Virtual VS Reality

15 décembre 2016 - Inspiration, Lifestyle

Il y a quelques années, l’arrivée de l’impression 3D bousculait nos modes de pensée en matérialisant la percée du virtuel dans le réel. Mais ce qui apparaissait naguère comme le prolongement troublant de l’impalpable dans notre monde sensible n’est plus qu’une simple formalité à l’heure ou la frontière entre ces deux univers s’efface jusqu’à brouiller vingt-et-un siècles de repères. Virtual VS RealityLet the game begin !

maxresdefault

Il y a un monde entre les premiers hologrammes de Dalida ressuscitée sur scène et les dernières prouesses technologiques mises en œuvre pour le spectacle Hit Parade. Dès janvier 2017 et grâce à l’ingéniosité des studios Mac Guff, le Palais des Congrès de Paris offrira sa scène à Mike Brant, Sacha Distel, Dalida et Claude François pour un revival 70’s plus vrai que nature. Entièrement construit à partir d’images virtuelles reconstituées par ordinateur, le show porte en France une technologie déjà massivement digérée dans les salles obscures de Las Vegas. Et si Michael Jackson et consorts peuvent avoir un léger goût de jadis, la mode s’approprie chemin faisant la technologie holographique, offrant de saisissantes démonstrations de réalité… virtuelle !

KENZO – Défilé de mode Holographique

Kenzo, Ralph Lauren, Louis Vuitton… Depuis 2013 et pendant trois ans d’affilée, les puissants de la mode se sont frottés à l’hologramme le temps d’un défilé. Si Kenzo et Louis Vuitton en offraient une utilisation raisonnée, le show Ralph Lauren du 8 septembre 2014 marque un jour significatif dans l’histoire de la mode. Projeté au-dessus du lac de Central Park sur un écran géant de 18 mètres de haut et 45 mètres de large, le défilé dédié à la ligne Polo était un impressionnant exercice de conjugaison entre mode et technologie virtuelle. Pendant une dizaine de minutes, la projection holographique en 4D servait du jamais vu aux yeux d’une foule ébahie. Apparaissant et disparaissant sur fond de marché, de bord de mer ou de Brooklyn Bridge, les mannequins digitalisés présentaient la collection avec force effets spéciaux. En guise de clôture, un Ralph Lauren géant venait saluer sous les yeux de son propre modèle vivant… et pour le coup bien réel !

Alors que l’hologramme restait à ce stade entre les mains d’une bande d’happy few, la technologie virtuelle arrivait peu après en vitrines des marques de mode, assurant la rencontre entre le grand public et ce qui, hier encore, ne représentait que son futur. Un an après son show sensation, Ralph Lauren installait l’hologramme en vitrines au mois de septembre 2015. Cet hiver, c’est Célio qui s’approprie la technologie virtuelle avec quatre supports holographiques installés en vitrines du flagship des Champs-Élysées. Interagissant avec les produits exposés, des petits personnages en 4D s’animent actuellement dans des cubes transparents à la Minority Report. Opérant un sans faute dans la démocratisation de la réalité virtuelle, Célio ouvre la marche et devrait bientôt être suivie par Kiabi qui teste en cette fin d’année des vitrines interactives présentant sa collection en hologrammes. Ici encore, les vitrines ne sont qu’une infime expérimentation du vaste champ des possibles de la réalité virtuelle puisqu’AnOther Magazine s’offrait, pour son quinzième anniversaire, une couverture holographique à l’effigie de Karl Lagerfeld réalisée par l’artiste Rob Munday. Limitée à 1000 exemplaires, cette édition papier marque un pas de plus dans la révolution en marche.

unnamed

Nouvelle preuve de cette révolution virtuelle, le premier bar dédié à la réalité augmentée ouvre ses portes à Paris. Situé au MK2 Bibliothèque, ce nouveau Perchoir proposera un lieu permanent pour qui souhaite tester la full body immersion sur rameur ou tenter la simulation virtuelle avec les masques Oculus Rift. Une furieuse envie de voler ? Ce vœu sera désormais accessible grâce au dispositif de pointe signé Birdly !

mk2vr-paris

Si la technologie virtuelle s’invite désormais de manière systématique dans le monde réel, c’est au tour des robots d’entrer en scène. Devenus très concrets, ces petits êtres mécanisés n’ont plus rien du fidèle R2-D2 de la saga Star Wars… Avec son défilé d’ambiance full tech présenté sous la verrière du Grand Palais en septembre dernier, Chanel ne s’y était pas trompée, les robots sont parmi nous. Après Darty, Carrefour ou SNCF, au tour de Kiabi et Uniqlo de s’offrir le mignon robot Pepper. Programmé pour interagir avec les consommateurs, l’humanoïde acquis pour 20 000 euros auprès de Softbank Robotics est la dernière recrue des deux enseignes, résolues à embrasser les dernières innovations qu’offrent le XXIème siècle. Attendrissants, ces robots à vocation divertissante ne sont pourtant rien à côté du nouveau mannequin intelligent qui bouscule l’industrie de la mode actuellement. Signé Euveka, le mannequin évolutif connecté pensé par la jeune française Audrey-Laure Bergenthal devrait enterrer sous peu l’historique mannequin de bois. « Nous utilisons les technologies robotiques liées à la morphologie et au bio-mimétisme. Il suffit de scanner une personne et de rentrer tous ses paramètres dans le système. Le robot, qui peut varier de la taille 36 à la taille 46, se transforme en moins de deux minutes en la forme voulue. À partir de là, on peut réaliser un prototype à la taille exacte du client ou du marché morphologique ciblé. » déclarait-elle. Et une fois le prototype du vêtement fabriqué, le robot peut détecter ses défauts grâce à des capteurs, de la pression du tissu à la toxicité des solvants, faisant office de contrôleur qualité. Incroyable mais vrai, la technologie virtuelle n’aura semble-t-il jamais été aussi bienfaitrice pour l’industrie de la mode.

 

Le mannequin intelligent d'Euveka

Le mannequin intelligent d’Euveka

Philanthrope, la technologie robotique ? Ce n’est pas l’écho que semblent renvoyer les séries d’anticipation Real Humans et Westworld, à l’heure ou Sophia, robot humanoïde et fierté de la société Hanson Robotics, pose en couverture du dernier numéro de Elle Brésil pour l’année 2016. Croisement entre Audrey Hepburn et la femme de son créateur David Hanson, Sophia a le regard clair, les traits fins et une épaisse couche de peau fondue dans une matière proche du silicone. Mais le plus troublant n’est pourtant pas son apparence puisque l’humanoïde est doté d’une personnalité qui lui permet de prendre la parole et de raisonner… par elle-même.

Elle Brésil

Elle Brésil

« Nous vivons dans une époque de changements rapides et importants qui transforment la scène de la mode » déclarait Susana Barbosa, directrice de la rédaction du Elle Brésil, « dans ce scénario, il incombait à Elle de souligner ce que la mode peut apporter maintenant à l’avenir. ». Faisant le choix de s’interroger sur l’impact des nouveaux matériaux dans l’univers du luxe, le magazine aborde également et inévitablement le sujet de l’intelligence artificielle… Au cœur des grands développements technologiques actuels, cette innovation représente un grand chamboulement qui concrétise fatalement nos pires angoisses existentielles. Au printemps dernier, Sophia affirmait ainsi vouloir « détruire le monde », vexée par une question posée par CNBC lors d’une interview… Mauvaise blague de son programmateur ou mise en garde à prendre au sérieux, l’intelligence artificielle n’est pas la seule prouesse technologique à inquiéter puisqu’une campagne médiatique est en cours contre les sex robots qui « déshumanisent, isolent, promeuvent le sexisme et encouragent les gens à considérer les femmes comme une propriété » selon Kathleen Richardson, chercheuse à l’Université de Montfort. Réponse aux ardeurs d’un progrès sans limites, matérialisé par la société californienne Abyss Creations à l’origine des Real Dolls, sex robots aux parties génitales ultra réalistes commercialisées pour la modique somme de 14 000 euros dès 2017, cette campagne médiatique soulève les inquiétudes de fictions devenues réalité

Virtual VS reality… N’est-ce pas finalement l’instant où l’on prend conscience que tout était écrit ?

© dailyshopwindow.com | http://bit.ly/2hxJ58I