Mangez moi!

24 février 2016 - News

Après le boom des bocaux consignés à l’heure du déjeuner, assiettes, gobelets et cuillères jouent les comestibles sous couverture. Prise au mot, la société de consommation se vante aujourd’hui de consommer l’immangeable d’hier ; un pas de plus vers la fin du gâchis qui coïncide avec l’adoption, début février, de la loi contre le gaspillage alimentaire.

Les petits riens du tout de Martine Camillieri pour la fin du gâchis

Les petits riens du tout de Martine Camillieri pour la fin du gâchis

Alors que la restauration est accusée d’être responsable de 15% du gaspillage alimentaire, une drôle de manie occupe l’âme des jeunes chefs. Fronde à l’égard de cette fine gastronome bienséance ou urgent désir d’agir pour la planète, une grand chambardement arrive en cuisines, porté par la nouvelle génération de palais affûtés. En marche depuis plusieurs années chez de grands esprits comme celui de la plasticienne Martine Camillieri, soucieuse de transformer de petits riens du tout en vaisselle comestible biodégradable, l’idée d’un repas 100% consommable a germé.

Les petits riens du tout de Martine Camillieri pour la fin du gâchis

Les petits riens du tout de Martine Camillieri pour la fin du gâchis

Embrassant l’idéal zero waste de San Francisco, Martine Camillieri a injecté recyclage et écologie dans des ustensiles de consommation aussi durables qu’évidents. Une feuille de chou en guise d’assiette, une pièce montée en galette de riz moulée… invitée du Salon Maison & Objet en 2009, Martine Camillieri incitait déjà la France à prendre sa nourriture autrement.

Les petits riens du tout de Martine Camillieri pour la fin du gâchis

Les petits riens du tout de Martine Camillieri pour la fin du gâchis

Depuis, des jeunes start-ups florissantes aux nouveaux standards de la street food, les démarches anti-gaspillage se suivent et ne se ressemblent pas. Chacun lance son initiative en faveur de la fin du gâchis dans un bouillon de culture foisonnant d’idées. Dernier succès en date, Les Bols de Jean ne désemplissent pas, un comble pour l’enseigne qui vante ses bols de pain tout consommables ! Élaborés en étroite collaboration avec le boulanger Eric Kayser pendant 18 mois, ces contenants suprêmes nous ramènent au temps où la pâte à pizza, aliment pauvre par excellence, servait aussi d’assiette.

Les Bols de Jean

Les Bols de Jean

LES-BOLS-DE-JEAN-BON-726x400

Vraisemblablement inspiré des spécialités de l’enseigne Boudin implantée à San Francisco, l’ex lauréat de Top Chef réceptionne chaque matin ses mignons bols de pain qu’il snacke dans l’huile d’olive avant de les imbiber dans un bouillons de légume et de les remplir de mets cuisinés façon pain surprise remasterisé. Hautement revendiqué, ce délicieux alliage gastronome et anti-gaspillage rencontre un succès mesurable à la foule qui étire chaque jour sa pause déjeuner pour goûter au fruit approuvé. L’enseigne devrait d’ailleurs bientôt faire des petits dans d’autres arrondissements de Paris.

Do Eat

Do Eat

Sur le chemin emprunté par Martine Camillieri et Jean Imbert, on croise le duo Hélène et Thibault, à la tête de leur start-up Do Eat, sélectionnée parmi les projets de jeunes de moins de 25 ans pour bénéficier du financement de Niel, Granjon et Simoncini. Spécialistes du contenant comestibles, ils produisent cuillères, pirogues, verrines ou tulipes avec un mélange d’eau et de fécule de pomme de terre issue des épluchures des entreprises. Tout droit venue du pays de la frite, Do Eat ne pouvait pas trouver meilleur stratagème pour récupérer ces déchets pouvant aller jusqu’à un centimètre en Belgique. Après la France et le Liban, la start-up envisage même de nouveaux marchés à conquérir comme le Canada et les Émirats.

Do Eat

Do Eat

Alliant leurs forces pour la fin du gâchis, les restaurateurs et entrepreneurs sont rejoints par le gouvernement depuis le 3 février. Adoptée à l’unanimité par le sénat, après le vote de l’Assemblée Nationale en mai dernier, la loi de transition énergétique instaure l’interdiction de la vaisselle en plastique pour 2020 et met fin au gaspillage alimentaire dans les supermarchés. Mesure de lutte solidaire et écologique, le précieux texte bâtit un cadre légal contre le gâchis, accompagnant les initiatives individuelles d’une avancée dans l’univers des supermarchés.

Vers la fin du gâchis

Les supermarchés, vers la fin du gâchis

Auparavant obligés de détruire les denrées invendues à l’eau de javel, les grandes et moyennes surfaces de plus de 400 mètres carrés auront une obligation de conclure une convention avec une association caritative pour faciliter les dons alimentaires. À défaut, les invendus seront utilisés pour l’alimentation animale, transformés en compost agricoles ou valorisés en énergie.

Les fruits et légumes moches

Les fruits et légumes moches

Soutenant l’opération spéciale de l’enseigne Intermarché en faveur des fruits et légumes moches, notamment distribués gratuitement sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris, en octobre dernier, cette législation anti-gaspillage fait de la France “le pays le plus volontariste d’Europe” en ce domaine.

Les fruits et légumes moches

Les fruits et légumes moches

Puisque jeter une baguette de pain équivaut à laisser se vider une baignoire entière, et jeter un kilo de viande de boeuf revient à gaspiller 15 000 litres d’eau, l’effort commun en marche promet bien des miracles, quelques semaines à peine après le succès de la COP21.

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