été lancé par les Galeries et Charlotte Perriand a dessiné des motifs pour le grand magasin. Cette dimension de prescripteur, curateur, est inhérente au groupe. Les vitrines n’ont pas seulement une portée inspirationnelle, mais sont aussi vecteur d’une nouvelle philosophie. Cette nouvelle vision a commencé avec TOILETPAPER, où pour la première fois une collaboration artistique a été exposé dans la Galerie des Galeries, sous le dôme, dans le parcours client et bien sur dans toutes les vitrines. Selon moi un grand magasin c’est un magasin de parti pris ! Cette simplicité, cette pop culture, cette drôlerie, cet amusement… c’est ça la nouvelle philosophie des Galeries Lafayette. La vitrine n’est qu’une introduction, un teaser de l’expérience client à l’intérieur, avec la même zone d’expression extérieur/intérieur.

En juillet dernier, TOILETPAPER habillait vos vitrines, aujourd’hui les Galeries Lafayette invitent Haegue Yang, quel est le lien? Pourquoi avoir choisi cette artiste coréenne ?

A mes débuts aux Galeries j’ai commencé par fouiller dans les archives et je me suis tout de suite intéressé à leur collaboration avec TOILETPAPER pour laquelle ils avaient travaillé en lien pour un magazine. J’ai trouvé l’idée géniale car le magazine et le grand magasin ont le même humour, la même audace. Etant donné qu’ils n’avaient pas réalisé d’expositions ni mis en avant leur collaboration j’ai voulu donner carte blanche aux artistes et créer la première exposition en 4ans de Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari.

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Galeries Lafayette X TOILETPAPER, juillet 2016

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Galeries Lafayette x TOILETPAPER, juillet 2016

Concernant l’artiste coréenne Haegue Yang, la Fondation lui avait commandé un sac « oeuvre » pour les clients et j’ai donc profité de cette collaboration pour créer un impact visuel plus important pour les clients. J’ai alors à nouveau donné une vraie liberté à l’artiste pour  la rentrée. Haegue Yang a investit les vitrines, la coupole… sans notre droit de regard. Le choix de l’artiste Haegue Yang donne un sens dans l’histoire des Galeries puisque 2016 c’est l’année de la Corée.

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Galeries Lafayette x Haegue Yang, septembre 2016

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Galeries Lafayette x Haegue Yang, septembre 2016

Les Galeries Lafayette se pose en médiateur entre artistes et public. Comment conjuguer Art et Shopping ?

Dans notre structure, la Galerie des Galeries a pour vocation d’exposer de l’art et le magasin de faire du business. Aujourd’hui les frontières sont poreuses mais je dirai que c’est par l’attitude des consommateurs que les choses évoluent. Quand on se rend à une expo on est consommateur d’une oeuvre d’art, comme un désir de la voir/ de l’avoir, pour moi c’est exactement pareil avec le produit. Je ne souhaite pas exposer des produits comme des oeuvres d’art et ne me prétendrai pas être un musée, en revanche nous avons un engagement. Cet engagement c’est révéler l’énergie de la création dans le monde !

55 de vos magasins exposeront l’une des oeuvres originales de l’artiste présentées Boulevard Haussmann, soit environ 900 vitrines. Est ce une première ?

Le réseau est toujours en écho avec le magasin d’Haussmann. Depuis TOILETPAPER nous voulons que le message des Galeries soit globale et clair pour que tout le monde puisse vivre la même expérience.

Pouvez vous dévoiler à dailyshopwindow votre prochaine collaboration ?

Pour les vitrines de Noël nous renouons avec une tradition des vitrines des Galeries Lafayette mais vous aurez l’exclusivité le 1er novembre !

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