John Galliano chez Maison Martin Margiela

8 octobre 2014 - News

Lancée la semaine dernière, la rumeur a été confirmée ce lundi 6 octobre : Maison Martin Margiela sera le berceau de la renaissance John Galliano. Cinq ans après le départ de son créateur belge, la maison de couture parisienne représentée par Renzo Rosso, président du groupe Only The Brave et fondateur de Diesel, se dit prêt à sortir de l’orphelinat pour accueillir « une nouvelle ère créative et charismatique » avec l’arrivée du génie british.
John Galliano par Patrick Demarchelier

John Galliano par Patrick Demarchelier

Paradoxalement connue pour son anonymat, Maison Martin Margiela fut fondée en 1988 à contre-courant du bling eighties. No logo, no marketing, no face… Martin Margiela lui-même se refusant à incarner la marque, la politique de discrétion d’une maison aussi prometteuse n’est pas passé pas inaperçue très longtemps. Déconstruction, détournement, récupération : la puissance iconoclaste de la maison associée à un talent certain pour le minimalisme saisirent l’intérêt d’un public peu accoutumé à une exécution de l’épure aussi magistrale. Body trompe-l’oeil, veste en cheveux déroutante et bottines Tabi, en dépit du mystère Maison Martin Margiela orchestré par un créateur refusant toute photo ou interview à visage découvert, les pièces cultes s’arrachent et leur originalité fait mouche.
Destination japon pour les bottines peintes Tabi Maison Martin Margiela.

Destination japon pour les bottines peintes Tabi Maison Martin Margiela.

 Aujourd’hui, l’artisanat couture Margiela se décline de manière transversale dans une quarantaine de boutiques au monde : prêt-à-porter, haute couture, maroquinerie, accessoires, mobilier, design… L’atypisme maison se veut art de vivre et surprend même jusqu’à entrer en collaboration avec l’enseigne fast fashion H&M en 2012, quelques mois avant de recevoir officiellement l’appellation « Haute Couture« . Et si la retraite de son créateur n’affecte pas l’empire bâti sur le règne d’un « nous » en blouse blanche et l’effacement total de la figure du créateur, l’inattendue Maison Martin Margiela,  pourrait bien briser ce refus d’être incarnée en accueillant « l’un des plus grand et des plus incontestés génie de tous les temps« , « l’unique et exceptionnel couturier » John Galliano.
Maison Martin Margiela X H&M, novembre 2012

Maison Martin Margiela X H&M, novembre 2012

Disgrâcié en mai 2011 de la maison Dior pour laquelle il officiait depuis quinze ans, suite à des propos antisémites racistes prononcés sous l’emprise de ses addictions dans un café parisien, John Galliano avait amorcé son retour en mode il y a quelques mois. Prenant la direction artistique des parfumeries L’Étoile, appartenant à la plus grande chaine de cosmétiques russe, il n’en fallut pas plus aux marionnettistes de la mode pour oublier leur désavoeu… Et Margiela de capturer sa proie. Proie, car il ne fallait pas moins d’un Galliano pour assumer la relève d’une si prestigieuse maison…
John Galliano salue au défilé Haute-Couture Dior  Printemps/été 2011 à Paris (janvier 2011)

John Galliano salue au défilé Haute-Couture Dior Printemps/été 2011 à Paris (janvier 2011)

Considéré comme l’un des plus brillants de sa génération, le dandy fantasque John Galliano issu des quartiers pauvres d’une banlieue de Londres  a connu le succès dès son arrivée à la Central Saint Martins. Écopant d’une modeste mention Très bien à sa collection de fin d’études, il voit ses huit modèles exposés dans les vitrines du prestigieux magasin Browns.
John Galliano s'exprime dans le Supplément de Canal + le 14 septembre 2014

John Galliano s’exprime dans le Supplément de Canal + le 14 septembre 2014

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Il reçoit quelques années plus tard en 1987 le prix du créateur britannique de l’année, nullement gêné par la théâtralité de son style et son goût pour la mode d’autrefois revistée qui effrayaient jusqu’alors les acheteurs. Après un passage à vide financier qui lui offrit le soutien d’une certaine Madonna au début de la décennie 90, Bernard Arnault le nomme à la tête de Givenchy en 1995, avant de le propulser chez Dior un an plus tard, sur les conseils d’Anna Wintour. Dès lors, la surenchère artistique n’en finit plus de grimper. John Galliano l’excentrique provoque et brise les codes, mais John Galliano a les pleins pouvoirs et multiplie par quatre les ventes mondiales de la maison. En 2003, il cumule la direction de l’ensemble des lignes femme Dior, la responsabilité de l’image globale Dior, celle des parfums Dior et la ligne Baby Dior. Icône de mode, son génie vaut à la maison Dior la réputation qu’on lui connaît, mais vaut à l’homme une perte de repères totale et une chute douloureuse.
Christian Dior Couture par John Galliano, Printemps/été 1997

Christian Dior Couture par John Galliano, Printemps/été 1997

Après quinze ans d’un stakhanovisme furieusement exposé, John Galliano le prolifique finit par se rendre invisible. Reclus, il se retire de la scène médiatique pour guérir le mal engendré et effacer la caricature qui ne lui ressemble plus.
Kate Moss pour Dior par John Galliano, collection prêt-à-porte automne/hiver 1997

Kate Moss pour Dior par John Galliano, collection prêt-à-porte automne/hiver 1997

Disparaître, une volonté qui colle à l’étiquette muette de Maison Martin Margiela. « Nous » ou « Je », multiple ou unique ? Faut-il au fond que Galliano change la donne ? Et si le virage brutal s’avérait finalement ambitieuse continuité ? Si Galliano pouvait suivre la marche de la nouvelle génération de stylistes : plus créateurs et moins stars ? En charge de toutes les collections Margiela, prêt-à-porter compris, nous découvrirons les premiers éléments de réponse lors de sa présentation Haute Couture en janvier 2015.

 

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