Duchamp, Dada : Tous Baba

31 octobre 2014 - News

Que celui qui n’a jamais questionné l’art à travers l’urinoir de Duchamp parle maintenant ou se taise à jamais. « Fountain », ou l’urinoir-tistique en porcelaine créé en 1917 est le premier ready-made du grand dadaïste. Série d’objets manufacturés exposés comme des œuvres d’arts, ces parti-pris culottés un poil provoc’ ont fait la gloire de Marcel Duchamp et le Centre Georges Pompidou revient sur ce père de la création contemporaine dans une rétrospective monographique de son œuvre peint.

"Fountain", Marcel Duchamp, 1917

« Fountain », Marcel Duchamp, 1917

Jusqu’au 5 janvier 2015, « Marcel Duchamp. La peinture, même » revient sur les travaux picturaux de l’homme « le plus intelligent du XXème siècle » selon André Breton, moins connus du grand public mais tout aussi scandaleux que l’œuvre globale de ce penseur subversif, si l’on considère le tollé soulevé par « Nu descendant un escalier ».

"Nu descendant un escalier ", Marcel Duchamp, 1912

« Nu descendant un escalier « , Marcel Duchamp, 1912

Peinte en 1912, cette huile sur toile illustrant le mouvement d’une silhouette humaine composée de prismes incarne à merveille la philosophie iconoclaste de Duchamp. Présentant un manque d’intérêt certain pour le spectateur en raison de son manque de profondeur, son titre introduit en revanche un décalage ironique qui lui vaudra les foudres du mouvement futuriste peu enclin à ce genre de fantaisie – ou d’audace.

"L.H.O.O.Q." - Marcel Duchamp, 1919

« L.H.O.O.Q. » – Marcel Duchamp, 1919

Pourtant, Duchamp, nihiliste de l’art qui voulait « tuer la peinture » a si bien entrepris son œuvre qu’il l’a sublimé avec autant de ferveur qu’il ne s’employait à le détruire, et se retrouve aujourd’hui au poste très convoité de maître-à-créer du siècle… Remettant sans cesse en cause la nature même de l’art, il s’emploie à en extraire les fondements pour pousser au questionnement. Supprimer la virtuosité technique de l’artiste en prônant l’économie de moyens avec « Fountain », balayer jusqu’à la notion d’artiste en ôtant sa signature… Duchamp joue dans le subversif, à l’image de sa Joconde moustachue, pièce maîtresse intitulée L.H.O.O.Q (allographe à prononcer phonétiquement pour fou rire garanti) et icône dada devant l’éternel.

"Le Violon d'Ingres", Man Ray, 1929

« Le Violon d’Ingres », Man Ray, 1929

Chef de file du mouvement créé en 1917 par une bande d’artistes avant-gardistes et enragés, le dadaïsme se positionne en refus total de la tradition. Recherche artistique de nouveaux modes d’expression, il est l’explosion de la liberté face à la doctrine, faisant de l’humour et de la rébellion ses joyeux combattants.

"Le Rossignol Chinois", collage dada de MAx Ernst

« Le Rossignol Chinois », collage dada de MAx Ernst

Man Ray, Max Ernst, Duchamp… La bande à Dada se la joue régressive avec son mouvement au nom de cheval à bascule. Détruire pour mieux reconstruire, le message est clair. En aiguisant leur impertinence artistique, ils bouleversent l’histoire de l’art et le quotidien pour aboutir à l’art contemporain tel qu’on le connaît désormais.

"Elasticum", collage dada de Raoul Hausmann, 1929

« Elasticum », collage dada de Raoul Hausmann, 1929

Poésie du détournement, art de la provocation, Dada est une cour de récré géante où l’imagination croise l’anticonformisme au détour d’une marelle. Arrivé sur Ciel, Duchamp l’enfant terrible de la butte Montmartre a donné son nom au plus prestigieux prix pour la jeune création française en art contemporain, qui récompense chaque année la descendance inspirée du maître Dada.

"Duchamp was Here", Street Art attribué à Banksy

« Duchamp was Here », Street Art attribué à Banksy

Damien Hirst, Jeff Koons – qui qualifie l’œuvre de Duchamp d’ « indépassable », ou encore Banksystreet artist supposé à l’origine du tag « Duchamp was here »… Tous perpétuent aujourd’hui l’entreprise dadaïste de ce père spirituel disparu avant les pavés et la plage, en 1968. En cette époque d’épuisement économique et politique, tous se réconfortent dans cette valeur refuge qu’est Dada.

L'un des célèbres "Balloon Dog" de Jeff Koons

L’un des célèbres « Balloon Dog » de Jeff Koons

Assumant la filiation avec un goût prononcé pour la provocation, les créations d’aujourd’hui diffusent massivement l’esprit dada. Mode, design, et même gastronomie, l’esthétique de la surprise détruit les œillères de la banalité jusque dans nos assiettes, quand un Thierry Marx – chef cuisinier étoilé – détourne la gastronomie habituelle en molécules étrangement savoureuses et furieusement déroutantes. Ahuris, nos yeux babas le sont également devant l’art du détournement de Maison Martin Margiela ou Rei Kawakubo, de Thom Browne ou Watanabe

Le cerf-volant croissant de Thierry Marx

Le cerf-volant croissant de Thierry Marx

Retourner à l’essentiel en créant avec les choses du quotidien, capter nos pupilles à travers la mise en déroute des codes traditionnels, c’est finalement l’ultime promesse du normcore, tendance érigée envers et contre l’overdose vestimentaire de la mode 2.0. Dans cet univers de blogueuses et de rédactrices mode excentriques où l’original est devenu banal, réintroduire le « normal » disparu semble le meilleur moyen de choquer la rétine en prenant position avec style.

Dada, le normcore ? Pourquoi pas.

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Isetan, Tokyo, 02/02/14

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Barneys, NYC, 19/08/14

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