JOMO VS FOMO

30 juin 2015 - Inspiration, Lifestyle

À l’heure où l’Apple Watch se greffe aux poignets d’honnêtes gens, s’insinuant doucement dans notre anatomie, l’obsolescence de l’humanité nue éclate au grand jour, évidence tragique. Limités que nous sommes, le téléphone mobile s’est révélé prolongement de nous-mêmes, mais cette pirouette technologique n’a pas tardé à nous faire déchanter. Esclavagiste forcené, cet intrus vicieux que les psychanalistes nomment “doudou numérique” tyrannise notre existence. Après une longue période d’euphorie hyperconnectée, la redescente est douloureuse.  Pour soigner ce Mal du siècle, de nouvelles méthodes de sevrage voient le jour. Après la Digital Detox, JOMO est le mode de vie dernier cri.

L'Apple Watch au bras de Beyoncé

L’Apple Watch au bras de Beyoncé

Bovarysme du XXIème siècle, le FOMOFear Of Missing Out – est une pathologie contemporaine qui affecte la vie sociale jusqu’à l’intimité. Trouble compulsif qui pousse à se connecter par peur de manquer l’occasion sociale du jour, le FOMO s’ensuit d’un besoin scandaleux d’exhiber sa vie fabuleuse façon télé-réalité. Internet devenue drogue dure dicte sa loi, faisant des petitesses de la vie une honte inqualifiable que l’on a tôt fait de régler par un stratagème de fiction digitale. La poursuite du bonheur que chantait Kid Cudi s’est faite évincer par sa démonstration. Les moments ne se vivent plus, ils se racontent. Bien au chaud derrière un écran, nous affrontons la terrifiante réalité via un storytelling digital composé de morceaux choisis. La tyrannie du cool sévit sur les réseaux sociaux, et le personal branding est devenu pratique courante. Le tout est de faire croire que sa vie n’est que délices, plaisir et volupté.

Monstre anthropophage décrit par Stromae dans son clip “Carmen”, l’addiction social media a transformé  les followers en stalkers, des suiveurs en série incapables de décrocher, et les No Wi-Fi zones, sortes de no man’s land 2.0, sont devenues lieux de désolation où l’extrême solitude ressentie plonge quiconque dans une détresse sinistre… Dramatique, le FOMO n’est pourtant plus une fatalité depuis l’apparition de la Digital Detox. Paradoxalement née dans la Silicon Valley, cette pratique radicale de sevrage consiste en une déconnexion totale sur une période donnée.

Solution miracle ou lubie tendance, Canal + a tout de même consacré à la Digital Detox un film de 90 minutes. Diffusé en février dernier, ce film suivait de près le journaliste Pierre-Olivier Labbé, triste élu d’une expérience de 90 jours sans smartphone ni internet. Saisissant. Parrallèlement, des séjours Digital Detox ont vu le jour dans des hôtels de luxe où la nuit déconnectée coûte plus cher qu’une chambre avec Wi-Fi. Déroutant. Le comble reste tout de même le compte Twitter qui nous pousse invite à la suivre pour mieux déconnecter… De son slogan “Disconnect to reconnect”,  @Detox_digitale se veut médiateur social aux punchlines farouches.

Digital Detox - Film Canal +

Digital Detox – Film Canal +

@Detox_digitale

@Detox_digitale

Malgré ses faux airs de secte, l’héritière des yoga retreat a conquis son monde et se renouvelle sous une forme de rebellion beaucoup plus saine appelée JOMO. Pendant positif du FOMO, Joy Of Missing Out est une nouvelle attitude de protestation inventée par Anil Dash, blogueur, entrepreneur et figure de la techno-scene new-yorkaise. Opposante à la Digital Detox, JOMO refuse le sevrage technologique ponctuel sujet aux rechutes, en faveur d’un renoncement durable.

Le best-seller JOMO de Christina Crook, gourou du phénomène au Canada

Le best-seller JOMO de Christina Crook, gourou du phénomène au Canada

Censé mener vers une utilisation raisonnée du smartphone et compères, JOMO invite qui l’adopte à un lâcher-prise quotidien pour se recentrer sur sa propre vie. Conscient des aspects positifs d’Internet, JOMO a déjà franchit le seuil de Google USA où les “silent mindful lunches” – déjeuners volontairement silencieux – rendent aux employés le terrain de jeu de la pensée. Sujet à quelques règles comme le “door drop” – abandonner son smartphone en rentrant chez soi – ou les “holy hours” – heures sans wi-fi équivalentes aux heures CSA de feu Loft Story, JOMO consiste à couper toute connection après 19h en semaine et le week-end. Disparition préméditée, JOMO pourrait bien se révéler comme l’ultime chance de salut de notre siècle…

JOMO!

JOMO!

Y.O.L.O. des temps modernes, JOMO est certes un mantra que toute la hype s’arrache, mais surtout une merveilleuse excuse pour assumer les pires journées d’ennui…Idéal pour les vacances !

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