Gastronomode, le luxe sous la langue

16 décembre 2015 - Lifestyle

Mini révolution culturelle dans un univers jadis masculin au vocabulaire militaire assumé, la cuisine fait les yeux doux à l’univers de la mode tout ouïe. Après le design et l’hôtellerie, celle-ci se déguste version gastro et les collaborations entre chefs prestigieux et grandes maisons de luxe ne se font pas prier.

Les créations culinaires du Chateaubriand, bistro gastro star de la nouvelle vague Fooding

Les créations culinaires du Chateaubriand, bistro gastro star de la nouvelle vague Fooding

No-go zone peu glamour et hostile, la cuisine a ouvert ses portes progressivement. Profitant du fabuleux coup de com’ de la starisation des chefs, nouveaux animateurs phares des grandes chaînes du PAF, et de la viralisation du fooding via le mouvement pornfood des réseaux sociaux, la nouvelle cuisine n’est plus un simple métier. Son art se cultive jalousement, favorisé par l’indépendance nouvelle des chefs et l’esthétisation de l’appétit qui hisse haut le culte de la créativité et de la saisonnalité. Autrefois enracinée dans les traditions, la cuisine contemporaine est désormais un terrain de jeu créatif à part entière,  sorte de dérivé de la mode qui ajoute au plaisir gustatif initial, une séduction visuelle de plus en plus travaillée.

Emporio Armani Caffe, Paris, Saint-Germain-Des-Prés

Emporio Armani Caffe, Paris, Saint-Germain-Des-Prés

A priori éloignée du monde du luxe, la gastronomie l’embrasse aujourd’hui et les ouvertures de restaurants griffés n’ont eu de cesse de célébrer cette tendance de l’année 2015. Pionnier en 1989 avec l’ouverture de son restaurant Emporio Armani Express, Giorgio Armani fut le premier à ouvrir son temple food. Après Londres, c’est le quartier latin de Paris qui accueillera quelques années plus tard cet italien de créateur. À Paris, le succès du restaurant Ralph’s poussait Ralph Lauren à ouvrir son Polo Bar à New York le 9 janvier dernier. Entre burgers de luxe, cafés glacés et tabourets bar au cuir clouté, cette taverne ne semble avoir de vintage que le style, ne manquant pas d’ajouter le fameux chou kale à sa Caesar Salad maison. Avec une empreinte bien plus traditionnelle, Burberry inaugurait en juin 2015 son restaurant de Regent Street baptisé Thomas’s. Meilleur ami british des puristes, cet exercice de style culinaire offre au modeux sa dose de thé et rafle les honneurs avec son petit déjeuner pour le moins authentique.

Le Polo Bar de Ralph Lauren à New York

Le Polo Bar de Ralph Lauren à New York

L’Asie quant à elle n’est pas en reste, et c’est une fois de plus l’Italie qui exporte ses racines et foule cette nouvelle terre gastronomode avec l’ouverture du 1921 Gucci Cafe en juillet dernier, dans l’une des artères commerciales les plus réputées de Shanghai. Un mois avant, c’est le pâtissier français Pierre Hermé qui ouvrait les portes du Café Dior à Séoul, un choc des tendances proche de la déflagration !

Le 1921 Gucci Cafe de Shanghaï

Le 1921 Gucci Cafe de Shanghaï

Le Café Dior à Séoul

Le Café Dior à Séoul

De retour en Italie, force est de constater que l’art culinaire n’est pas une option mais une obligation pour les grandes maisons. À Milan, capitale de la mode à la Dolce Vita, Prada s’est imposé rayon fooding avec l’inauguration de son bar Luce en mise en bouche de la Fondation Prada. Imaginé par le cinéaste Wes Anderson, on déguste jus de fruits frais et gourmandises bénies des dieux dans cet antre du rétro bien ordonné. Via Montenapoleone, la Paticceria Marchesi fondée en 1824 a récemment été reliftée par la Maison et si rien ne laisse dévoiler que Prada est l’instigateur de ce renouveau pastel, le nom de l’architecte des lieux se révèle dans un murmure d’admiration. À l’origine des boutiques Prada, Roberto Baciocchi ameute, rien qu’en son nom, des dizaines de modeux venus photographier leur douceur sucrée. Non loin d’ici, LVMH rachetait il y a deux ans la Pasticceria Cova, faisant du lieu l’ étape d’un pèlerinage liant le style à l’agréable…

Pasticceria Marchesi, Milan

Pasticceria Marchesi, Milan

Pasticceria-Marchesi-Montenapoleone-640x474 pasticceria-Marchesi-vetrina-640x427

Outre les ouvertures de restaurants, colonisations de pâtisseries et autres clones de cafés mode ; savoir-faire culinaire et luxe s’unissent massivement en 2015 dans une expérience sensorielle quasi totale. Portée par le besoin de séduire une cible pour laquelle les marques de mode pourraient devenir interchangeables sans une âme bien ficelée, la gourmandise s’assume comme la nouvelle condition de ce tournant lifestyle engrangé avec la vague des concept store il y a plusieurs saison. Et puisque le bel objet de luxe n’assume plus franchement son inutilité, les grandes maisons y versent une dose d’instant exquis à savourer.

Bûche de Noël Lenôtre X Petit H.

Bûche de Noël Lenôtre X Petit H.

Bûche de Noël Annick Goutal X Angelina

Bûche de Noël Annick Goutal X Angelina

Ainsi, Pascale Mussard, directrice artistique de Petit H. imagine pour Noël sa version de la bûche Lenôtre, et fait honneur à l’esprit atelier. Matières premières et outils iconiques harmonieusement compilés forment un trompe l’oeil à déguster comme une pièce de Haute Cuisine… ou de Haute Couture comestible. De son côté, la maison Angelina revisite la Haute Parfumerie d’Annick Goutal avec une bûche inspirée des notes emblématiques d’agrumes de l’Eau d’Hadrien. Enfin, on ne cite plus le chausseur italien Berluti et les dîners très privés de son Club Swann qui n’ont jamais si bien su lier haute gastronomie et savoir-faire maison…

Ce soulier n’aurait-il pas un goût de safran ?

© dailyshopwindow.com | http://bit.ly/1P7uWJy