2015, année digitale

23 décembre 2015 - Lifestyle

À l’approche de la fin d’année, la fébrilité de l’air confesse l’appréhension d’une foule d’individus porteurs du syndrome post-traumatique mondial s’étant abattu sur eux aux premières heures de janvier. Au sortir du vaste trou noir que fût l’année 2015, deux clans se dessinent. Il y a ceux qui paniquent face à l’inconnue 2016, et ceux qui respirent enfin, prêts à dire adieu à ces 365 douloureux derniers jours. Pourtant, 2015 fût aussi l’année charnière où le digital a conquis moult chaumières. Dans tous les domaines, le terrain d’expérimentation numérique a été cette soupape de décompression vecteur de progrès, d’inspiration et d’émotions. Retour sur les temps forts de l’année 2015.

Ignoré il y a quelques années, le digital brille en 2015, compagnon de route du petit créateur qui monte, de l’ado bourgeonnant et du geek assoiffé, il a surtout pris d’assaut le luxe et ses inconditionnels aux traditions farouchement préservées. Exploité à bon escient, le digital coule des jours heureux avec son amant luxueux. Puissant vecteur d’expression de son identité ; capable d’instaurer un storytelling poignant, le digital offre à ces marques souvent centenaires une modernité teintée d’histoire. En témoigne le court-métrage flashback de Louis Vuitton sur l’histoire de sa maison. Dévoilé au lancement de l’exposition “Volez, Voguez, Voyagez”, le film “Never Ending Story” est un écrin de poésie subtilement efficace qui conte avec la verve d’un Loïc Prigent et la passion d’un Vuitton la genèse du mythe.

Toujours plus créatif, Hermès ne manquait aucun exercice de style en 2015. Exploitant notamment le filon du fashion film, le maroquinier de luxe dévoilait fin novembre sa nouvelle collection d’accessoires Automne-Hiver 2015-2016 en stop motion. Intitulée Hermésistible, cette série de courtes vidéos anime les “accessoires bijoux” de la maison autour d’un dictionnaire imaginaire signé Hermès. “Jalousèle”, “impulcie”, “envolie”… autant de mots que de poésie pour illustrer les sentiments indéfinissables qui s’échappent de ces saynètes décalées. Un essai transformé qui pousserait presque à valider son panier sans passer par la case banquier.

Le dernier fashion film ayant marqué l’année 2015 est sûrement le court-métrage Kenzo par Gregg Araki. Intitulé Here Now, il capitalise en six minutes rythmées pas moins d’une dizaine de tendances à lui seul : pornfood, glitter fever, 90’s, néo grunge, régressif ou seventies… Un petit bijou digital qui bat la mesure des tendances avec un poil d’humour et une jolie dose de lifestyle et d’imagination.

En 2015, le luxe assurait la gentrification en règle d’un digital longtemps boudé par les grands noms de l’industrie alors même que les réseaux sociaux s’épanouissaient dans une émulation proche de l’obsession. Terrain de prédilection des artistes qui souhaitent se faire connaître dans l’intimité de leur timeline, Instagram a révélé des talents comme Donald Robertson et ses jumeaux à croquer, ou le succès de petites marques en passe de devenir poids lourds de la mode ; et ce n’est pas un hasard si le compte personnel de Morgane Sézalory, fondatrice de Sézane, compte aujourd’hui plus de 117 000 abonnés… Mais Instagram a également révélé des créateurs parfaitement inconnus, riches aujourd’hui de plusieurs milliers d’abonnées – plus de 80 000 pour les soeurs Popovy, des jumelles russes qui mêlent design de mode et doll art en créant à quatre mains de petites poupées plus vraies que natures…

@Popovysisters

@Popovysisters

@PopovySisters

@PopovySisters

Instagram a également été le spectacle de premières fois hautement significatives en 2015 : Prince, Donatella Versace et Céline Dion ont tous fait leur premier selfie sur ce réseau en 2015. Incontournable, c’est le sentiment que devait avoir Chanel en inaugurant à son tour son compte Instagram cette année, rejoignant McDonalds et son million d’abonnés dans la conviction du fort potentiel promotionnel de cette love plateforme.

@Donatella_Versace

@Donatella_Versace

@McDonalds

@McDonalds

C’est d’ailleurs en 2015 qu’Instagram choisissait d’ouvrir ses conditions de sponsorisation à environ la moitié de la terre – raison pour laquelle vous voilà noyés sous les publicités EDF, Auchan ou Canon… Labels a priori pas vraiment glamour qui vont à la pêche aux followers en titillant leur fibre créative.

"Selfish", Kim Kardashian

« Selfish », Kim Kardashian

Apothéose digitale, 2015 a été, et l’on ne peut le nier, l’année du selfie. Il y a près d’un an, ce barbarisme peu chantant écorchait les oreilles de nos parents et de toute personne âgée de plus de quinze ans, à l’horizon 2016, on ne tique même plus à l’évocation de ce terme démocratisé par Kim Kardashian dans son livre “Selfish”, qu’elle aurait pu baptiser “selfesse” sans choquer la plèbe, au vu du nombre de postérieurs figurant sur ces photos sensées tirer le portrait… Quoi qu’il en soit, le selfie s’est banalisé au point de trouver le même engouement chez les foodies qui ont engorgé les flux digitaux du hashtag #Pornfood. À noter, certaines mamans désoeuvrées se font désormais un art de nourrir leurs enfants, comme Ming, du compte Instagram @BentoMonsters, qui passe ses journées à créer de mignonnes petites bouchées pour ses quatre enfants, et récolte au passage près de 160 000 abonnés. Chapeau l’artiste !

@BentoMonsters

@BentoMonsters

Last but not least, Snapchat est certainement la raison pour laquelle de nombreux emplois de community manager seront créés en 2016. Réseau préféré des ados, il est pris d’assaut depuis un an par les marques de mode les plus digital minded comme ASOS, Lacoste ou Victoria’s Secret dont les stories regorgent d’éléments lol ou simplement backstage mais toujours fun et live. Depuis janvier 2015, Snapchat tente tout de même de verser dans le partage d’infos plus sérieuses avec l’ouverture de sa rubrique “Discover” où les médias tentent de séduire la jeunesse avec de l’information à rallonge – un bref sondage permet rapidement de mettre en doute cette initiative pourtant respectable.

Les nouveaux émojis de l'iPhone

Les nouveaux émojis de l’iPhone

Avec Snapchat, le “pic speech” a vécu la consécration en 2015. Nouveau langage de notre ère, mélange d’écrits et d’images, il révèle une attirance toujours plus forte pour les émojis de nos téléphones. Alors qu’ASOS célébrait le nouvel émoji burrito en postant une photo d’un vrai burrito sur sa story Snapchat ; à l’heure où la licorne passe à la postérité avec un émoji à son effigie sur la dernière mise à jour de l’iPhone ; Kim Kardashian pointe le bout de son contouring avec son application Kimojis, des émojis à l’arrière-goût de mafia disponibles pour la modique somme de 1,99€  – six mois après son mari Kanye West et les Yemojis

Kimoji

Kimoji

Enfin, difficile de terminer 2015 sans citer le retour de Star Wars avec le dernier volet de sa saga “The Force Awaken”, déjà gratifié du titre de meilleure opération de communication digitale du monde et de tous les temps. Il est vrai que voir remplacés les profile pics bleu blanc rouge de la moitié des utilisateurs Facebook par un sabre laser bleu flash a quelque peu détendu l’atmosphère… Et si vous êtes lassés du buzz, des hashtags, des selfies et autres trending topics, n’oubliez pas de déconnecter. Mais avant de transformer votre Fomo en Jomo, faites un tour sur le dernier compte Instagram de l’année pour lancer les festivités !

@thegaybeards

@thegaybeards

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